RSS

Archives Mensuelles: juin 2014

Gueule de bois, d’Olivier Maulin

Lorsqu’on se sent « coupé du cadre symbolique », la solution, se créer un univers de camaraderie ardent. Pierre journaliste pour le magazine Santé pour tous, Fanfan grand dépressif, Ollier alcoolique désabusé, Bassefosse, critique d’art, érudit et dandy, pas ça maravédis en poche, slaloment dans Paris de rade en rade en s’envoyant des godets. Ils s’en prennent au monde atteint de gigantosité et malgré leurs propos humidifiés par l’alcool ne disent pas que des inepties. Fanfan est renversé par une bagnole. Tandis qu’il agonise ses potes le sauvent, rivalisent d’éloquence. Leurs pensées surgissent dans le désordre, plongent jusqu’au fond de l’âme sans omettre détails concrets et pittoresques. Avec son côté Louis-Ferdinand, Olivier Maulin, son goût du détail concret et pittoresque, sa manière bouffonne, ses associations d’idées, raconte pour fuir une société dégradée et abjecte, rien de tel que de constituer un phalanstère. Tournant le dos à l’embourgeoisement misérabiliste, Pierre accepte un reportage sur les loups dans les Vosges. La nature a ses droits, quoi qu’en disent les poules ; les loups ont faim. Heureuse rencontre avec Isabelle. Elle et Pierre décident de se fixer dans les Vosges et danser avec les loups. Étonnant bouquin qui rappelle bien des souvenirs. La Rue de la soif de Michel Lebrun, Pierre Signac le solitaire, et Raymond Guérin qui avec Les Poulpes a su se lâcher.

Alfed Eibel
Denoël 219 p.,
18 €.

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le juin 26, 2014 dans Uncategorized

 

Prescription mortelle, de Robin Cook

Qu’on sache d’emblée que ce Cook n’a rien de commun avec le Robin éduqué à Eton. Celui-ci dédie son livre « à la démocratisation de la médecine » en tant que praticien de la médecine, spécialiste incontesté, à la plume un peu lourde ou plutôt une prose rectiligne, sans grâce particulière. Néanmoins, l’avantage dans ce genre de mode Cook n’est jamais ambigu. Celui qu’on a surnommé le « roi du thriller médical » possède le don de maintenir habilement le suspense tout au long du roman trainant de chapitre en chapitre un climat d’angoisse.
Georges Wilson et son amie Kasey sont au lit. Quand Georges se réveille, quitte le lit, revient vers Kasey pour la réveiller, il constate qu’elle est morte.
Au centre médical de l’université de Californie à Los Angeles, règne une ambiance délétère. L’argent est au centre des préoccupations sans parler de groupes bizarres venus d’ailleurs décidés à bouleverser le paysage médical en y introduisant le smartphone comme thérapie. Inutile de se déplacer pour consulter, peu importe le mal du patient. Il suffit d’allumer son écran et le tour est joué. Miroir, mon beau miroir, suis-je aussi malade que ça ? Et la réponse est invariablement la même : non seulement vous êtes malade mais vous l’êtes plus que vous l’imaginez. On comprend que des personnes âpres au gain tirent avec adresse les ficelles dans les coulisses du smartphone et n’attendent qu’une chose, que le fric tombe dans leur escarcelle.
La médecine n’est pas une science exacte, entend-on dire, ce qui laisse la porte ouverte à ceux qui débarquent avec des procédés nouveaux plus satisfaisants que ceux utilisés par les praticiens en chair et en os. C’est la fin des grands prêtres, des cardinaux, des archevêques de la médecine. Faîtes confiance à l’iDoc, un smartphone pas comme les autres.
Un petit nombre d’internes de l’hôpital ne sont pas convaincus. Ils en deviennent d’autant plus dangereux qu’ils risquent de mettre en péril cette pompe à fric qu’est l’iDoc. Comment les ramener à la raison ? Subsiste un doute sur la manière, chuchotent les tireurs de ficelles.
L’hôpital signale des disparitions inexpliquées, maquillées en suicide, des malades amenés en ambulance déclarés morts à peine débarqués. Dans quelle catégorie placer Kasey ?
À propos d’une jeune femme qui plaisait beaucoup aux internes, aux grands pontes, reprenons cette phrase d’un des romans d’Aldous Huxley : « C’était une jeune fille que tout le monde appréciait et, soit à un moment, soit à un autre, elle avait passé une nuit à peu près avec tous ». Contrairement à la chasse à l’oie sauvage, les internes partaient à la chasse aux belles et rebelles assistantes.
Chez Robin Cook, ni Dr. Jekyll, ni Mr. Hyde. Par contre, Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Mary Shelley en aurait éprouvé des frissons. Le lecteur, lui, est amené à se poser des questions : quel crédit apporter à un spécialiste de réputation internationale ? Que signifie dans le domaine médical entrer dans le numérique ? L’art d’interprétation d’une maladie, que signifie cela ? Et pourquoi tant de conférences internationales des médecins ? Parvenir à quel consensus ?
Qu’en auraient pensé les anciens Égyptiens devant ce type de hiéroglyphes jargonnant devant ces hommes décidés à catapulter dans le futur le dernier procédé pour guérir sans avoir recours aux médicaments ?
Parvenu à la fin de Prescription mortelle, on se dit que bistouri et instabilité font bon ménage.
Alfred Eibel

Albin-Michel
476 p. 22 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le juin 25, 2014 dans Uncategorized

 

Soldats bleus. Journal intime 1914-1918, de Pierre Loti

« Un homme aux pupilles dilatées » écrivait Jacques Serguine. Un impressionniste, un paysagiste, un homme inquiet et désenchanté. L’art de Pierre Loti tient à son regard. Il semble découvrir le monde et s’en étonne. Il voyage perdu dans ses songes d’où la fraicheur de sa prose, son léger frémissement musical si particulier. Sa compassion indique que les choses auraient pu être différentes. Il pense aux autres, à son fils sur le front, à ceux qui s’enfoncent dans la neige et la boue froide. Il consigne non en littérateur mais en soldat. Il ne raffine pas sur les détails, il voit passer les heures, les jours, les tirs, l’irréalité de la guerre, les tranchées submergées, les balles qui sifflent et les « profondeurs inquiétantes de la pensée aux aguets » écrivait Claude Farrère dans son Loti. Il voit soudain « Amiens, tout éclairé, plein de soldats et d’uniformes, a l’air d’une ville en fête ». Loti est le spectateur tranquille d’éléments terribles. Sa tristesse ne demande qu’à se dissiper. Jacques Tourneur disait que l’épouvante pour être sensible doit être familière. Deux mots se répètent au cours de son journal. Le lecteur est avec Loti, il voit. Et l’entend dire, ce pauvre homme, oh ! combien ; et ces hommes bons si souvent retrouvés. « Et peu à peu je me sens glisser sur une pente irrésistible ». Pendant ce temps, les défenseurs acharnés de la patrie ne ménagent pas leur peine.

Alfred Eibel

La Petite Vermillon
424 p. 10,20 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le juin 25, 2014 dans Uncategorized

 

Épouvante et surnaturel en littérature, de H.P. Lovecraft

Malcolm Lowry a écrit : « Je lis les préfaces, parfois je ne vais pas plus loin ». Celle d’Anne-Sophie Yoo qui ouvre les textes critiques de Lovecraft est si complète, si pleine, qu’on n’a pas envie d’aller plus loin parce qu’elle dit tout sur la peur, la crainte, l’effroi, l’angoisse d’une littérature illustrée par les Anglais qui ont trouvé dans l’Américain Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), le solitaire de Providence, un nouvel adhérent au cercle fermé des écrivains de la terreur profonde et soudaine.
Inutile de citer les auteurs ici commentés. Ils sont trop nombreux. Celui qui ne sent pas derrière la banalité du réel l’effroi en tapinois, ignore que deux mondes se suivent parallèlement, le visible au premier coup d’œil et celui qui se dissimule, immobile, semblable au crapaud sur une feuille de nénuphar. Peut-être suggère Lovecraft, faut-il posséder en soi « l’effroi primordial ».
Si tant d’écrivains sont capables de jouer avec nos peurs, Lovecraft fait remarquer à propos d’Ann Radcliff (1764-1823) qu’elle possède « une imagination visuellement exceptionnelle ». Ce qui nous amène au cinéma qui n’a cessé de puiser dans l’épouvante et dans le surnaturel avec des bonheurs divers.
Par exemple, le film tiré d’Oncle Silas d’après le roman éponyme de Joseph Sheridan Le Fanu (1814-1873) a du mal à montrer l’angoisse que l’écrivain irlandais instille goutte à goutte dans son roman. La peur chez Hitchock devance le spectateur ; le prend par surprise. Dans le film de Joseph Losey The Servant, l’ombre enveloppe le film sur les immensités cachées des personnages. Il semble que le roman gothique des XVIIIe et XIXe siècles s’empare mieux du lecteur qu’une illustration filmique.
Rêveur, le lecteur doit se laisser guider comme au jeu de colin-maillard par des mains invisibles.
Des écrivains aussi inattendus que Rex Warner, Claude Houghton, Boris Akounine, lecteur d’Edward George Bulwer-Lytton (1803-1873), ainsi que les derniers textes de Jack London (1876-1916) prolongent le livre de H.P. Lovecraft qu’on se doit de connaître sans tarder.

Alfred Eibel
Pierre-Guillaume De Roux éditeur
249 p. 21 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le juin 25, 2014 dans Uncategorized

 

Un Pékin en Afrique, de S.J.Perelman

Quand l’humour est en péril, vient le malheur. Pour conjurer le mauvais sort, S.J. Perelman s’installe dans l’insolence en continu. Scénariste des Marx Brothers, il considère le respect comme une sorte d’aveuglement. Celui qui a le pied marin ne l’a pas nécessairement sur terre ferme. Perelman mine les certitudes, sape les solutions, ambitionne la désinvolture, rit sous cape lorsqu’on lui parle de solutions aux problèmes. Mieux vaut mentir avec élégance que d’écouter la vérité débitée par un rustre. Un brin de délire donne du piquant aux nouvelles de Perelman. Si le lecteur patauge, c’est qu’il n’est pas équipé du côté de l’intelligence. S’il n’établit pas le rapport entre deux saillies, l’humoriste répond qu’il suffit de les établir. L’homme ordinaire est un être hébété, Perelman s’adresse aux esprits supérieurs qui n’ont pas besoin d’entendre la fin d’un discours pour en saisir la substantifique moelle. Vous faîtes allusion à quoi, s’insurge le lecteur obligé de faire travailler ses petites cellules grises ? L’homme d’esprit ne répond pas, change de sujet. Autrement dit, pour reprendre ces mots tirés de l’autoportrait de Lord Byron : « Il y avait en lui un vital dédain de tout ». A-t-on le droit de tourner tout et n’importe quoi en dérision y compris les sujets dits sensibles ? Perelman (1904 – 1979) répond que non seulement c’est un droit, mais un devoir, si on ne veut pas se retrouver au fond d’une tranchée face à l’ennemi.

Alfred Eibel
Éditions Wombat
231 p. 18 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le juin 19, 2014 dans Uncategorized

 

Lazaret, d’Alain Paucard

Embarqué sur la pirogue de la drogue, Alain Paucard poursuit son propos sur ce que Bernard Le Saux, préfacier du livre, nomme « l’urbanisation démentielle » et par voie de conséquence, parce qu’il y en a bien une, l’idée que le quartier d’affaires de la Défense, cauchemar climatisé, ruiné et vide, devienne le lieu rêvé pour regrouper les junkies. Entouré d’un mur électronique infranchissable, le quartier ressemble à un camp qui, à son fronton, pourrait s’enorgueillir de la devise : Rauchgift macht frei. S’ébattent des femmes belles, des artistes, dans l’attente de recevoir la dose miraculeuse. Paris vidé de ses drogués, triangle de la servitude, ce Vel’ d’Hiv’ d’un nouveau genre véhicule bien des antagonismes. La camarilla des camés doit laisser à l’entrée toute espérance. Tout se passe dans le plus total des conformismes. Chacun aura la personnalité qu’on lui attribue. Les captifs du vice s’essaient à nouer des amitiés et des amours inédites. Quant à leur guérison, c’est une autre paire de manches. On le sait, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Les âmes généreuses toujours à la recherche de solutions
définitives s’en mordront les doigts. Ce qui ne les empêchera pas, allant d’échec en échec, de récidiver. La surveillance permanente pèse. Comment sauver sa peau si on n’a plus que la peau sur les os ? D’ailleurs, est-ce possible ? « Les circonstances font la stance » écrivait un poète du XVe siècle. Trancher le nœud gordien de la came fait partie des illusions que les politiques imaginent corriger. Alain Paucard n’est pas un défaitiste. L’individu doit trouver ses propres forces de guérison. C’est le message de ce livre qui prend place à côté du Misérable miracle d’Henri Michaux. Aldous Huxley, Ernst Jünger ont tâté des hallucinogènes. Ils n’ont pas poursuivi leurs expériences. Lazaret, roman, mérite le détour. Son écriture, son humour qui exsude, suffisent à entreprendre sa lecture.

Alfred Eibel
L’Âge d’Homme,
224 p. 12 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le juin 19, 2014 dans Uncategorized

 

Kenneth White : Les vents de Vancouver

Mille livres lus, mille kilomètres parcourus est le credo de Kenneth White à la recherche de la condition humaine telle qu’elle ne figure pas dans les romans. Au cours de ses pérégrinations, il use d’une langue adaptée à la réalité s’inscrivant dans la lignée des meilleurs voyageurs. Caractéristique de son œuvre : faire un tour dans les rues, fouler sans relâche le sol, prêter l’oreille aux racontars des estaminets, à l’affût de rencontres insolites, ce qui nous vaut un Vancouver portes ouvertes. Avec Kenneth White on n’est pas lecteur, on devient son compagnon de route. Sceptique actif, sceptique généreux, Ken comme l’appelle ses amis, a trouvé la bonne formule : « Les hommes connectés aux animaux, et les animaux connectés aux éléments dans lesquels ils vivent ». Chercher le lien, l’union des choses l’une avec l’autre et le résultat de cette action, loin des raisonnements tordus et de la rhétorique enflammée. La fatigue des « nuits déambulatoires » dont parle Théophile Gautier importe davantage à Ken que les coupeurs de cheveux en quatre des politiques. La découverte des roches sauvages, des lacs, des fjords, des forêts, suffisent à la consolation du voyageur. « Les partis libéraux finissent toujours dans le compromis, et même les meilleurs d’entre eux ne font que battre des ailes dans des cages », note Kenneth White dans l’attente que le monde magique soit de retour.

Alfred Eibel
Éditions Le Mot et le Reste,
165 p. 17 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le juin 12, 2014 dans Uncategorized