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Cédric Fabre : La folle cavale de Florida Meyer

Roman symbolique, mystique, situé dans les gorges du Verdon. Un couple. Florida, jeune femme, son amant Guizot. A priori une histoire dans le genre Cupidon qui fait des siennes. Pas du tout. L’histoire tourne à la tragédie. Guizot fait une chute mortelle. Il y a de quoi inquiéter Marlène qui ne sait pas que son mari file le parfait amour, Florida étant sa meilleure amie. Décidé à ramener le corps de Guizot à son domicile, un nouveau personnage fait son apparition, Georges Maheu, qui a vu l’accident et qui propose d’aider Florida. Situation inconfortable. Cet éboulement de terrain se vérifie comme un éboulement des cœurs. Durant le transfert de la dépouille, Florida se sent serrée par des phénomènes à prédominance affective, des vibrations, des interrogations. Ses pensées se chevauchent, se heurtent, le passé lui revient comme une poussée de fièvre. Que faire des mots, quel usage ? La traversée est longue. Des évènements funestes viennent troubler Florida ; Maheu connait des difficultés. Au fur et à mesure que le temps passe, Maheu se montre sous un jour nouveau. Le couple improbable rencontre des inconnus. Mauvais présage. Mal à l’aise quand elle apprend l’accident, Marlène se fait plus loquace. Guizot était censé défendre un syndicaliste se prenant pour une rock-star. Le doute s’invite dans cette histoire agencée comme un film caméra au poing. Le mensonge est de rigueur. Que d’erreurs, que d’illusions qui obligent Florida à tenir un discours contraire à la vérité avec le dessein de tromper ses adversaires. Cédric Fabre sait nous surprendre jusqu’à une fin improbable.

Alfred Eibel

Éditions Plon/Sang Neuf, 294 p. 18 €.

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Publié par le novembre 8, 2018 dans Uncategorized

 

Pascal Roblin : La Grande Guerre sous le regard de la presse de Sarajevo à Versailles (album) – Préface de Laurent Joffrin

À l’occasion du centième anniversaire de la Grande Guerre. Nombreux fac-similés de l’époque, la presse : La guerre sociale, La Presse, L’Humanité, Le Matin, Paris-Centre, La Patrie, le Journal de la Marne, Le Radical, Le Miroir, L’Information, La Petite Gironde et bien d’autres comme Le Crapouillot et Le Canard enchaîné. Des photos à n’en plus finir, au jour le jour illustrant un moment de la guerre. Un grand nombre de portraits d’hommes politiques. La couverture du Petit Journal du 18 octobre 1914. Portrait d’un militaire devant un corps : « Va, mon fils ! Tu as la plus belle mort que l’on puisse souhaiter ! ». Un livre comportant un grand nombre de dessins, de caricatures, de slogans, de peintures, bandes dessinées, etc. Bref, un pan complet. Une histoire complète à laquelle ne manque aucun uniforme.

Alfred Eibel

Éditions de Borée, 253 p. 29,95 €.

 
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Publié par le novembre 8, 2018 dans Uncategorized

 

Elias Canetti : Le livre contre la mort (inédit)

Elias Canetti (1905-1994) ou la mort aux trousses. La mort offusquée. La mort érudite, à la fois ombre et voix. Plus vite Canetti se pose la question, plus vite la question pointe le nez. Ce livre se présente comme un barrage contre la mort ; l’âge du futur candidat, l’imprévisible coude d’un chemin qui s’arrête avec brusquerie. « Je traine un lourd fardeau, j’aime vivre ». Pour se rassurer rien de tel que de dire : «  Écrire est une prière ». Puisqu’un jour il faut une fin, à quoi bon raffiner sur la matière. « Ce qui est mystique, ce n’est pas comment est le monde, mais le fait qu’il existe » écrivait Ludwig Wittgenstein. Parti à la recherche de la mort dans la littérature mondiale, Elias Canetti fait état du nombre impressionnant d’écrivains ayant écrit sur la mort. Devant tant de déclarations ici présentées, que dire si ce n’est qu’une façon de se rassurer ou d’atténuer l’inévitable. Et pour ne pas être en reste, Elias Canetti, curieux des gens partout où il résida, écoutait avec attention ce que le jour lui proposait, une manière d’oublier qu’un jour aussi il faudra rendre les armes. Cet inédit, publié après la mort de l’auteur, exhale un air funèbre. Elias Canetti aurait pu reprendre à son compte cette phrase incantatoire extraite d’un texte égyptien du temps des pharaons : « Durée, hauteur, je les ai mis dans mes devenirs ».

 

Alfred Eibel

Albin Michel, 488 p., 25 €.

 
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Publié par le octobre 30, 2018 dans Uncategorized

 

Kim Un-Su : Jab !

Six nouvelles, six invraisemblables vérités qui surprendront le lecteur par ce que crée le hasard de la vie, par la manière d’être en matière de langage, par les comportements inattendus des personnages, par leur action d’enter, par une impréparation, par une forme de vanité de qui veut s’accrocher à un mot qui le dépasse. Pourquoi faut-il avoir de l’ambition. Ne pas en avoir est une autre façon de venir au terme d’une réussite.

Réfugiés dans une chambre forte, des hommes et une femme sont prisonniers suite à une maladresse d’icelle. L’enlèvement d’un faux coupable permet à celui-ci d’avouer sa culpabilité imaginaire tout en faisant des progrès en écriture. Avoir l’esprit confus permet de voir un canapé faire sa vie sans dessus, sans dessous. Pourquoi ce qui précède le suicide d’une jeune femme ne fournit pas la bonne indication concernant cette décision. Une curiosité malsaine peut déboucher sur un dérapage auquel on ne s’attendait pas.

Laissez-vous emporter par ces textes qui s’écartent des usages reçus.

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 210 p., 17,90 €.

 
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Publié par le octobre 28, 2018 dans Uncategorized

 

Youssef Ishaghpour : Le poncif d’Adorno. Le poème après Auschwitz

« Écrire un poème après Auschwitz est barbare », telle est l’affirmation d’Adorno à son retour en Allemagne après son exil américain. Est-ce un avertissement, une menace ou faut-il interpréter ces mots plus largement ? Ne serait-ce pas au bout du compte le fait que les mots ne font plus le poids ; que ce qui devait être exprimé ne le peut plus ? Cet ouvrage à caractère philosophique envisage la possibilité de soustraire à cette déclaration ou comment la contourner. Avec Theodor W. Adorno (1903-1969), Paul Celan (1920-1970), Martin Heidegger (1889-1976). Si Adorno figure la statue du commandeur, Paul Celan qui échappa à l’extermination nazie, ce qui ne fut pas le cas de sa famille, et enfin Heidegger et son tournant et non son tourment qui a fait cas de Mein Kampf et qui n’a jamais renié le nazisme, le travail d’Ishaghpour, digne d’être remarqué, souligne ce qui lie, unit, différencie et oppose ces trois personnages. Pour Adorno, la culture ressuscitée après la guerre lui semble creuse. Elle met en évidence la décrépitude de l’art ou alors fait un grand bond en arrière, se réfugie dans l’allégorie ou préconise la renaissance d’une Europe réconciliée ou se perd dans une forme mythique de la poésie. Paul Celan, qui a fini par se donner la mort à Paris, a compris que la poésie ne pouvait être un tour de passe-passe qui se joue de nos sens ou de notre esprit. Les mots ordinaires ne peuvent plus exercer d’influence. Il faut trouver ceux qui n’ont pas encore été soumis à un trop grand usage ; qui conserve encore leur pulpe intacte. Fugue de la mort de Paul Celan est un poème dirigé contre l’affirmation de Theodor W. Adorno. Toute affirmation n’est qu’une espérance fondée sur une confiance personnelle. Quant à renouveler le poème après le grand désastre, voyons du côté d’André du Bouchet (1924-2001) qui publie ses recueils qui sont autant de mots lancés sur la page, mots censés resplendir comme une lumière et portant un aspect visuel. Voilà sur quoi on débouche quand toutes les valeurs se sont effondrées.

Alfred Eibel.

Éditions du Canoë, 91 p., 15 €.

 
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Publié par le octobre 28, 2018 dans Uncategorized

 

Monsieur Tristecon, chef d’entreprise, de François Caradec

En moins de trente pages, François Caradec (1924-2008) raconte la rotation de la connerie. Il exhibe un spécimen : Monsieur Tristecon, imprimeur qui possède cette bonté plate qui attire les gens sans probité. Son entourage le plus proche est asservi, gangrené par la combine. Son amabilité dissimule sa couardise. Il fait état d’une logique terrible qui rejoint la connerie ; d’un automatisme langagier qui le crédite de clairvoyance. Il aime à se définir. En réalité, c’est un nuisible. Il est aussi susceptible qu’un bouquet de mimosas. Bien des aspects du monde lui échappent, y compris les pensées de ses interlocuteurs. Rien d’étonnant, il est cuirassé de bêtise, ce qui le conduit à lâcher de temps en temps une sentence qui se veut ardente. Il est cocardier, cocasse, conciliant par lâcheté, contrarié par ses propres conneries, consensuel par veulerie. Il voudrait être quelqu’un, la belle affaire, s’efforce d’y parvenir, se fige avant d’ouvrir le bec. Ses remontrances vis-à-vis de son personnel l’amènent à des contractions spasmodiques du diaphragme, avec secousses brusques et bruits inarticulés. Il aime se vanter, tire la couverture à lui. Il s’imagine faire partie d’une authentique société d’hommes : des huissiers, prêtres, avocats tous atteints de la vérole cervicale. Ludwig Wittgenstein a écrit : « Le monde se décompose en faits ». Tristecon se décompose en conneries.

 

Alfred Eibel.

L’Arbre Vengeur, collection l’Alambic, 77 p., 9 €

(Postface d’Éric Dussert suivie d’un entretien avec François Caradec).

 
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Publié par le octobre 28, 2018 dans Uncategorized

 

« L’effroi mousquetaire », de Jules Magret

Nous les vivants nageons dans un vocabulaire vidé de sens, sans une cime à l’horizon. Le roman de Jules Magret porte une véritable renaissance. Les mots ont du souffle, ils ont le dur, on les palpe, on les sent, on s’en pourlèche, ils ont le goût de l’amande rissolée ou la flamme du paprika qui emporte la gueule. C’est du Boudard bien sûr mais aussi de l’Ange Bastiani, du Roger Duchesne, de l’Auguste Le Breton, du Claude Néron, la voix de Robert Dalban ou celle de Maurice Chevalier et le formidable dictionnaire français-langue verte qu’un commissaire divisionnaire, avec lequel j’avais travaillé, m’avait permis de consulter, un régal. Du coup, on va également se régaler avec les aventures d’un indélicat, d’une belle gonzesse, d’un agent secret, d’un mystérieux médecin, le tout en 1673, à l’époque du jeune Louis XIV, en argot contemporain. Si la soif vous étreint encore après la page 257, c’est que vous êtes sur la bonne voie pour en redemander. Entre temps, lisez le dictionnaire de Furetière.

 

Alfred Eibel.

Éditions Les Belles Lettres, 257 p., 19 €.

 
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Publié par le octobre 4, 2018 dans Uncategorized