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Petits plats de résistance, de Pascale Pujol

L’auteur a « acheté des livres avec frénésie pendant plusieurs décennies ». Voici le résultat, un premier roman. Pascale Pujol y a mis toute son expérience ne gardant pas, comment dire, une poire pour la soif. Elle a cru bon, ce qu’on ne saurait lui reprocher, de montrer qu’elle savait écrire. Elle a bondé son roman de multiples personnages. Le lecteur pris au dépourvu pénètre dans ce livre à la manière d’un intrus en plein milieu d’une conversation. Il est temps de se ressaisir. Le lecteur arrive à suivre ce qui se dit, ce qui se passe, ce qui se fomente, en plein milieu d’une société hachée menu. Peu à peu il se rend compte que cet ensemble fragmenté se veut bon enfant, jamais rassasié, en permanence à l’affût des nouveautés, sujet aux déclarations pompeuses, heureux de vivre dans un monde simplifié évacuant les problèmes insolubles et qui joue avec les mots pour se donner une contenance. Râler caractérise ces personnages. Que ce soit Sandrine Cordier, une pôle-employée sachant ruser ou son mari Guillaume qui sait tromper son monde ; d’autres lascars, tous préoccupés par la bonne bouffe, tous se croyant immortels, installés en permanence sur le toboggan de la vie car ces jeunes gens et moins jeunes néanmoins jeunes d’esprit, se contentent de petites joies quotidiennes dites savoureuses. Plus on avance dans ce livre, plus on s’aperçoit à quel point cette société du gaspillage permanent, a du mal à se prendre au sérieux, jouant avec le faux ressenti et par conséquence toujours prête à dévider des dialogues passe-partout, à faire des inventaires car, il faut bien en convenir, la plupart des personnages de ce livre sont instrumentalisés par leur époque, menant des vies d’équilibristes, se voulant à la page, occupés à faire de l’esprit. Était-ce l’ambition de l’auteur ? En tout cas, Pascale Pujol saisit dans le détail les traits les plus futiles de ces vies improbables, ce qui n’est pas rien. Un miroir aux alouettes auquel le lecteur se laisse prendre sans rechigner.

 

Alfred Eibel

Éditions Le Dilettante

256 p. 19 €.

 
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Publié par le août 26, 2015 dans Uncategorized

 

Les trous de conjugaison, d’Ingrid Nahour

Trois grandes gueules, la Trinité avec sa « météorologie intérieure instable », Berthe et son chat, Simone l’autoritaire, liées d’une amitié indéfectible. Elles élèvent de violentes protestations contre la rigueur imposée par la société. Elles ont compris, comme le recommandait Marcel Duchamp, que la vie c’est aller vite. Âmes sensibles et révolutionnaires de surcroît, elles savent ce qui empoisonne l’existence, à savoir les petits rongeurs psychologiques qui fissurent le lissé d’une journée sans histoire. Elles possèdent le don de la répartie, clouent le bec aux assimilés de la médiocrité ambiante. Le monde du constat étend ses tentacules, Trinité et ses copines n’en font qu’à leur tête loin des hygiénistes imposés par la société. Au fond tout est risible dans ce monde de ploucs. C’est pourquoi elles ont le mot qui déconcerte à la bouche dès lors qu’on voudrait leur faire entendre raison ; car la raison, ce faux rapport entre deux grandeurs, leur répugne. Elles entonnent le chant des partisans de l’intranquillité, se repassent des joyeusetés dans le but de rehausser la banalité d’un jour sans lendemain. Compagnons de la débrouillardise, mousquetaires sans lames, réfractaires à tout établissement, leurs discours étincellent. Elles repoussent ceux qui voudraient décider à leur place. Un outrage à leurs yeux. Ce sont des bons vivants ; forcément sinon ces dames ne seraient ni bonnes ni vivantes. D’ailleurs le cimetière n’est qu’une décharge publique pour ferrailleurs consternés. Mieux vaut avoir des rêves de cerf-volant que d’être à l’ordre du jour. Trinité tient le crachoir, Simone a tendance à délayer ses discours et Berthe est empêtrée dans la religion. Toutes trois sont des prolétaires membres d’une famille unie. Dans ce livre qui stimule et rend plus vives les choses de la vie, « on crie et on s’interpelle dans tous les sens ». On y retrouve le coq des Plaideurs de Jean Racine et Léonce et Léna de Georg Büchner. Ce qui n’est déjà pas si mal.

 

Alfred Eibel

Le Cherceh-Midi Éditeur.

112 p. 11,80 €.

En librairie le 3 septembre 2015.

 
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Publié par le août 18, 2015 dans Uncategorized

 

Saint Johnson, de W.R.Burnett

W.R.Burnett (1899-1982) est un maître du roman noir et du western politique. Il dit qu’il ne cherche pas à promouvoir le libéralisme. Il n’est pas anti libéral. Il n’est rien, dit-il. Son travail correspond à sa vision du monde. Il saisit la réalité au premier coup d’œil, dit-il encore. C’est le cas de ce roman qui raconte l’histoire d’un règlement de compte à OK Corral. Autrement dit, Wayt Johnson, homme d’ordre et de paix, nommé shérif, doit affronter des clans irréconciliables. Très attaché aux structures narratives, W.R.Burnett sait tenir son lecteur en haleine jusqu’à la dernière ligne de son récit.

Alfred Eibel

Éditions Actes Sud.

217 p. 21 €.

 
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Publié par le août 16, 2015 dans Uncategorized

 

La carte perdue de John Selden, de Thimothy Brook

Comment retrouver une mythique carte de la Chine de 1608 ? Tel est le sujet de ce livre écrit par l’éminent sinologue qu’est Thimothy Brook. John Selden (1584-1654) juriste, orientaliste, en serait le dernier propriétaire. L’intérêt de cette carte, la plus importante des sept derniers siècles, représente la partie du monde visitée par les Chinois. On oublie le rôle tenu par les jonques dans les nombreux voyages effectués par les Chinois sur d’autres continents et ce depuis 1433. Ces jonques supportaient, entre autres marchandises, des épices et de la porcelaine. Thimothy Brook nous offre un livre plein de surprises, habile à abattre ses cartes, c’est le cas de le dire, au moment voulu, révélant le contenu d’un sous-sol dans une librairie d’Oxford.

 

Alfred Eibel

Éditions Payot.

292 p. 21 €.

 
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Publié par le août 16, 2015 dans Uncategorized

 

Le règne hystérique de Siffoney 1er roi d’Irlande, de Spike Milligan

Spike Milligan (1928-2002) est un écrivain anglais qui ne connaît pas la retenue. Il a envie d’en découdre avec tout le monde. Il déstabilise les imbéciles avec des bonnes questions. Avec lui, la vulgarité tend au sublime, interroge son héros s’il descend des rois d’Irlande. À l’aise dans l’agression verbale, convaincu que le torchon brûle entre la perfide Albion et l’indomptable Irlande. Il vitupère : « Londres ! Métropole grouillante, patrie du moche, du crasseux, du dégueu, du puant et du merdeux ». Il ne cesse de se moquer de ceux qui ne sont pas de sa tribu, croise un Hongrois hystérique, persuadé qu’on est toujours le métèque de quelqu’un. À ceux qui disent soyons sérieux un instant, Spike Milligan répond que c’est un instant de trop.

Alfred Eibel

Éditions Wombat.

312 p. 20 €.

 
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Publié par le août 16, 2015 dans Uncategorized

 

La Vénus aux kakis, d’Anna Druesne

Un premier roman d’allure cinématographique. Emma Berger, décoratrice, en fin de liaison, croise dans une librairie un homme aux yeux étranges qui la fascine. Engagée à Aix-en-Provence, elle rencontre l’homme de la librairie un nommé Charles Mayer d’origine autrichienne mâtinée de tzigane. Son magnétisme agit à nouveau sur elle. Cet homme est un derviche tourneur de l’amour, pétri de pensées lestes, ne cessant de tourner autour d’Emma, lui adressant à haute dose des messages festifs. C’est un obstiné avec une conception singulière de la jouissance et davantage, d’une forme de volupté débouchant sur la domination. Anna Druesne suscite également le plaisir du lecteur, ce qui n’est pas négligeable.

 

Alfred Eibel

Serge Safran Éditeur

470 p. 23,90 €.

En librairie le 3 septembre 2015.

 
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Publié par le août 16, 2015 dans Uncategorized

 

Au jardin de Line, d’Alice Heinzelmann

Treize nouvelles sur l’homme cet inconnu mais aussi sur le chien cet inconnu. Le danger guette l’homme compétent parce qu’il reste insensible aux fausses notes d’une fanfare. Alice Heinzelmann (1925-1999) met dans l’embarras ceux qui ignorent leur ignorance et ceux qui escaladent les sommets de la philosophie durant leurs vacances tout en ayant des préoccupations bureaucratiques. Quel type d’incident est insupportable pour un homme à la vie réglée ? Faut-il attendre quoi que ce soit des gens ? Et pourquoi tel personnage semble ne connaître que des journées sans grâce ? Une certaine sécheresse caractérise ces nouvelles qui mélangent mélancolie aux sarcasmes.

 

Alfred Eibel

L’Âge d’Homme

207 p. 18 €.

 
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Publié par le août 16, 2015 dans Uncategorized

 
 
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