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Khalil, de Yasmina Khadra

Khalil et Ryan, d’origine marocaine, ont grandi ensemble à Bruxelles. Si Ryan a trouvé sa voie, Khalil se remue dans un milieu dont les bornes sont la famille, les copains, la rue, oubliant l’ambition. Il y a chez lui ce à quoi bon qui freine l’initiative. Peut-être se rabaisse-t-il sans en prendre conscience. Le temps passe. L’idée de goûter aux plaisirs de la vie lui semble relever d’un ensemble de dispositions qu’il ignore. Sans doute ne sait-on pas « exactement à partir de quel moment et sous quelle forme le rejet de toute une société » a germé en lui. Se rendant régulièrement dans une mosquée intégriste, il acquiert la conviction qu’il lui faut changer radicalement sa manière de vivre. Fini de tournicoter. Une mythologie souterraine s’empare de lui. Dieu attend un sacrifice. Souffrir et mourir. Khalil fait désormais partie d’un ordre nouveau. Il est en mesure de le revendiquer haut et fort. Le bon sens ou le bon Dieu ? Et pourquoi pas les deux ensemble? Un bon citoyen doit obligatoirement être un bon croyant. Comment concilier l’inconciliable ? Le voilà porté au stade de France de Saint-Denis, sa ceinture d’explosifs autour des reins, censé déclencher l’explosion dans une rame de RER. Il est prêt à se mettre en position. Le détonateur fait défaut. À partir de ce moment, Khalil est devenu son propre ennemi. Toute solution n’est au bout du compte qu’une de ces parties comme un coffre-fort dont on a oublié les derniers chiffres. La malchance poursuit celui qui ne périt pas. Khalil n’est plus qu’un fugitif. Il se tourne vers ses amis, à croire qu’une légende a été détournée pour lui conférer un autre sens. Lequel ? Khalil est à la fois le confessionnal et celui qui se confesse. Il a le sentiment que tout se fissure, les choses, l’affection, la mort. Il se voit divorcer avec une partie de sa vie. Il n’appartient plus au monde des vivants. Comment défendre l’indéfendable ? L’angoisse lui tord l’estomac. Disparaître ou renaître ? Et si à un moment donné il se voyait récupéré ?

Alfred Eibel.

Édition Julliard, 260 p., 19 €.

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Publié par le septembre 13, 2018 dans Uncategorized

 

Valère-Marie Marchand, « Le premier arbre et autres récits qui cachent la forêt »

Journaliste et femme de radio, Valère-Marie Marchand se laisse guider par ses coups de coeur littéraires tout en suivant des chemins de traverse avec un éclectisme joyeux dans son écriture. De Rousseau et Boris Vian au Facteur Cheval en passant par l’archéologie de l’alphabet et l’écriture des mathématiques, sa plume l’a conduite au pied des arbres. Arbre matière première du livre. Arbre de vie ou forêt à la touffeur fatale aux imprudents ? L’arbre en fil rouge de l’histoire des dieux et des hommes. Férue de mythes, elle tisse sa toile de conteuse sur laquelle se dessinent peu à peu des paysages aux couleurs fondues à la Watteau, des Cythère au goût de paradis perdus. Le premier arbre -Archaeopteris- puis le rameau d’or figure tutélaire de Virgile, le figuier stérile d’un certain Yehouda et l’olivier de Saint-Augustin sont dépeints avec une érudition gourmande mais légère piquetée d’humour. Plus près de nous, un pommier sauvage abrite les siestes de Thoreau près de l’étang de Walden et les baobabs de Tombouctou pleurent des autodafés dans un passé cruellement proche. Si « la forêt vaut toutes les bibliothèques », écrit-elle, on pardonnera aux bûcherons qui ont abattu les arbres destinés à constituer la sienne.

Françoise Monfort

Éditions du Cerf, 221 pages, 20 euros.

 
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Publié par le septembre 11, 2018 dans Uncategorized

 

Denise Parisse,   « Cité du souvenir »

L’on n’invente pas un titre comme celui-ci. Et en effet la Cité du souvenir existe, elle se trouve dans le XIVe arrondissement de Paris. C’est dans ce décor à la Calet, à la Malet, proche du parc Montsouris, que l’auteur a vécu son enfance et son adolescence  «de la Seconde Guerre mondiale à la guerre d’Algérie». La mère, le père, la fratrie – le «clan» -, les beaux-frères, leur vie dans cet ensemble qui préfigurait les HLM, les maîtresses d’école, les copines, les garçons, la recherche d’un travail, les bals et le grand amour, tout cela qui est de la vie privée se tient éloigné de l’égotisme et au contraire nous restitue un certain unanimisme.  A cet égard, l’évocation de la guerre d’Algérie à travers les dits des uns et des autres (copains de cage d’escalier revus en ces circonstances, proches et familiers…) est une réussite. La phrase se risque sans tremblement devant  «la dure réalité à étreindre», car le regard est juste et à bonne distance. Et enfin nous entendons une voix, mais aussi des bruits «de pas, de chants, de rires, mais aussi des cris et des pleurs. Des bruits « d’hommes » en quelque sorte.» 

Claude Schmitt
Metvox Publications, 192 p., 19 euros

 
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Publié par le septembre 9, 2018 dans Uncategorized

 

François Cérésa, Le sabre de Charette

Lors d’une fête, le comte de La Rose-Pitray abuse de Marie la servante. Le 27 juillet 1794, les députés décident d’arrêter Robespierre et Saint-Just. 1795. D’autres tourments, contrariétés brouillent le paysage. Où se niche l’idéal révolutionnaire ? Un agent de Fouché confie une mission à Marie. Joseph, un hussard, se lie à elle. Ils embarquent tous les deux à Londres, se retrouvent dans un milieu d’émigrés. On y pérore (il y faut de la branche). Chateaubriand, misérable exilé, cherche une issue. Dans ce Londres revanchard, Marie se sent peu à l’aise. Il est question de prêter main forte aux Vendéens de Charette. Mais avant de rallier cette cause, Marie doit retrouver à Londres son fils Maximilien qu’elle a abandonné après son viol. « On ne se rend point heureux par système » disait Madame du Deffand. Marie se sent libre. Elle sait qu’il faut sans cesse se refaire. François Cérésa ravive dans le siècle son langage de rôtisseur, le feu de sa prose, et visualise les situations les plus excentriques dans ce roman picaresque où l’héroïne, malgré elle, sans complaisance, est bousculée ; qui s’aventure, qui hasarde. On referme ce livre comme on quitte une salle de cinéma. Pour y retrouver une société qui manque singulièrement de panache.

 

Alfred Eibel.

Éditions de l’Archipel, 345 p. 21 €.

 
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Publié par le août 17, 2018 dans Uncategorized

 

Mary Jane Clark, Crime glacé

Puis-je vous dire un secret ? Crime glacé est un roman à suspense qui va vous donner des frissons et vous mettre l’eau à la bouche… ! Si Mary Higgins Clark est nommée « Queen of Suspense », Mary Jane Clark peut être baptisée « Princess of Suspense ». Ce livre est un film : Hollywood et ses célébrités venues se ressourcer dans la fontaine de jouvence du spa l’Elysium, un mariage en préparation, l’ « American Dream » dans toute sa splendeur… Le lecteur est plongé comme l’héroïne Piper Donovan dans ce monde délicieusement sucré où « La beauté est une denrée de poids dans la Cité des anges ». L’Elysium, dont Charles Baudelaire pourrait dire « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté », peut-il échapper au « mal [qui] existe dans la vie de tous les jours » ? Piper Donovan a-t-elle raison d’accepter l’invitation de Jillian Abernath, la fille du propriétaire de l’Elysium, de venir réaliser son gâteau de mariage ? Dans ce polar aux multiples rebondissements se mêlent luxe, meurtre, voyeurisme, création de pièces montées, chirurgie esthétique et vie d’un monastère… Après un prologue fort au crime glaçant, chaque fin de chapitre amène son lot de mystères, de soupçons et de questions… Qui est l’âme noire qui veut transformer ce paradis en enfer ? Qui est l’ange déchu de ce jardin d’Eden ? Qui veut gâcher la fête ? Le lecteur est happé par un suspense grandissant et accentué par des titres de parties sonnant comme un compte à rebours jusqu’au jour du mariage. Il veut comprendre l’énigme suivante : « Décidément, l’Elysium n’était pas le paradis terrestre que les gens imaginaient ». Telle Agatha Christie, la romancière égrène de nombreuses fausses pistes, construit un huis-clos tragique où chacun est un meurtrier potentiel, où certains personnages féminins pourraient crier #MeToo… Mary Jane Clark manie à merveille le suspense, la romance et le spectacle de la mondanité. En regardant évoluer les clientes de l’Elysium, on entend encore Charles Baudelaire : « Que c’est un dur métier que d’être belle femme ». Loin d’être seulement un triller domestique, Crime glacé interroge sur l’accès au rêve américain, la lutte des classes, l’obsession de certaines femmes pour la beauté, la jeunesse éternelle et l’apparence physique (« A l’image de bien des femmes, elle se montrait trop critique envers elle-même »). Mary Jane Clark nous raconte extrêmement bien Hollywood mais nous dit également de prendre garde à la douceur des choses et du langage qui n’est jamais neutre. Après avoir lu Crime glacé, vous ne regarderez plus votre médecin ni vos proches de la même façon, vous chercherez l’ennemi invisible qui se cache dans votre entourage, vous vous demanderez si, en écrivant, Mary Jane Clark a pensé à cette phrase d’Alfred Hitchcock : « Les blondes font les meilleures victimes. Elles sont comme la neige vierge qui révèlent les traces sanglantes ».

Laurence Eibel
Editions l’Archipel
271 pages, 21€

 
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Publié par le août 5, 2018 dans Uncategorized

 

Martinet réédité

« Il est à noter que, chez Martinet, le rire provient de l’ironie, de l’humour noir et de la dérision. À quoi il faut ajouter la solitude, l’ennui, des sentiments profonds de honte et de culpabilité, plus particulièrement chez Martha, l’héroïne du roman « La Somnolence ». Elle est caricaturée avec sa robe de chambre, errant dans les rues, une bouteille de whisky à la main et dans l’autre une vieille valise qui contient un crucifix, le portrait de son père et ses fruits confits. »

photo rym

Extrait du mémoire présenté en vue de l’obtention du master de recherche en langue, littérature et civilisation française, option « littérature » élaboré par RYM SELLAMI

 

 
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Publié par le août 1, 2018 dans Uncategorized

 

Journal intime de Nicolas II. Décembre 1916 – juillet 1918. Présentation et notes de Jean-Christophe Buisson

Quel écho ce journal procure un siècle après la mort de Nicolas II aux pouvoirs illimités et qui se retrouve ici retranché dans ses habitudes sans que jamais il n’entende les chiens aux portes du pouvoir ? Le temps passe. Comme si le tsar était affligé d’un métronome qui règle la mesure des journées. Où sont les craintes, pourquoi Nicolas II n’entend pas le monde gronder ? Promenades, dîners, travail, un emploi de fonctionnaire. Une disposition acquise par la répétition des mêmes constantes. Belles journées ensoleillées ou très froides. Un retour à Dieu sans réponse. Il importe que ses enfants soient en bonne santé, que les anniversaires soient empreints de solennité. Il y a bien sûr les visites ou l’indispensable heure du thé. Une vie sans tournants. Des lectures, Le chien des Baskerville de Conan Doyle, Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux. Nicolas II mène une vie sans mystère, pris dans ses habitudes. Quelques voyages. Il se délecte de la lecture d’Anna Karnine. Lecteur également de Nicolas Leskov. Lui est-il arrivé de se reconnaître dans un des personnages velléitaires de l’écrivain ? Les notes se raréfient, les saisons se répètent mais déjà le trône chancelle, se tissent lentement les complications. L’agitation violente de l’atmosphère, éclairs et tempête. Ensuite tout se gâte jusqu’à l’arrivée des bolchéviques s’emparant de sa personne. Alors débute son chemin de croix à savoir les 23 marches menant à la cave où Nicolas II et sa famille seront traités comme animaux à l’abattoir. Les journées ne seront plus jamais belles. Les souvenirs des survivants ne cesseront d’allumer des cierges.

Alfred Eibel.

Éditions Perrin, 241p, 18 €.

 
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Publié par le juillet 20, 2018 dans Uncategorized