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Gemma Salem : « Où sont ceux que ton cœur aime »

À situer entre Valery Larbaud et L’orient Express d’Agatha Christie avec arrêt prolongé sur la tombe de Thomas Bernhard. Mauvaise pioche, paroles de réprobation contre l’Autriche avec des dispositions naturelles à la mauvaise humeur. Un génie en quelque sorte. Mais ce n’est pas la seule tombe qui secoue Gemma Salem au cours de sa tournée des célébrités disparues. La question qui est en suspens : où se poser, s’intégrer, s’assimiler ? Paris, Vienne ? Mais la mobilité de son esprit fait qu’il est difficile de trancher car ce monde si vivace qu’elle a connu est maintenant dans les tombes. Un monde ophulsien, étourdissant, musical et littéraire. De plus, il est difficile pour Gemma Salem de résumer ce qui est multiple : c’est la simplicité des événements qui fait que l’on bifurque. La nostalgie est tout ce qui a été un jour ou l’autre d’un commerce familier. Ce petit livre pose la question de l’Europe qui fut et que Gemma Salem ne fait que visiter avec quelques battements de cœur devant ce qu’elle n’entend plus, ce qu’elle appelle « une vie comme dans les livres ».

 

Alfred Eibel

Éditions Arléa, 88 p., 16 €.

 
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Publié par le février 26, 2020 dans Uncategorized

 

David Chariandy : Il est temps que je te dise. Lettre à ma fille sur le racisme

Il suffit d’une remarque anodine qui dissimule dans son apparente insignifiance une forme de racisme. Grosso modo, vous n’êtes pas des nôtres. D’origine afro-asiatique David Chariandy prévient sa fille qu’il est temps de se ressaisir au cas où on lui ferait des remarques caustiques. Au cas où elle se sentirait humiliée, au cas où on la renverrait systématiquement à son passé. Il lui faudra devenir une vraie canadienne. En dépit de cette envie d’obtenir la paix, un dérapage est toujours possible, des tensions peuvent survenir en la renvoyant à son passé, sa véritable origine, sa signification la plus juste. Il faut sans cesse se protéger, ne pas montrer qu’on peut être blessé. Dans sa lettre, Chariandy insiste à prendre plus que jamais en compte les bons moments de paix et de joie, à être en éveil permanent dans les relations quotidiennes avec les autres, à pas mesurés, et peut-être aussi être toujours sur ses gardes ; une vie de funambule en quelque sorte sachant qu’on appartient à un double univers naturel. Sur un ton d’une grande franchise, sans acrimonie, comme chuchotée à l’oreille de sa fille, cette lettre possède cet avantage. Sans doute serait-il utile de compléter cette lecture par les livres de Langston Hugues et de Derek Walcott.

 

Alfred Eibel

Éditions Zoé, 110 p., 15 €.

 
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Publié par le février 26, 2020 dans Uncategorized

 

Remi Perrin : Michel Perrin,gentilhomme des lettres

Écrivain inclassable, Michel Perrin (1918 – 1994), un penchant à voir et à savoir, pasticheur et journaliste à Télé 7 jours, plume agile qui lui a permis de connaître des succès notamment au théâtre avec Darry Cowl dans Docteur Glass. Ami de Max Jacob et d’Arletty, le bonheur était son couvre-chef. Remi Perrin retrace la vie de son père avec minutie et bienséance, couvrant ainsi une époque aux instants privilégiés où quelques célébrités ont émergé, aujourd’hui disparues à jamais des mémoires, il faut le souligner. Michel Perrin avait la rage de vivre, titre du fameux bouquin de Mezz Mezzrow. Je me souviens encore de nos nombreux déjeuners durant lesquels nous évoquions notre passion commune du jazz, de musiciens que nous avions rencontrés comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Earl Hines, Lionel Hampton, Willy « The lion » Smith, ou écoutés comme Jerry Roll Morton, Fats Waller, Kenny Clark ou Benny Carter. À ce sujet, Remi Perrin écrit : « L’amour du jazz a joué un rôle disproportionné dans la vie de mon père ». En lisant ce livre, on met un pied dans une autre époque. On fait de la décalcomanie, procédé par lequel on décalque des images peintes sur du papier. Remi Perrin décalque avec justesse des images furtives de la vie de son père qui emballent une époque.

Alfred Eibel

Éditions Via Romana, 123 p.18 €.

 
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Publié par le janvier 28, 2020 dans Uncategorized

 

Une femme obscure, de Daniel Maggetti

Obscure parce que mouvante. Daniel Maggetti se garde de créer un type de femme qui automatiquement se distinguerait par ses contours. Le cadre dans lequel évoluent les personnages de ce livre en 1889 est une de ces baraques de campagne telle qu’on en trouve dans les romans de Jeremias Gotthelf (1797 – 1854). Nous percevons un espace, des corps à travers une brassée de souvenirs auxquels il faut ajouter des lithographies jaunies qui manquent de brillance. Qui est Melania ? Tournée sur elle-même, insaisissable, une femme-foudre avec quelque chose d’illicite, d’inexplicable. À peine la voit-on qu’elle disparaît. Il suffit par occasion d’une naissance pour accoucher d’un tableau d’une meilleure visibilité.

 

Alfred Eibel

Éditions Zoé, 128 p. 15 €.

 
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Publié par le janvier 28, 2020 dans Uncategorized

 

La Femme-Maÿtio, de Béatrice Castaner

30 000 ans avant la naissance des scribes, la jeune Maÿtio est sauvée de la mort. Une divinité veille sur son destin. Maÿtio progresse à tâtons, s’aperçoit qu’à la croisée des chemins il n’y a plus de chemin. Quelque chose de fermé semble la rendre prisonnière. Elle constate, s’affirme, se surprend ; elle se veut un œil neuf, « semble n’avoir jamais existé pour n’être jamais mort ». Plus tard, la voilà rejointe par des femmes et des hommes. Alors elle rencontre E’wé, une jument, monte la bête et file. Cohabite chez Béatrice Castaner un aspect ethnographique par la mise à l’épreuve du langage comme chez Michel Leiris. Pour ceux qui se laisseraient entraîner par leur imagination, qu’ils se remémorent Catherine Spaak à cheval dans un film à costume.

 

Alfred Eibel

Serge Safran éditeur, 160 p. 16,90 €.

 
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Publié par le janvier 28, 2020 dans Uncategorized

 

Roland Jaccard, « Confessions d’un gentil garçon »

Après la lecture des Mémoires d’une fripouille de Georges Sanders, nous voici en train de lire les Confessions d’un gentil garçon. On ne commente pas un livre si roboratif. On cherche plutôt par où le lecteur rejoint l’auteur. Autrement dit, à quels moments les rails du lecteur s’imbriquent dans celles de l’auteur. Femmes fatales, créatures en perdition ou cette petite qui finit par se lasser. Rien ne tient parce que la vie elle-même n’est qu’une suite de routines. On poursuit son chemin ou l’on se suicide. L’adolescence passée, on connait la musique. On demeure au fond de soi l’enfant opposé à l’adulte pétrifié. La vie n’est qu’une suite de simulacres, d’effets de manches, de mises en scène et de bobards. Le cynisme s’y colle intégralement comme un ensemble de mobiles qui évoluent. Omar Khayâm a écrit : « Chaque soupir que pousse l’amant au matin / Vaut mieux que les lamentations des faux bonshommes ». On suit Roland Jaccard avec délectation. Il croise Cioran, Schnitzler, Karl Kraus et bien d’autres. On nous pardonne d’y adjoindre Krafft-Ebing, Curt Goetz ainsi que les écrits de Léo Slezak.

 

Alfred Eibel.

Pierre-Guillaume de Roux éditeur, 106 p., 16,50 €.

 
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Publié par le janvier 11, 2020 dans Uncategorized

 

Bernard de Fallois, « Chroniques cinématographiques »

Bernard de Fallois a tenu chaque semaine, de 1959 à 1962, la chronique cinématographique de l’hebdo Arts puis celle du Nouveau Candide. 150 films visités. Une plume de poète, un œil de lynx. Loin d’une cinéphilie d’inspiration divine ou d’une intelligence qui ne souffre pas la contradiction. Même les films les plus réussis, les plus passionnants, à l’intrigue la plus forte, auréolés d’une forme de grâce, de vrais chefs-d’œuvre, connaissent quelques défaillances. C’est dire que de Fallois a les yeux en face des trous. Parmi les cinéastes cités, il y a ceux qui se trompent de sujet, qui ont un rapport lointain avec l’art cinématographique ou qui rabâchent un sujet déjà rabâché maintes fois dont on sent que pas une scène ne part d’une nécessité ; ou alors ceux qui confondent cinéma avec théâtre. Farceurs et raseurs se bousculent au portillon qui ont parfois du mal à faire tenir debout un film. Il existe par contre des films capables de se hisser au niveau d’un divertissement supérieur et qui méritent des bons points parce que subsiste un certain charme. En dépit d’avoir du brio, quelques audaces, ces œuvres forment la grande majorité. Bernard de Fallois ne cesse de répéter qu’un bon film se doit de posséder du mouvement, de nous présenter des images qui nous parlent et qui annoncent franchement la couleur. Si l’éreintement d’un film s’impose, les grandes louanges se font rares. Bernard de Fallois dissèque chaque œuvre avec la délicatesse d’un médecin légiste. Il recommande de « chercher l’âme à la pointe de la caméra ». S’il avait la possibilité de mettre une note à un film, il lui arriverait tel un prof de mettre juste la moyenne. Comment dire, on est sauvé !

 

Alfred Eibel.

Préface de Philippe d’Hugues,

Éditions de Fallois, 464 p., 22 €.

 
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Publié par le janvier 11, 2020 dans Uncategorized