RSS

Histoire des cocotiers, Journal 1997-1998 d’Olivier Maulin

Ce journal frappe d’abord par sa simplicité, sa spontanéité, son absence d’effets, de malignité, de paroles pompeuses, de mépris. Olivier Maulin a relu attentivement ces pages pour en retrancher les redites. Il est à la recherche d’une activité lui permettant de gagner sa vie. En 1999, il finit par obtenir une bourse pour six mois au Brésil. En fait, il fourbit ses armes pour devenir écrivain. Conforme à l’honneur et à la probité, il raconte sa vie. Au cours du temps qui passe, il se garde bien de mimer un rôle. Il se contente d’être un intervenant dans sa vie de tous les jours ce qui lui permet de mieux se connaître lui et les autres en racontant les petites choses de la vie. Il ne supporte pas le sectarisme, les grandes orgues des affirmations péremptoires. Que de rencontres, d’instants de grâce, d’illusions perdues, d’allers et venues, notant une évolution ou marquant une résignation. Il s’efforce de trouver aux événements une richesse poétique qu’il rapporte le plus simplement du monde. Sa curiosité s’appuie sur la pointe des pieds. Les heures s’empilent, les portraits qu’il trace ne sont pas piqués des hannetons. Son journal, une tentative d’approfondissement, de réconciliation, de franchise sans fioritures ; parfois est-il amené à des répliques qui guillotinent l’adversaire. Toujours du côté de la guerre du courage, il part en guerre contre la lâcheté. L’amour s’insère dans sa vie sans qu’on l’ait sonné si l’on ose dire. Rencontres avec des grandes excitées, filles incertaines quant à leur ligne de vie, filles troubles, troublantes ; l’amour mirage et comment distinguer du premier coup d’œil les vraies putes des demi-putes. Une mise à plat de sa vie : « Être artiste par temps démocratique, c’est malheureusement le plus souvent n’avoir pas su trouver une autre place dans la société ».

 

Alfred Eibel.

Éditions rue Fromentin, 191 p., 20 €.

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le avril 23, 2018 dans Uncategorized

 

Mother Feeling, de Michel Chevron

Roman du tapage, de l’acharnement moral, de la déglingue au cours duquel s’agitent des personnages pas d’aplomb, néanmoins décidés à poursuivre le combat avec des cliques et des cloaques. Rodolphe Dendron, velléitaire, vivant au crochet de sa maman, saisit par Mother Feeling, un site de rencontres ; malchanceux parce que sa fiancée a été enlevée par une sorte de nabot. Bref, Rodolphe trouve un job à la Cellule Rainer Strauss en tant que chasseur de dettes. Il forme un tandem avec un flic arabe qui en a vu des vertes et des pas mûres. Des Bouvard et Pécuchet du recouvrement, minables, lamentables ; aussi lamentables que les créanciers vigoureusement interpelés. Que de bassesse, d’abjection, de tracasseries, d’ignominie, de menaces rencontrées par les deux mecs, se heurtant à la disparition de femmes, d’un bébé. On se croirait dans un Batman aménagé par des cabotins dans le style Jack Nicholson. Michel Chevron travaille dans le genre provoc sans omettre que dans cette BD heurtée, aux rebondissements imprévisibles, ce roman drolatique sous-tend en permanence une variante du Roman comique de Scarron aux mésaventures de pauvres cloches plus ou moins faméliques au centre d’un monde d’un buzz permanent. Rien n’y manque, lèche-bottisme, affabulation, manipulation, cachotteries, en plein délire de notre société où le nain jaune apparaît comme un régulateur au sein d’une société dérangée dans ses mécanismes. Nous voici, comme le suggère Michel Chevron, installé dans la vie brut de décoffrage.

 

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 289 p., 20 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le avril 7, 2018 dans Uncategorized

 

Adèle de Sénange, de Madame de Souza

Sous le pseudonyme de Madame de Souza, la comtesse de Flahaut (1761-1836), jeune aristocrate française, fuit la Révolution française et s’installe à Londres. Dans le but de gagner sa vie, elle écrit un roman par lettres intitulé Adèle de Sénange publié avec succès à Londres en 1792. On se sent proche des événements rapportés, la confiance, la générosité, comme autant de maîtres mots. Nécessité de faire le bien sans omettre les sentiments qui s’y attachent. Que de bonheur en perspective chez Madame de Souza, de fraîcheur, de sincérité mais aussi de chagrin. Le plaisir naît le plus souvent, dit-elle, de petits événements. Chaque jour qui passe est comme une fête en dépit des heures troubles ; ne retenir que ce qui réjouit le cœur.

 

Alfred Eibel.

Rivages poche/Petite Bibliothèque, 278 p. 9,90 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le avril 7, 2018 dans Uncategorized

 

Madame de Lambert, De l’amitié

« Tout sentiment qui s’affaiblit tombe ». Une vie sans amitié est une vie sans charme. L’amitié oblige. En se dérobant elle s’affaisse. La vertu est la condition d’une amitié solide. Un malentendu est difficilement réparable. Qu’on se le dise ! Madame de Lambert (1647-1733) enchaîne. Ces qualités de cœur sont plus nécessaires que celles de l’esprit. Ce qui compte, c’est le fondement de l’amitié. Mais attention, il se peut qu’il s’effrite. Le temps use parfois ce qui paraît durable. S’il faut rompre, rompons mais sans éclat. Évitons les aigreurs qui sont proches des maux de ventre. N’hésitons pas à faire un retour sur nous-mêmes. À bon entendeur, salut !

 

Alfred Eibel.

Rivages poche/Petite Bibliothèque, 99 p. 7 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le avril 7, 2018 dans Uncategorized

 

Madame de Lambert, Avis d’une mère à sa fille

Cela paraît-il aller de soi ? Pas si sûr. Pas pour tout le monde. Par les orages du temps il faut savoir plaire en y mettant les formes. Les années nous accusent de négligence. On en revient à la vertu et à la grâce, à la dignité, à la retenue, à l’habilité d’une conduite bien pesée. Ne pas se farcir la tête d’une foule de données inutiles qui ne soient pas tirées de son propre fond. À l’époque on parlait d’imperfections ; aujourd’hui notamment on peut toujours sourire des préceptes de Madame de Lambert. Les commencements de l’amour ne présentent que des fleurs. Gare aux égarements ! Ce qui nous gâte la vie, ce sont nos médisances et les regards envieux de notre entourage. On n’avance pas, on empoisonne notre humeur car l’aigreur est le pire poison, nous dit Madame de Lambert.

 

Alfred Eibel.

Rivages poche/Petite Bibliothèque, 151 p. 7,60 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le avril 7, 2018 dans Uncategorized

 

Soir de la mémoire, de Christian Bachelin

Mes rencontres avec Christian Bachelin (1933-2014). Timidité, contraction spasmodique du diaphragme, le don de faire paraître comme réel ce qui ne l’est point, son agitation, son côté Bartleby, ses partis pris, Stephen King, son grand homme, ainsi résumé ce poète à la prédisposition géniale. Dans Soir de la mémoire, il fait l’inventaire de sa famille. Des rêves, des perceptions, des sensations, l’écho de sa voix inexorable, des éclairages qui changent d’intensité, des « relents du passé », le père enterré, la mère également, l’appartement vide, des vies immobiles lorsque tout se disjoint. Des souvenirs évanescents, des photos en sépia, la morte saison des amours, « l’obscur météorite du passé », l’impossibilité pour Bachelin d’atteindre « le centre du temps » ; Bachelin et son côté Francis Ponge. Georg Trakl appelait cela « d’éphémères images qui sombrent ». En passant, attirons l’attention du lecteur sur l’unique roman de Bachelin, Y seul, distinct de tout ce qui a été publié jusqu’à présent. Une histoire d’amour perturbée sous un grand nuage de jazz, Duke Ellington, George Gershwin, Irving Berlin.

 

Alfred Eibel.

La Table Ronde, coll. « La petite vermillon », préface de Valérie Rouzeau, 138 p., 7,30 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le mars 14, 2018 dans Uncategorized

 

Un début loin de la vie, d’André Blanchard

Dès son premier livre j’ai accroché. Depuis, je n’ai pas raccroché. André Blanchard (1951-2014) a vécu à Vesoul où il faisait l’ange gardien dans une galerie d’art. Il écrit : «  Quel indécrottable casanier je suis, même en pensées ! ». Tant mieux, sans la pollution de Paris. Blanchard constate au fur et à mesure de ses lectures, ayant l’habitude d’avoir plusieurs livres en route, que chez le grand et le moins grand écrivain, il y a les bons morceaux et les bas morceaux. Blanchard a compris que les réputations les plus établies reposent sur des pieds d’argile. Un bon bouquin, repris des années plus tard, peut s’avérer ridé. Oui, notre ami affectionne la formule qui pète. Il ne s’en laisse pas conter, lisant, écrivant, il peut être conquis par un écrivain (sans l’être tout à fait). Il savoure les « sourires désabusés » d’Henri Calet. Calaferte, Gide, Green, Léautaud, Mauriac sont scrutés avec attention. Ne comptez pas sur lui pour être charitable ! Il constate ici et là chez un écrivain établi, une légère déglingue, des faiblesses mais aussi des étonnements. Prêt à bondir lorsqu’il relève chez l’un d’entre eux des longueurs. Trop de fracas, trop de charabia, trop d’imbécillités. Dans la grande braderie littéraire, à chaque saison, il se rend compte de ce défaut constant de la littérature : l’intellect prend le dessus sur la sensation. Bien évidemment, il aime Marcel Aymé, E.M. Cioran, Etiemble, avec un net penchant pour la littérature autrichienne. Il appartient à ces lecteurs qui estiment E.M. Remarque sous- évalué. On regrettera longtemps André Blanchard. Il lisait avec attention (cette concentration de l’activité mentale).

 

Alfred Eibel.

Le Dilettante, 316 p., 20 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le mars 14, 2018 dans Uncategorized