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Journal intime de Nicolas II. Décembre 1916 – juillet 1918. Présentation et notes de Jean-Christophe Buisson

Quel écho ce journal procure un siècle après la mort de Nicolas II aux pouvoirs illimités et qui se retrouve ici retranché dans ses habitudes sans que jamais il n’entende les chiens aux portes du pouvoir ? Le temps passe. Comme si le tsar était affligé d’un métronome qui règle la mesure des journées. Où sont les craintes, pourquoi Nicolas II n’entend pas le monde gronder ? Promenades, dîners, travail, un emploi de fonctionnaire. Une disposition acquise par la répétition des mêmes constantes. Belles journées ensoleillées ou très froides. Un retour à Dieu sans réponse. Il importe que ses enfants soient en bonne santé, que les anniversaires soient empreints de solennité. Il y a bien sûr les visites ou l’indispensable heure du thé. Une vie sans tournants. Des lectures, Le chien des Baskerville de Conan Doyle, Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux. Nicolas II mène une vie sans mystère, pris dans ses habitudes. Quelques voyages. Il se délecte de la lecture d’Anna Karnine. Lecteur également de Nicolas Leskov. Lui est-il arrivé de se reconnaître dans un des personnages velléitaires de l’écrivain ? Les notes se raréfient, les saisons se répètent mais déjà le trône chancelle, se tissent lentement les complications. L’agitation violente de l’atmosphère, éclairs et tempête. Ensuite tout se gâte jusqu’à l’arrivée des bolchéviques s’emparant de sa personne. Alors débute son chemin de croix à savoir les 23 marches menant à la cave où Nicolas II et sa famille seront traités comme animaux à l’abattoir. Les journées ne seront plus jamais belles. Les souvenirs des survivants ne cesseront d’allumer des cierges.

Alfred Eibel.

Éditions Perrin, 241p, 18 €.

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Publié par le juillet 20, 2018 dans Uncategorized

 

Jean Hélion : Ils ne m’auront pas – capture, travail forcé, évasion d’un prisonnier français durant la Seconde Guerre mondiale (juin 1940 – février 1942)

Le peintre Jean Hélion (1904 – 1987), engagé d’abord dans la non figuration, amorce un retour vers le réalisme pictural. Il s’installe en Virginie (USA). Rapatrié volontaire en France en janvier 1940, il combat les troupes allemandes. Capturé avec sa compagnie, il est interné dans un camp de prisonniers à Orléans. Il est déplacé d’Orléans vers la Poméranie, puis se retrouve sur un bateau-prison au port de Stettin. Les Allemands vantards, la faim, les menaces, la honte. Il parvient à s’évader. Retour en France occupée. Il est repris, interné dans un camp de prisonniers. La bouffe, rations maigres. Maux d’estomac, discipline militaire, cadavres en piteux état, inspections redoutées. Marché noir entre prisonniers dans les latrines. On aurait tort d’imaginer une variation de La grande évasion de John Sturges, comprenant les éléments habituels. Ici pas de démesure, pas d’aspect picaresque, pas d’allure film noir, mais une mise à plat des événements qui se suivent sans que l’un prenne le pas sur l’autre. Même les rares moments d’humour au Stalag ne font évidemment pas rire sauf sourires contraints. Par contre une suite de réalités qui ne s’emmitouflent pas. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un tel livre.

 

Alfred Eibel.

Éditions Claire Paulhan, 414 p., 38 €.

Traduit de l’anglais par Jacqueline Ventadour, édition préfacée et annotée par Yves Chevrefils- Desbiolles.

 
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Publié par le juillet 20, 2018 dans Uncategorized

 

Christian de Moliner, Qu’est-ce que l’Islam ?

   UN GUIDE DE L’ISLAM?

Qu’est-ce que l’Islam ? Vaste question, qui a émergé dans l’actualité après les attentas et actes terroristes en France et dans le monde. Question difficile, délicate ? Sujet sensible ? Christian de Moliner ne recule pas devant la difficulté en tentant de répertorier les nombreuses réponses qu’en donnent des sites musulmans français. Pour reprendre une pensée de Descartes, l’auteur a su « diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre », parcelles que sont les trois chapitres du livre : « Les bases de l’Islam » (Chapitre 1), « Les dogmes de l’Islam » (Chapitre 2) et « L’Islam au quotidien » (Chapitre 3).

          Le professeur se veut prudent et adopte le regard de l’Autre (« Je me suis mis à la place d’un croyant, de naissance ou converti, qui cherche sur le net, comment approfondir sa foi et comment ne pas commettre, par ignorance, des péchés »). Qu’on ne s’y trompe pas ! L’ouvrage de Christian de Moliner n’est pas un guide des sites musulmans sur internet mais est une présentation des dogmes exposés par des sites musulmans français et, plus encore, un recensement des réponses aux questions religieuses, posées dans Google. Ces questions portent par exemple sur le mariage, le sexe, l’homosexualité, la famille, les vêtements, le voile, le travail, la drogue, l’argent et les rapports avec les non-musulmans…

          Tel Hermès, l’auteur est un simple messager qui s’engage à restituer « fidèlement les réponses obtenues » sur internet. On saluera l’important travail de recherche et d’inventaire, la volonté de définir certains concepts religieux. Dès l’introduction, l’auteur nous prévient qu’il restitue « des avis trouvés sur le net, des plus modérés aux plus extrémistes », qu’il écrit en levant toutes les censures ou autocensures. Le but poursuivi est de se montrer « le plus impartial et le plus objectif possible ». Au fil de la lecture, les sentiments évoluent entre curiosité pour l’intérêt historique sur les bases et les dogmes de l’Islam, et étonnement, amusement, fascination voire même parfois consternation, suscités par certaines réponses.

          Après la lecture, la question se pose encore mais Qu’est-ce que l’Islam ? Un ouvrage à la lecture exigeante ? Une religion exigeante ? Une religion aux règles complexes ? Une religion aux 1001 règles de droit ? Dans ce livre, le lecteur découvre des prescriptions parfois contradictoires entre sourates du Coran et hadiths, une diversité d’avis et de commentaires sur l’application de l’Islam dans la vie courante.

          L’objet de l’ouvrage réaffirme une idée selon laquelle Internet est devenu, pour certains croyants, un moyen privilégié d’obtenir des réponses aux questions qu’ils se posent et un exégète à lui tout seul du Coran. Dans cet océan numérique, le « musulman 2.0 » n’a que l’embarras du choix pour essayer de déterminer le caractère licite ou illicite de ses actions, de suivre les règles qui régissent l’Islam.

          Le lecteur sera étonné par  le dernier chapitre qui aborde autant des questions connues du plus grand nombre (le mariage, la famille, les vêtements et le voile, l’alcool, les interdits alimentaires, les fêtes…) que des questions surprenantes (Un croyant a-t-il vraiment le droit de battre son épouse ? Le maquillage et le parfum sont-ils halal ? Un croyant peut-il voter ? Est-il halal de consulter un soignant mécréant ? La théorie de l’évolution est-elle haram ?). Mais il ne faut pas s’arrêter seulement à celles qui déconcerteraient, certains sites musulmans répondent aussi à des questions plus méconnues du grand public comme la PMA, les greffes, le sang, la contraception, l’avortement, le divertissement …

          De façon pudique et sans malveillance, dans des parenthèses, des phrases exclamatives et/ou interrogatives égrainées ça et là, l’auteur s’étonne de certaines réponses. Le ton est sérieux mais l’ironie n’est pas absente ! Une ironie douce, flaubertienne qui vient démanger, chatouiller, gratouiller l’expression des pensées les plus radicales (« Par exemple, une députée koweïtienne (progressiste !) a suggéré, en 2011, de revenir à la servitude sexuelle des femmes afin d’éviter l’adultère aux hommes mariés », « En particulier, elle [la femme] doit limiter au maximum ses contacts avec les hommes, éviter de se retrouver seule avec quelqu’un qui n’est pas de sa famille (même avec un livreur qui vient installer un appareil électro-ménager !). C’est dans ces interstices furtifs que se crée la complicité entre Christian de Moliner et son lecteur.

Laurence Eibel

Christian de Moliner, Qu’est-ce que l’Islam ?, Les sites musulmans le dévoilent,

Jean Picollec Editeur, 170 p., 15 euros.

 
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Publié par le juillet 17, 2018 dans Uncategorized

 

Liane Moriarty, Un peu, beaucoup, à la folie.

On aime Un peu, beaucoup, à la folie Liane Moriarty. Prédestinée par son nom à la Conan Doyle, Liane Moriarty manie une fois de plus avec brio l’art du roman à suspense, l’étude de mœurs et la satire sociale. La construction romanesque époustouflante nous tient en haleine d’un bout à l’autre. La romancière nous plonge dans l’univers des « suburban families » : des familles, des couples avec et sans enfants, des amitiés, des relations de voisinage, une invitation à un barbecue. Dans ce roman, on saluera l’incipit in medias res qui frappe l’esprit par cette phrase simple et si énigmatique : « Tout a commencé par un barbecue ». Le décor est planté, l’occasion est parfaite pour passer un dimanche après-midi convivial… Mais pourquoi, après cet événement, les invités répètent-ils sans cesse cette phrase : « si seulement nous n’y étions pas allés » ? Le roman oscille entre deux moments : avant le barbecue et « Le jour du barbecue ». L’amitié y est mise à rude épreuve. S’ils pouvaient parler, les personnages nous diraient, comme Balzac, que « Le malheur a cela de bon qu’il nous apprend à connaître nos vrais amis ». Au fil de flash-backs, le roman nous dévoile l’intimité de ces couples et voisins, la souffrance des uns, les relations toxiques des autres, la rivalité sociale entre gens de la classe moyenne. Le vernis social craque souvent et l’apparence laisse place à une réalité plus troublante… Le secret de Liane Moriarty est de lever le voile sur les faces cachées, parfois sombres, de l’âme humaine. Ce roman qui nous tient par son intrigue et son suspense est une « comédie humaine » audacieuse. Pour reprendre une pensée de Balzac, dans les romans de Liane Moriarty, « Il y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des événements ». Cette histoire secrète, faite certes des Petits secrets, grands mensonges des personnages, n’est-elle pas également celle de l’auteur qui réussit à mêler dans son récit ces différents ingrédients : amour, amitié, barbecue, noyade et GPA ? Après le succès du Secret du mari et de Petits secrets, grands mensonges, on retient une fois de plus l’art du portrait de l’australienne pour ses figures maternelles. Certaines sont exemplaires, d’autres sont détestables, mais peut-on s’accorder à affirmer comme Balzac que « Le cœur d’une mère est un abîme au fond duquel se trouve toujours un pardon » ?

Laurence Eibel

Editions Albin Michel 519 pages, 22,90€

 
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Publié par le juillet 14, 2018 dans Uncategorized

 

Iman Mersal (*), Des choses qui m’ont échappé – Anthologie poétique établie, traduite de l’arabe égyptien et présentée par Richard Jacquemond

Iman Mersal : sa vie en poèmes. Elle ne penche pas forcément du côté de la tradition. Revendique son regard de femme. C’est au premier coup d’œil que la visibilité du monde se fait jour sans dissimuler, ouvrant grandes ses portes et sur leur seuil le meilleur accueil possible. Son existence est pleine de lumière parce qu’elle sait écarter les ombres. Il y a du Jonathan Swift chez Iman Mersal qui sait que les mécontents n’ont pas de recettes. Deviner ce qui va se passer, examiner de près ses souvenirs, être conscient que tout est dans la mimique. Elle dit : les conseils emprisonnent ; l’absence de conseils libère car tout se répète dans la vie. Il faut éprouver sans histoires. Elle note : « Ces petites retouches dans la conversation / ont un charme / que ne peuvent comprendre / ceux qui n’ont jamais eu besoin de voler l’affection des autres ». Iman Mersal s’emploie à faire bouger l’immobile par l’intermédiaire des poèmes qui « sont les petits riens quotidiens ». Chaque jour est une préparation pour le lendemain. Elle souligne que la compréhension est plus belle que l’indulgence. Elle sait que tout s’affaisse, s’évanouit ; que le temps est une poursuite au ralenti, que les hasards sont élaborés, que derrière un état de fait il y a l’attente. Enfin, pour conclure, Iman Mersal affirme que la distraction fait partie du refus des règles et que l’indiscrétion n’est pas la pudeur. En fait, ce qui nous attache à sa poésie est ce qui nous ressemble.

 

Alfred Eibel.

Actes Sud /Sinbad, 122 p, 16,80 €.

(*) Poétesse égyptienne née en 1966. Voix majeure de la jeune poésie égyptienne et arabe.

 
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Publié par le juin 3, 2018 dans Uncategorized

 

Hével, de Patrick Pécherot

À Paris le pavé, les heures blafardes, la pluie, la pénibilité du voyage, un Paris qui se fissure. Nous sommes en 1958, la guerre d’Algérie fait rage. Nous voilà pris dans une drôle d’atmosphère qui rappelle Ange Bastiani, Georges Bayle, Joseph Bialo, André Héléna. Mais revenons à Patrick Pécherot qui nous présente Gus et André conduisant un bahut chargé de cageots dans la ville lumière à l’éclairage défaillant. Ils discutent, paroles saisies au vol. Le temps passe, le temps efface. Des cadavres dégringolent sur la pierre dure. Un fond de tristesse anime les deux convoyeurs contrôlés qu’ils sont par des flics. Gus et André font la connaissance de Simone, une Française bien de Paris. En 2018, on s’interroge sur un meurtre oublié depuis une éternité. On interroge Gus. Souvenirs couverts d’embrun. Gus se lance, s’égare. Tout n’est que chimère. En hébreu, Hével signifie buée, souffle, fumée. Sans état d’âme Gus fait travailler son imagination. Patrick Pécherot fait comprendre qu’il n’y a pas de fumée sans feu, ni de buée sans trace.

 

Alfred Eibel.

Gallimard « Série Noire », 208 p., 18 €.

 

 
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Publié par le mai 13, 2018 dans Uncategorized

 

Jacques Schmitt : Poésies, Sonnets prosaïques, Délices de Vauban, La fille de la nuit

Le poète monte en chaire, dit que ce qui est écrit ne peut être réduit. Chaque mot est un regard, chaque mot est une prescription, chaque mot est une interrogation qui vaut parfois une certitude. Le lecteur sent les vers le poursuivre. « Tout est à sa place quand tout est bien ». Émerveillons-nous en silence. Lire et redire, voilà qui anime le poète qui puise aux sources de la poésie française. Il a de l’éloquence : « que le tournesol en flèche décoche sa flamme ! ». La main lui permet une ironie foudroyante. Pourquoi avons-nous découvert ce poète si tardivement ?

 

Alfred Eibel.

Éditions : Aux dépens de Claude Schmitt, 32 rue de la Mathe de Bec – 40140 – Souston. arasole@orange.fr

 

 
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Publié par le mai 13, 2018 dans Uncategorized