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Roland Jaccard, « Confessions d’un gentil garçon »

Après la lecture des Mémoires d’une fripouille de Georges Sanders, nous voici en train de lire les Confessions d’un gentil garçon. On ne commente pas un livre si roboratif. On cherche plutôt par où le lecteur rejoint l’auteur. Autrement dit, à quels moments les rails du lecteur s’imbriquent dans celles de l’auteur. Femmes fatales, créatures en perdition ou cette petite qui finit par se lasser. Rien ne tient parce que la vie elle-même n’est qu’une suite de routines. On poursuit son chemin ou l’on se suicide. L’adolescence passée, on connait la musique. On demeure au fond de soi l’enfant opposé à l’adulte pétrifié. La vie n’est qu’une suite de simulacres, d’effets de manches, de mises en scène et de bobards. Le cynisme s’y colle intégralement comme un ensemble de mobiles qui évoluent. Omar Khayâm a écrit : « Chaque soupir que pousse l’amant au matin / Vaut mieux que les lamentations des faux bonshommes ». On suit Roland Jaccard avec délectation. Il croise Cioran, Schnitzler, Karl Kraus et bien d’autres. On nous pardonne d’y adjoindre Krafft-Ebing, Curt Goetz ainsi que les écrits de Léo Slezak.

 

Alfred Eibel.

Pierre-Guillaume de Roux éditeur, 106 p., 16,50 €.

 
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Publié par le janvier 11, 2020 dans Uncategorized

 

Bernard de Fallois, « Chroniques cinématographiques »

Bernard de Fallois a tenu chaque semaine, de 1959 à 1962, la chronique cinématographique de l’hebdo Arts puis celle du Nouveau Candide. 150 films visités. Une plume de poète, un œil de lynx. Loin d’une cinéphilie d’inspiration divine ou d’une intelligence qui ne souffre pas la contradiction. Même les films les plus réussis, les plus passionnants, à l’intrigue la plus forte, auréolés d’une forme de grâce, de vrais chefs-d’œuvre, connaissent quelques défaillances. C’est dire que de Fallois a les yeux en face des trous. Parmi les cinéastes cités, il y a ceux qui se trompent de sujet, qui ont un rapport lointain avec l’art cinématographique ou qui rabâchent un sujet déjà rabâché maintes fois dont on sent que pas une scène ne part d’une nécessité ; ou alors ceux qui confondent cinéma avec théâtre. Farceurs et raseurs se bousculent au portillon qui ont parfois du mal à faire tenir debout un film. Il existe par contre des films capables de se hisser au niveau d’un divertissement supérieur et qui méritent des bons points parce que subsiste un certain charme. En dépit d’avoir du brio, quelques audaces, ces œuvres forment la grande majorité. Bernard de Fallois ne cesse de répéter qu’un bon film se doit de posséder du mouvement, de nous présenter des images qui nous parlent et qui annoncent franchement la couleur. Si l’éreintement d’un film s’impose, les grandes louanges se font rares. Bernard de Fallois dissèque chaque œuvre avec la délicatesse d’un médecin légiste. Il recommande de « chercher l’âme à la pointe de la caméra ». S’il avait la possibilité de mettre une note à un film, il lui arriverait tel un prof de mettre juste la moyenne. Comment dire, on est sauvé !

 

Alfred Eibel.

Préface de Philippe d’Hugues,

Éditions de Fallois, 464 p., 22 €.

 
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Publié par le janvier 11, 2020 dans Uncategorized

 

Flannery O’Connor : « Journal de prière »

Affligée d’un mal inguérissable l’obligeant à se déplacer avec des béquilles, Flannery O’Connor (1925 – 1964) est surtout connue par le film de John Huston Le Malin, d’après son roman La sagesse dans le sang mettant en scène un prédicateur de campagne confronté à ses propres contradictions. Fervente catholique, Flannery O’Connor cherche par les moyens les plus détournés l’accès à Dieu. Par la prière, elle attend une réponse ; elle veut aller au-delà des prières. La foi chevillée au corps elle implore, s’humilie, sévère et dure avec elle-même. Elle ne cesse de s’accabler, prisonnière de sa solitude. Elle en appelle à Dieu pour « devenir un bon écrivain ». Elle se demande parfois si elle n’est pas ridicule. En somme, elle mène une guerre contre elle-même. Il arrive qu’elle se sente excentrique et grotesque. En même temps elle sait que l’inatteignable ne peut être atteint. Alors elle se contente de contempler les arbres. Elle porte en elle quelque chose d’un fanatisme religieux qui soudain fait qu’elle ne se reconnaît plus. Elle mène un combat entre elle et Dieu. À chaque prière elle espère se rendre plus claire, plus explicite. Sa foi, si fragile, l’amène à se répéter en utilisant des termes différents, s’y prenant autrement pour accéder au divin avec la retenue qui la caractérise. En résumé, Flannery O’Connor est à ranger dans la catégorie de celles qui possèdent un caractère de spiritualité allégorique. Le mandat du ciel, c’est évidemment elle qui le fournit.

 

Alfred Eibel.

Éditions Actes-Sud, 61 p., 9 €.

 
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Publié par le janvier 11, 2020 dans Uncategorized

 

Paris sur zinc, d’Alain Schuster

Si vous ne connaissez pas le Xe arrondissement de Paris d’une époque lointaine, le moment est venu de lire ce livre. Au bistrot Chez Tino vous êtes sûrs de rencontrer des phénomènes. On se dévisage, on se plie aux formules, on jacte, on tisonne des vieux souvenirs, on se lance des vannes, on se vante, on se fait comédien, on vagabonde avec le langage. Du barouf, il y en a à foison surtout lorsqu’on sursaute devant quelques gueules d’enfer. Des gens à la coule, des caïmans qui fichent la trouille. Entendre pérorer Toubib, la mémoire du quartier, c’est un peu se retrouver dans un Ulysse joycien entouré de bricoleurs. Il suffit qu’une gonzesse se fore une place dans ce rade pour qu’aussitôt on la confonde avec la môme-vert-de-gris. Ici tout le monde en tient une couche. Cafés et pastis font rivière. Chacun essaime tant qu’il peut. La provoc est de rigueur. Nous sommes en présence d’une nouvelle traversée de Paris. Des clients mal embouchés s’évertuent à faire des niches. Il arrive que Toubib se lance dans une superbe leçon d’histoire du vieux Paris devant un parterre de tarés, de termites, de traine-lattes. Parfois la connerie se taille des costards. Des solitaires se retrouvent comme chez Edward Hopper. Pour durer au milieu d’un bruit d’approbation ou d’improbation, on a intérêt à la boucler et à siroter tranquillos son café-calva. Calmos pourrait-on dire pour se faire oublier.

Alfred Eibel.

Éditions Godefroy de Bouillon, 416 p. 29 €.

 
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Publié par le novembre 17, 2019 dans Uncategorized

 

L’homme qui parle suivi de Quel Dieu pour le XXIe siècle ?, de Gilles Cosson

Survivant d’une catastrophe nucléaire, un homme part à la recherche de ce que peut encore exprimer une civilisation. Plutôt qu’un gentil conte voltairien, on a affaire à ce qu’exprimait Ray Milland dans un film qu’il a réalisé intitulé Panique année zéro (1962). Dans sa fuite, notre homme va rencontrer des obstacles auxquels il ne s’attend pas ; devenir son propre sherpa face à ce qui s’oppose à son propre passage. Il possède néanmoins une flamme intérieure. Chacune de ses émotions se métamorphose en turbine. Il pourrait reprendre à son compte ce qu’écrivait Philip K. Dick : « Suis-je moi-même ou une ombre qu’un autre a envahi et manipule comme une marionnette ». La catastrophe qui a frappé la terre semble avoir épargné une femme, puissante directrice ; des hommes aux relations féodales, des serviteurs dilatoires appartenant à une communauté habitée par une nouvelle doctrine. Gilles Cosson s’interroge sur un monde asservi aux forces contraignantes, faites de silence, de solitude et hiérarchisé en diable. On pourrait nommer ces êtres des « convaincus » comme on en trouve dans Hommes de pierre de Rex Warner. Comment quitter cette forme d’ivresse qui saisit le terrien ; comment sauver sa peau ! Par une nouvelle forme de spiritualité ? Mais notre romancier semble en douter. De cet état d’esprit qui constitue une réalité indépendante et supérieure. Sans pour autant sombrer dans le défaitisme.

Alfred Eibel.

Pierre-Guillaume de Roux éditeur, 287 p. 18 €.

 
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Publié par le novembre 17, 2019 dans Uncategorized

 

Barbès Trilogie, de Marc Villard

Fric, trafic, filles perdues. Le quartier est dégueu et poétique à la fois. Nous sommes loin du Pigalle de Georges Ulmer. Ici on ne parle pas, on s’exclame, on s’apostrophe, on se bouscule, on se menace, on tue quand on n’arrive pas à convaincre. Le bonheur ordinaire coince entre l’arrivée des flics et les truands. La vie ressemble à une décharge publique. L’arrivée d’un éducateur des rues file la nuit, la foule dérisoire et sublime. Savoir garder les yeux secs est un lien de droit. Quand la tendresse fait irruption, une espèce de puissance surnaturelle fait des siennes. Il faut s’immerger dans les livres de Marc Villard comme dans un fleuve d’Afrique, fleuve de tous les dangers. Voilà la meilleure façon d’éliminer les chevilles romanesques auxquelles tant de romanciers ont recours, Marc Villard au contraire stylise ses sujets vers lesquels il n’est pas évident qu’on soit du premier coup attiré, conquis, mais c’est ainsi qu’il crée de la beauté.

Alfred Eibel.

Gallimard, Série Noire, 309 p. 20 €.

 
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Publié par le octobre 24, 2019 dans Uncategorized

 

Un cheval dans la tête, de Sylvie Krier

Nous sommes loin de la vie champêtre de Madeleine Scudéry. Un galop vers la liberté est ce qu’espère Jack en élevant des chevaux. À considérer comme le moins raisonnable, cette condition de l’homme n’appartient à aucun maître. Jack est aidé par un personnage trouble, tant de servitudes consenties. Les dettes s’accumulent. Il faut saisir le mors et s’y faire. C’est un corps à corps avec la nature. Apparaissent des personnages imprévus au départ du choix de vie de Jack. Une adolescente dont on imagine qu’elle se cherche ; un autre qui renferme une énigme dont le sens n’est pas clair. Une tranquillité impossible s’impose à Jack, aller devant soi, affronter les passages difficiles de la vie. Un miracle advient. Une aide inattendue va permettre à Jack de se tirer d’affaire. Mais il y a le revers de la médaille. Les conflits s’accumulent, on se débonde, on lève le coude, on perd de vue l’essentiel. On perd la tête. Pour Jack, il s’agit d’une suite de rêves qui s’écroulent. On se croirait chez les marginaux de l’Ouest agricole d’Amérique, non sans passes d’armes, interrogations diverses. Jack sent son équilibre vaciller. Cette suite de tableaux imaginée par Sylvie Krier, les idées fortes et simples qu’elle met en avant, la véracité du détail font que tout ce qui se présente devient une sorte d’épopée aux actions héroïques.

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 208 p., 17,90 €.

 
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Publié par le septembre 27, 2019 dans Uncategorized