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Archives Mensuelles: octobre 2014

Une autre vie parfaite, de Julien Bouissoux

Neuf nouvelles pour comprendre qu’un instant suffit pour ne pas comprendre le monde. Un adolescent se sent de trop ; oublié, un employé d’entreprise. Les personnages de Julien Bouissoux sont des passagers clandestins, ont des gestes inappropriés, de l’insatisfaction en permanence. Ils sont curieux de tout mais surtout de rien. Service inutile. Ils ont du mal à identifier leurs rêveries. Ils sont sans cesse à la lisière d’on ne sait quoi. Leurs vies ne forment qu’une suite de pointillés. À la suite de quoi on sent que Raymond Carver n’est pas loin.

 

Alfred Eibel

L’Âge d’Homme

109 p. 15 €.

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Publié par le octobre 20, 2014 dans Uncategorized

 

J’ai eu des nuits ridicules, d’Anna Rozen

Valérie est une jeune héroïne de notre temps. Elle est déroutante, irrésolue, inassouvie, a des amants, cultive la dépression, se biture selon la soirée. Elle considère le sms et le texto comme une planche de salut. Elle a ses goûts et ses couleurs. Elle ne sait pas ce qu’elle veut tout en le voulant. Thadée, son jules, est son totem personnel ; Étienne, l’ado, son cauchemar consenti. Si vous aimez les contes, n’hésitez pas à ouvrir ce livre. Il ne vous prendra pas la tête ; au contraire, il vous prendra par les sentiments, vous n’en ferez qu’une bouchée de ce Paris des grandes manœuvres.

Alfred Eibel

Le Dilettante

 
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Publié par le octobre 20, 2014 dans Uncategorized

 

Lettres d’amour à Lelo Fiaux, d’Alberto Moravia

Vivre « sérieusement », mot clef d’Alberto Moravia (1907-1990) de ces trente lettres écrites en français adressées à une jeune suissesse peintre Lelo Fiaux (1909-1964). Elle, instable, effrontée, désinvolte, multiplie les conquêtes. Elle n’a jamais connu de problèmes d’argent, elle est sans cesse en voyage. Pour Moravia, Lelo est son premier choc sentimental. Elle lui échappe après avoir été sa maîtresse. Il tente de la reconquérir. Peine perdue. Il dit : ce fut un moment délicieux. Il insiste. Encore un instant de bonheur. Entre la logique de l’écrivain et l’art d’être inconstant, de Lelo, que de méprises. On découvre un Moravia insoupçonné.

Alfred Eibel

Éditions Zoé

111 p. 17 €.

 
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Publié par le octobre 20, 2014 dans Uncategorized

 

La rumba à Beethoven, de Gemma Salem

Qu’on ne s’étonne pas d’entendre dire avec assurance, je suis européen, par des personnes n’ayant jamais mis les pieds en Europe, car l’Europe, c’est aussi la fameuse Mitteleuropa, l’autre empire du milieu, mêlée d’aromates turques, de viennoiseries et pâtisseries tchèques. Avec Gemma Salem, libanaise d’origine mais née à Antioche, ce n’est pas seulement l’Europe enfourchée à grands sauts, c’est aussi l’Orient des poufs, là où la langue française a encore quelque crédit, Téhéran, les années 50, ses jardins de Golestan, ses cabarets îlots de liberté. (Ça nous ramène au livre prémonitoire de Krishnamurti : La première et la dernière liberté).

Le père de Gemma Salem bon pied, bon œil, homme de poids et au sens figuré, se heurte à sa fille aussi absolue que lui et qui finit par fuir à dix-sept ans avec un pianiste de cabaret, après force cigarettes consumées et disputes. Polyglotte, écrivain, metteur en scène, comédienne, Gemma Salem fait songer à ces gens d’Europe centrale nés avec tous les dons. Turbulente et rêveuse, elle ne cesse de voyager espérant le meilleur là où elle pose ses valises ; là, où l’homme de sa vie qui ne peut être finalement que l’homme d’un moment, la rejoint. Ça peut se produire à Lausanne, en Turquie, à Paris, à Moscou, juste un tour de piste, trouver un boulot provisoire ; prendre le large sur un tapis volant d’intrigues, de frasques, d’aventures amoureuses, sans se laisser freiner par des repentirs. Elle traverse ainsi l’Europe à la capricieuse, quitte les tempêtes. Quant à ses amours, il y en a qui s’allongent, il y en a qui soudain se figent. S’attacher certes à condition de pouvoir se détacher le moment venu. Elle accumule les expériences en un temps record, se nourrit l’esprit, a « l’indépendance chevillée au corps » et le nomadisme dans la peau.

Arrive le moment où, mère de famille, elle se consacre à ses enfants, inlassablement sur la brèche, « le sang plus vite » écrivait Garcia Calderon. Surtout ne pas perdre pied ; choisir, se fixer, ou se laisser porter. Dans ses plus belles pages on devine le Général Dourakine ou Les malheurs de Sophie. Le mariage, ne cesse-t-elle de proclamer, n’est pas une mince affaire. La convivialité non plus. Elle passe sans crier gare de la déférence à l’indifférence, fréquente des célébrités, court après l’argent tandis que les emplois se succèdent, ce qui ne l’empêche pas de publier un livre sur Franz Schubert, Thomas Bernhard et les siens, un écrivain ironique et ravageur qui traque la grotesque dans une prose lancinante. Elle publie Le roman de Monsieur Boulgakov, auteur fantastique qui met en scène la bureaucratie et sa lente décomposition. Gemma Salem n’a cessé durant sa vie « to fix the beauty », formule favorite de Frédéric Prokosch. Plus on avance dans ce livre, plus on saisit que l’instabilité du monde conditionne l’instabilité des personnes. Gemma Salem attire et sait se faire désirer. Futilités et frivolités s’additionnent, forment un bouquet des plus présentables à condition que les circonstances coïncident avec son tempérament.

L’âge venant, l’envie de rien fait surface quand Gemma Salem se heurte à d’innombrables difficultés ; quand l’éternel errance tire à sa fin ; quand l’écume des jours se dissipe. Et si Vienne en fin de vie l’a sédentarisée, c’est peut-être parce que l’ambiance dans le monde, où qu’on aille, est devenue un système mondialisé qui ne tolère plus les variantes et que tout compte fait, elle constate que sur Vienne plane encore une belle ombre, celle d’un reste d’empire. Arrivé au bout du chemin que reste-t-il ? Des souvenirs en masse, des éblouissements, des aveuglements, il en faut, et le sentiment que seuls connaissent les grands voyageurs dont parlait Valery Larbaud, de n’avoir jamais éprouvé franchir les frontières.

Vivre, quelle drôle d’affaire, proclame Gemma Salem. Vivre « cette chose incroyablement belle, indiciblement joyeuse, qu’elle soit tellement difficile aujourd’hui, tellement étroite, tellement sanglante, tellement dégoutante… » écrivait Nazim Hikmet il y a plus de quarante ans, rattrapant Gemma Salem et ses conclusions, dans ce livre aux aventures surprenantes, aux descriptions amusées, parfois caricaturales, bien frappées, c’est sûr, allègres et vives, rehaussées par des caractères admirablement observés. Que d’éclat, de verve, de profondeur aussi et d’observations fines pourrait-on encore ajouter.

Alfred Eibel,

Pierre-Guillaume de Roux éditeur

251 p. 23,50 €.

 
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Publié par le octobre 16, 2014 dans Uncategorized

 

Je suis fait ainsi, de Jack London

Ne demandez pas à Jack London (1876-1916) de s’apitoyer sur son sort. Qu’il s’adresse à Bess sa première femme ou à sa fille Joan, il fait preuve de pragmatisme. Vivant dans une instabilité financière permanente, il dénonce les mensonges de Bess qui lui réclame de l’argent. Il lui met le nez dans ses comptes, explique qu’être bonne poire a des limites. À sa fille Joan, à peine la connaît-il, il prodigue ses plus secrets conseils. C’est l’homme qui roule et qui tangue, qui ne perd pied en aucune façon. Il paie ses dettes, gagne sa vie, cette vie qui nourrit son œuvre. Il est dans l’urgence. Ses « mots sont des outils, comme des couteaux affutés ». Pas gendelettre pour un sou il ne fait pas le paon pour faire style, travaille comme un beau diable, accablé de tâches qu’il s’impose le plus souvent. La bohème sans mon cœur, c’est lui tout craché, luttant pour la justice contre l’indéfendable, pratiquant le constat. Les états d’âme c’est pour les écrivains assis. Il n’y a chez lui ni romantisme, ni sentiments échevelés. Il pense qu’on ne peut être amoureux qu’une seule fois dans son existence. Il se dit philosophe, persuadé que les menteurs sont des poltrons qui s’imposent le silence. Avec Jack London on est dans la bourrasque, quelque part en haute mer, le vent en poupe, la fraîcheur de l’air au visage, loin encore du bureau des assassinats.

Alfred Eibel

Finitude, 125 p. 13 €.

 
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Publié par le octobre 10, 2014 dans Uncategorized

 

Autour de Jean-Pierre Martinet…

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Expositions d’art plastique et vivant à la galerie Oberkampf
103 rue Saint-Maur, Paris 11
métro Parmentier

Du 17 au 19 octobre : autour de Jean-Pierre Martinet

Des extraits de la chorégraphie Jérôme de Mélanie Mesager, que vous pourrez voir au théâtre de verre le 21 Novembre, se danseront, accompagnées d’un affichage de photographies autour de l’auteur et d’une présentation de ses œuvres. La chorégraphe et ses danseurs seront heureux de rencontrer à cette occasion les personnes que cette démarche de création intéresse pour discuter de la relation entre le roman de Martinet et la chorégraphie.

Du 21 au 23 octobre : projet Artaud

La chorégraphe Mélanie Mesager montrera la première étape d’un travail en cours sur le texte de l’Ombilic des limbes d’Antonin Artaud. Lectures du texte et performances dansées seront, le premier soir, dessinées en direct par quatre artistes invités qui laisseront une « trace » de ce qu’ils ont vu, et leurs œuvres seront ensuite exposées dans la galerie.

retrouvez ces événements et les actualités de la compagnie :
http://www.compagniege.fr

 
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Publié par le octobre 2, 2014 dans Uncategorized