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Archives Mensuelles: janvier 2019

Wolcott Gibbs, Tous au pôle !

Retenons de ce livre que nous sommes embarqués au royaume farfelu. Tout y est biseauté, tout est moquerie. Il s’agit avant tout de bluffer l’opinion publique. Christoffe Robin est recruté par Herts, du groupe Herst, pour piloter une expédition au pôle sud. Herst est autoritaire. Il fait songer au personnage de Rex McBrid des romans de Cleve F. Adams (1895-1949), est un optimiste grandiloquent qui, sous couvert d’avancées scientifiques, tient avant tout à valoriser les investisseurs de cette expédition dans cette arche de Noé sachant tanguer. Il faut en mettre plein les mirettes au public, convaincre les plus rétifs qu’il faut acheter un maximum de produits inutiles mais indispensables. L’impayable Herst semble dire à Robin légèrement sceptique que le mot obstacle est une invention des lâches. Enjôleur, cajoleur, escamoteur, Herst présente cette aventure grandiose comme l’évènement du siècle. Aux questions qu’on lui pose et qui ne lui plaisent pas, il répond à côté. Plus Wolcott Gibbs progresse dans son histoire, plus la normalité semble être un vice qu’il est indispensable d’éradiquer. Soyons burlesques semble dire l’auteur, qui possède l’art de manier le scalpel pour présenter le nombre de buses embarquées sur ce navire dont rien ne prouve à priori qu’ils soient en mesure d’affronter les extrémités de l’axe autour duquel la sphère céleste semble se mouvoir en vingt-quatre heures. Durant cette extravagante aventure, on fera connaissance avec la belle Cyanara dont la fermeté des fesses, suppose-t-on, est à mettre au côté positif de cette entreprise loufoque, ainsi qu’un pingouin qui fait des siennes pour se mettre en valeur. Wolcott Gibbs, écrivain américain (1902-1958) est un incurable pessimiste dont le sourire semble témoigner d’un certain dédain. Ce qui ne l’a pas empêché d’être alcoolique.

Alfred Eibel.

Éditions Wombat, collection Les Insensés, n°36, 116 p.16 €.

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Publié par le janvier 23, 2019 dans Uncategorized

 

Fausse piste, de James Crumley

Milodragovitch, dit Milo, aussi mystérieux qu’une mouche immobile, détective privé, picoleur grave, taraudé par le doute, au bord du chômage, coupeur de cheveux en quatre, reçoit comme dans The little sister de Raymond Chandler, la visite d’une adorable petite beauté qui lui annonce la disparition de son frère. Voilà l’argument. Ensuite James Crumley (1939-2008) s’embarque dans des bifurcations compliquées, nombreuses, présentant des piliers de bars aussi atteints par le whisky que Milo, bavards impénitents, légèrement timbrés, discourant dans la brume qu’impose l’alcool, traine-lattes en déséquilibre occupés à s’empiffrer, batailler, l’élocution embarrassée, faisant des blagues à deux balles, des pauvres types en somme dont Erskine Caldwell n’aurait pas voulu, des personnes socialement inadaptées, vivant dans la petite ville de Meriwelther, dont la devise pourrait être « saoulons-nous et soyons des hommes ». Raymond Chandler a déclaré un jour : « Quand une civilisation se corrode, se corrompt, s’avilit, on est sûr que tous les faubourgs en seront atteints, y compris ses habitants soi-disant intègres ». Le malheur de ce livre, c’est que le lecteur est obligé de monter dans un carrousel de ploucs sans fantaisie. Il faut tourner et tourner encore les pages du livre pour atteindre enfin la page où l’apparition de la petite Hélène Dufft pointe encore son museau. Certes, James Crumley a de la patte. De ces situations les plus entortillées il tire des balbutiements que James Joyce n’aurait pas reniés. Pour autant nous préférons l’œuvre de Robert B. Parker, chandlerien incorrigible, styliste hors pair, se foutant de l’intrigue comme James Crumley mais dont chaque page est empreinte d’un humour dévastateur.

 

Alfred Eibel

Éditions Gallmeister, 348 p.10€.

 
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Publié par le janvier 23, 2019 dans Uncategorized