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Archives Mensuelles: juillet 2016

François Kasbi : Supplément inactuel avec codicille intempestif au bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés

Méfions-nous des étiquettes collées aux écrivains par la critique. François Kasbi comble les lacunes de cette seconde édition placée sous l’invocation de Stendhal. Se réunir autour d’une table, écouter notre ami qui nous dit ce qu’ont les écrivains dans le ventre, singuliers, souterrains, devenus des classiques par la patine du temps. Les ausculter en médecin. Les faire émerger des cases où on les maintient. Trouver la pièce manquante du puzzle, obtenir son identité réelle, se pencher sur les accidents de sa vie qui comptent plus qu’on ne l’imagine. Par exemple, le XIXe siècle parfois dénaturé ou simplifié. En scaphandrier, Kasbi plonge dans les profondeurs et découvre l’étendue d’une œuvre. Ne pas être rebuté par le fort en gueule Léon Bloy. Goûter le fruit derrière l’écorce. Comprendre qu’après tout compte l’énergie d’un écrivain. Cette énergie qui l’emporte toujours sur le pêle-mêle de ses idées déjà oxydées. Dépoussiérer Claudel ou le décatholiciser, peu importe. Apparaît alors « le bois rutilant ». Par ailleurs, n’allons-nous pas trop vite lorsque nous pensons que tel écrivain est bien représentatif de son temps ? Ravaler la façade pour faire apparaître les différentes matières qui entrent dans la construction d’une œuvre. Brocanteurs littéraires de tout poil, sachez qu’avec François Kasbi vous aurez du neuf. Vous verrez sous un jour nouveau des écrivains aussi différents qu’Aragon, Drieu, Berl, Valery, Gobineau, Fraigneau.

Alfred Eibel.

Éditions La Bibliothèque – Coll. Les Billets de la Bibliothèque, 167 p. 14 €.

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Publié par le juillet 20, 2016 dans Uncategorized

 

Loin de Venise : Vivaldi, Rosalba, Casanova, de Michèle Teysseyre

Pas facile d’attraper un dialogue d’époque. Michèle Teysseyre y parvient avec le XVIIIe siècle. C’est ainsi qu’elle nous rend proche deux hommes et une femme qui ont donné leurs lettres de noblesse à la Sérénissime. Vivaldi n’est que musique du lever au coucher. Réfugié à Vienne certes mais exigeant, insolent, pointilleux. Triomphes et ovations lui font oublier l’exil. Madame Rosalba, née et morte à Venise, est une pastelliste remarquable. Elle a peint des dessus de tabatières. C’est une femme de retenue qui s’oblige à faire bonne figure en société. Elle ne cesse de pasteller tandis que la nuit avance jusqu’à éteindre ses yeux. Ce grand escogriffe de Casanova, après avoir sauté d’un carrosse l’autre, arrive en fin de course au château de Dux. Ce baratineur en est réduit à faire le rond-de-cuir dès qu’il s’arme d’une plume pour raconter sa vie. Découragé, moqué par les domestiques, sa superbe démontée, il rêve d’un dernier coup de dé qui abolirait le hasard. Bougon, éberlué par le chaos du monde, il porte encore en bandoulière des velléités de Lagardère. Le prince de Ligne se mêle à la conversation de l’homme bourru, ironie et causticité, pour remonter le moral au chevalier de Seingalt. Tous les deux pavent leur passé de ses derniers feux. Quelle aubaine pour Madame Teysseyre d’avoir su capter leurs délibérations. Deux nostalgiques qui n’arrêtent pas de touiller des histoires anciennes, qu’on peut situer entre le vase de nuit et revoir Venise.

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 194 p. 16,90 €.

 
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Publié par le juillet 20, 2016 dans Uncategorized

 

Chanter Brassens dans le métro

Loin de « Je chante soir et matin » de Charles Trenet, l’homme inattendu, sympathique, discret, chante de 8 heures du matin à 13 h 30 sur la ligne de métro n°6, de la Place d’Italie à l’Étoile, et de cette station de métro à Place d’Italie, Georges Brassens. Son répertoire est étendu. Il convient à un très large public aussi bien français qu’étranger. Il chante sans accompagnement musical. Cela fait partie de son originalité.

Obligé de s’interrompre jusqu’en septembre, il ne veut pas oublier son public. Il espère que ceux qui l’ont écouté manifesteront leur intérêt en laissant un message sur ce blog.

Il vient de mettre la dernière main à un ouvrage qui raconte son expérience d’interprète de Brassens dans le métro. Il espère trouver un éditeur. La variété du public auquel il s’adresse en surprendra plus d’un. Brassens le poète a trouvé l’interprète juste pour toucher les cœurs.

Alfred Eibel.

 
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Publié par le juillet 20, 2016 dans Uncategorized

 

Vocation promeneur, de Christophe Simon

Christophe Simon met en mouvement Lukas Zbinden qui n’est pas un perdreau de l’année. Il confie ce qu’il ressent à Karim responsable des personnes âgées. Lukas prend conscience que la promenade est une prodigieuse joie de vivre faite de courts-circuits de la pensée, d’émotions vives se succédant à un rythme accéléré, aspirant tout ce qui se dit au cours de ses flâneries. Pour Lukas, l’expression « excusez-moi » est impardonnable ; elle contribue au déclin d’une nation. Impardonnables aussi les froussards qui s’adaptent sans crier gare aux situations les plus subalternes. L’humour doit servir de dôme à coiffer les situations les plus inconfortables. Regarder un épagneul dans les yeux suffit à saisir l’état dans lequel se trouve la condition humaine. Le promeneur au cours de ses balades prend acte que les questions dominant le monde rendent l’homme soupçonneux. Au fait, qu’est-ce qu’un promeneur ? Un urgentiste en puissance qui guette dans les voix qui s’expriment autour de lui, une anxiété, une angoisse, que révèle le timbre de voix. Il constate au cours de ses allées et venues que les solitaires vont s’attarder sur un mach de foot, en expert, sinon avec une certaine élévation d’esprit, afin d’éviter de parler d’eux-mêmes, contredisant par là la soi-disant cohésion sociale. Lukas Zbinden répète à qui veut l’entendre que le remède le plus efficace contre l’indolence d’agir est la promenade. Ce livre exige plus que de l’attention. Il exige d’avoir de l’oreille comme en musique. À ce propos, le jazz joue là un rôle et spécialement pour ceux qui ont eu la chance d’entendre le batteur Shadow Wilson, qui savait jouer des balais avec souplesse, avec puissance, sobriété et subtilité.

Alfred Eibel.

Éditions Zoé, 189 p. 18 €.

 
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Publié par le juillet 17, 2016 dans Uncategorized

 

Un camping en hiver, de Bruno Roza

Avec ses 12 nouvelles, Bruno Roza nous propose des histoires de filles au saut du lit qui rêvent d’engloutissement, enfants gâtés, souffrant du mal à grandir, en partenariat avec des hommes empêtrés dans des questions insolubles parce qu’installés dans une réalité qui n’est qu’un rêve éveillé. Qu’il s’agisse de Nadine, de Laura, de Pierre et Jeanne, de Sandrine, de Mathieu ou de Louise, de Laurence et Jérôme ou de Jonathan et Cécile, tous sont victimes d’interrogations permanentes, prisonniers d’une perception fragmentée jusqu’à l’éclatement des points de vue. Ils ruminent. Les actes doivent-ils avoir un sens ? Comment trier nos sentiments, installer une certitude et pourquoi tant de récriminations, tant d’attente pour obtenir une réponse ? Qu’est-ce que l’amour ? Un gros nuage qui passe. Ces nouvelles englobent des attentes fébriles, des examens embarrassés. Les héroïnes de Bruno Roza observent, écoutent, flairent, soliloquent. « Sous la couette, Laura remonta les jambes et d’un bras ramena l’oreiller sur ses yeux. La neige, c’était comme ça qu’elle la voyait le mieux : les pieds au chaud et les yeux bien fermés ». On évoque des paysages, on meuble les temps morts comme on peut. On s’étend, on s’endort. L’écriture impressionniste accentue le passage de l’inconscient au conscient par l’intermédiaire d’images vues à travers de multiples protagonistes.

Alfred Eibel.

Éditions de la Revue Conférence, 127 p. 16 €.

 
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Publié par le juillet 17, 2016 dans Uncategorized

 

La fête est finie d’Olivier Maulin

Olivier Maulin nous change de la tombée des romans de la rentrée, bien écrits, esprits brillants, mais rasoir. Victor et Picot ne poussent pas à se défoncer au boulot. L’un est tourneboulé par la musique de Bach, l’autre se remue pour trouver une besogne. Ils finissent par se faire vigiles, chiens en laisse, à surveiller un camping-car convoité, dit le patron, par les Roms. Nos Loubard et Pécuchet, comme dirait Michel Lebrun, se retrouvent plongés dans le sommeil, puis se réveillent, la roulotte roulant à fond de train conduite par un Rom pressé de rentrer en Roumanie. Nos deux indépendantistes se voient piégés, embarqués qu’ils sont dans un roman picaresque digne du XVIIIe siècle. Rien ne leur sera épargné, eux qui ont réalisé le vrai vivre ensemble à deux, hors du monde balisé par les affairistes, sans qualifications particulières, mais pas sans idées ; plutôt rats des champs, aimant la gauloiserie à condition que le mot fasse mouche, en opposition avec l’entourage auquel ils sont confrontés, prêts à asticoter un gaillard de passage, bonne pâte à l’occasion si la fille est bien foutue ; insoumis de nature, irrécupérables pour les causes humanitaires et les pollueurs ennemis jurés de la nature. Victor et Picot sont décidés à leur rendre la vie impossible. Olivier Maulin nous présente des personnages sortis du pressoir, contraints de barboter dans la mare aux conneries, capables de mener en bateau un adversaire. Tout ça est dit avec gouaille, avec santé, à faire chavirer le lecteur, ajoutons un je-m’en-foutisme de bon aloi. Victor et Picot appartiennent à ces rebelles sans cause qui emmerdent les modérés et les hommes des petits arrangements.

Alfred Eibel.

Denoël, 238 p. 18, 90 €.

 
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Publié par le juillet 17, 2016 dans Uncategorized