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Pierre Klossowski, Sur Proust

Peut-être faudrait-il lire Le bain de Diane de Pierre Klossowski (1905-2001) pour comprendre sa manière de pénétrer l’œuvre de Marcel Proust. Entrer très avant, percer le cœur de l’écrivain, descendre dans ses profondeurs, comprendre, saisir, ramener à soi sa vision intérieure. Il y a, quoi qu’on en dise, chez Marcel Proust, depuis l’enfance, ce qui n’a jamais cesser de le remuer, l’œuvre de Charles Perrault à laquelle il semble vouloir revenir à travers ses figures obsessionnelles, à sa « rhétorique spiralante », lorsque reprenant le passé, Marcel Proust lui confère un mouvement nouveau en harmonie avec l’œuvre en train de se construire, une forme d’imitation, d’embellissement ou ce qui corrode la mémoire, une hantise du révolu, une forme de jubilation qui le pousse à poursuivre son chemin sachant que la vie s’écoule irrémédiablement. Assistant si l’on ose s’exprimer ainsi avec une patience de chartiste au lent épanouissement d’un parterre de nénuphars sur un étang immobile. Pierre Klossowski se veut encerclé par cette œuvre qu’exprime autrement Georges Perros : « À partir d’un certain degré d’attention, le langage « lange » l’homme, le « borde », le « rattrape ». Klossowski s’est laissé volontairement engloutir par les sables mouvants d’À la recherche du temps perdu pour en ramener les instants privilégiés. C’est en cela que la tentative de Pierre Klossowski porte son originalité. La question qu’il faut se poser : l’œuvre de Marcel Proust ne tient-elle pas également à l’oisiveté d’une partie de la vie de l’écrivain, à sa maladie et à son indéniable souffrance ?  

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 144 p.15,90 €.

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Publié par le mars 18, 2019 dans Uncategorized

 

« Karl Kraus… Il ne suffit pas de lire » (Préfacé par Alfred Eibel)

Par Françoise Monfort

L’un, Karl Kraus, est décédé en 1936 à Vienne où il aura passé quasiment toute sa vie. L’autre, Alfred Eibel, y est né en 1932. Ils se sont peut-être croisés dans cette ville qui n’était plus capitale d’un empire, ni bientôt capitale d’elle-même. Une circonstance que Kraus n’aura donc pas connue mais pressentie bien avant ses compatriotes. Déjà, dans La Troisième nuit de Walpurgis publiée après la prise de pouvoir d’Hitler, il s’en était pris à la manipulation de masse, aux journalistes soumis aux politiciens, à la corruption en général et à celle de la langue en particulier. Les plumitifs, les artistes, la bourgeoisie, les industriels, la psychanalyse qu’il a d’abord soutenue et son cortège de spécialités, les femmes, ou plutôt une certaine catégorie de femmes comme Alfred Eibel l’écrit dans sa préface… Tout le monde en prend pour son grade dans cette compilation d’aphorismes publiés « en fonction d’un public français » et dans le désordre.

Quelques perles :

« Le psychologue n’est rien d’autre qu’un autocar accompagnant un dirigeable ».

« L’injustice est nécessaire. Sinon, on n’arrive jamais au bout ».

« Le bourgeois ne tolère pas, dans sa propre maison, ce qui lui paraît inintelligible ».

« L’homme qui s’imagine avoir comblé une femme n’est qu’un bouche-trou ».

« La jalousie est une forme d’aboiement qui attire les voleurs ».

« L’Église a l’estomac solide. Néanmoins, il serait bon, de temps en temps, qu’elle subisse un bon lavement ».

« Le nationalisme est un bouillon dans lequel s’enlise la moindre pensée ».

« La culture s’éteint lorsque les barbares s’en emparent »…

Sa clairvoyance parfois vacharde et son mordant pourraient manquer à notre ploutocratie vendeuse de vivre ensemble au rabais. Karl Kraus, lui, ne craignait pas d’afficher sa misanthropie et de pourfendre les mensonges du national-socialisme, les faux-semblants, la vulgarité, l’inconscience et la lâcheté des béni-oui-oui. Chaque aphorisme croque ses contemporains viennois avec la précision cruelle d’une caricature de Daumier pour nous livrer l’instantané d’une ville qui paiera cher son aveuglement à l’heure du crépuscule des dieux. Prophétique et salutaire.

 
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Publié par le mars 12, 2019 dans Uncategorized

 

Cinq femmes, de Gilles Cosson

Tandis qu’un grand architecte agonise suite à un AVC, bâtisseur type Imotep de la vieille Égypte, il s’interroge sur ses relations féminines pour se donner du courage, remonter le temps avant que le temps ne fasse fi de sa mémoire. Claustrophobe catastrophé, livré à lui-même dans l’obscurité d’un hôpital, il égrène ses amours violents, ses aventures fugitives, les vieilles amours au fond du puits. L’architecte se rêve en homme sans qualités particulières, doutant du génie qu’on lui prête, parce que tout est factice dans ce monde y compris les complicités d’apparence. À cet artiste, les femmes reprochent de travailler trop alors que l’inspiration exige le silence, trouver la clef de l’inspiration. Encore un instant de bonheur, comme l’écrivait Montherlant, il conclut : tout n’est qu’illusion, un jeu qui se joue de nos sens, une suite de paradoxes qui excitent notre curiosité. On le sent proche de La Rochefoucauld. On le porte au pinacle ; il se sent petit homme dans la foule. Son temps et sa solitude sont insérés dans la durée des choses. Le voilà dans l’extrême angoisse arrivé à la conclusion qu’une amitié amoureuse vaut mieux qu’un serment brandi. Le remord et la solitude sont chez lui indissociables. « Sa lucidité est dévastatrice ». Tout au long de sa vie qui maintenant s’achève, parce que la maladie n’est qu’un mouvement progressif. Il balance encore une fois, une dernière fois : l’instinct au service de l’amour ou l’instinct dominateur destiné à ses réalisations d’architecte ? Gilles Cosson sait que tout est poussière, que tout n’est que professionnel.

 

Alfred Eibel.

Pierre-Guillaume de Roux éditeur, 214 p., 18 €.

 
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Publié par le février 25, 2019 dans Uncategorized

 

La mer en face, de Vladimir de Gmeline

Philippe, scénariste de cinquante ans, est pris entre trois feux. Ses histoires de femmes (Charlotte, Léa) contribuent à une forme d’instabilité psychologique concernant les solutions à apporter à sa vie. Philippe a « l’art consommé de se mettre dans des situations compliquées ». Il décide de revoir l’Allemagne de son enfance ; il décide d’en savoir plus sur son oncle autrefois embrigadé dans la Waffen SS hanté qu’est Philippe par la « Shoa par balles ». Il veut ensuite rejoindre son fils Ivan, sportif accompli, à Montréal. L’Allemagne a changé. Les questions posées à ceux qui ont connu son oncle sont soit évasives, soit volontairement silencieuses. Comment devient-on un monstre ? La réponse ne figure dans aucun dictionnaire. Dépossédé de ses nombreuses interrogations, dépossédé en quelque sorte de réponses valables. Enfin, Philippe veut créer un lien plus étroit avec son fils. Remuer des souvenirs sert à remuer de la tourbe. Ce roman est une confrontation permanente entre un passé perdu et un présent à visage découvert. De quelque côté que se tourne Philippe, il se retrouve face à un mur, face à une imagination immuable. Le lecteur est entraîné par La mer en face dans une sarabande infernale écrite avec vigueur.

Alfred Eibel.

Éditions du Rocher, 420 p. 19,90 €.

 
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Publié par le février 25, 2019 dans Uncategorized

 

L’enquête de Wittgenstein, de Roland Jaccard

Il n’est pas aisé de présenter Ludwig Wittgenstein (1889 – 1951), encore moins son Tractatus logico-philosophicus, moins encore la vie de cet homme poussé par des moyens détournés à la fois vers ce qui lui ressemble, également vers ce qui ne lui ressemble pas, vers ce qui l’engage, vers ce qui l’englue. L’enquête de Wittgenstein se présente de la façon la plus dense possible, exprime ce que fut ce vingtième siècle viennois dans le domaine de la “pensée exitée” propre à Wittgenstein, à savoir esquiver, s’échapper d’un usage courant plutôt que par les voies officielles. Au commencement, il y a ce qui est transmissible par la langue et penser “ce qui ne se laisse pas penser”, ce qui sous-entend savoir posséder des connaissances au-delà du langage, “montrer quelque chose qui doit être contenu indiciblement dans ce qui est exprimé”. Philosophe malgré lui, agent, détective, moraliste, solitaire et solidaire, Wittgenstein a été toute sa vie un homme à la conquête de soi. Sa vie, un scénario digne d’un roman d’aventures.Un esprit agité par une terreur profonde, hanté par la folie et le suicide. Son esprit remue comme les mobiles de Calder, se posant sans cesse la question : Est-ce que la réalité est bien saisissable ? Cet homme fut “irrécupérable” par ce qu’on a appelé “la civilisation de son temps”.Une analyse approfondie de quelques tueurs en série dont l’intelligence supérieure est incontestable, sont à la fois dans ce monde, et soudain ne le sont plus parce que pris dans une autre activité, celle du crime.

Wittgenstein, dans ses mauvais jours, passait au-delà de ses impulsions, à la recherche du “mot salvateur” destiné à remettre sa machine en marche, prêt à affronter de nouvelles audaces. Le livre de Roland Jaccard se présente tel un exercice spirituel de haut niveau et c’est la raison pour laquelle il est admirable.

 

Alfred Eibel.

Éditions Arléa, 144 p.,9 €.

 
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Publié par le février 25, 2019 dans Uncategorized

 

Les maîtres de l’eau, de Francesco Masala

Il y a des îles qu’on envie. Tant que ça que ce fut le cas de la Sardaigne dominée d’abord par les Phéniciens, puis par les Romains, les Byzantins, puis durant quatre siècles sous la domination aragonaise, ensuite la domination espagnole, piémontaise. L’écrivain sarde Francesco Masala (1916-2007) s’intéresse à l’histoire hydrologique de la Sardaigne. Une histoire surprenante. Les raisons en sont à la fois socio-économiques et sacrées ; économiques, cela semble l’évidence même ; objet de culte c’est moins évident. Pourtant l’importance que la Sardaigne a attachée à ce phénomène traverse toute son histoire. Objet de culte, l’eau s’est révélée un problème primordial, une véritable religion. On s’adressait à des sorciers de villages pour faire pleuvoir. Il fallait étancher la soif des hommes et des champs. Plus tard, on a construit des lacs artificiels, des ponts, des aqueducs. Au XXe siècle, non sans de multiples tergiversations, nombreuses furent les mesures prises non sans retard. Si bien que Francesco Masala écrit : « capitalisme fasciste et capitalisme démocratique. Trouver la différence ». Lambiner fut presque un mot d’ordre pour trouver des solutions. D’abord les promesses, puis celles qui ont vu le jour tardivement ou n’ont pas été tenues sans penser que le temps n’attend personne. À ce propos, Francisco Masala se réfère au roman de Hermann Hesse Le jeu des perles de verre où la maîtrise d’éléments divers pour atteindre la durée des choses semble sans fin et donc illusoire. Le livre dépasse largement le problème de la Sardaigne. Francesco Masala pose les bonnes questions. C’est pourquoi son travail se présente comme une déclaration publique par laquelle il explique les raisons de conduite à tenir à l’égard d’un pouvoir.

 

Alfred Eibel.

Traduit de l’italien (Sardaigne) par Claude Schmitt.

Éditions de L’Harmattan, 76 p, 11,50 €.

 
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Publié par le février 3, 2019 dans Uncategorized

 

Batailles pour le Goncourt 1903-2018

Tirages, rééditions, éditions postérieures, documents originaux, contexte de l’attribution du prix, rien ne manque à ce fastueux album illustré, frappé qu’on est par tant de célébrités grandes et honorables aujourd’hui englouties. Les lecteurs qui se sont délectés de Léon Frapié, Jérôme et Jean Tharaud, Charles Plasnier, André Billy, Henri Fauconnier, Philippe Hériat, Paul Colin, Jacques Borel et consorts, auront-ils le courage de replonger dans leurs œuvres ? De certains écrivains ne subsistent que des reliures de grand luxe destinées aux maniaques bibliophiles qui ne lisent pas. Une bonne partie des œuvres couronnées ne sont plus que feuilles mortes qu’on ramasse à la pelle. Sur les rangs, les éditeurs qui attendent leur becquée. Les lauréats sur qui pleuvent les hommages en restent tout ébahis. Comme au théâtre. Après la représentation, on éteint. Mais avant de déclarer à la foule le nom de l’heureux élu, que de commentaires peu amènes, de remarques acerbes, d’intrigues, d’humeurs, d’affrontements à fleuret moucheté, d’explications inamicales, de consécrations inattendues, de méchancetés scrupuleusement rapportées. Ceux qui président au cénacle ressemblent à des chasseurs de lépidoptères. Le prix s’efface lentement ; semblablement à l’écoulement du temps. « La consécration littéraire peut être une longue patience ». Parfois un miracle, une injustice réparée. On retire un écrivain de son caveau. Le lecteur écarquille les yeux. Il vient de mettre la main sur un trésor.

 

Alfred Eibel

Librairies Fosse et Walden, 258 p. 10€.

12, rue Puvis de Chavannes – 75017 – Paris.

 
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Publié par le février 3, 2019 dans Uncategorized