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Archives de Catégorie: Uncategorized

« L’effroi mousquetaire », de Jules Magret

Nous les vivants nageons dans un vocabulaire vidé de sens, sans une cime à l’horizon. Le roman de Jules Magret porte une véritable renaissance. Les mots ont du souffle, ils ont le dur, on les palpe, on les sent, on s’en pourlèche, ils ont le goût de l’amande rissolée ou la flamme du paprika qui emporte la gueule. C’est du Boudard bien sûr mais aussi de l’Ange Bastiani, du Roger Duchesne, de l’Auguste Le Breton, du Claude Néron, la voix de Robert Dalban ou celle de Maurice Chevalier et le formidable dictionnaire français-langue verte qu’un commissaire divisionnaire, avec lequel j’avais travaillé, m’avait permis de consulter, un régal. Du coup, on va également se régaler avec les aventures d’un indélicat, d’une belle gonzesse, d’un agent secret, d’un mystérieux médecin, le tout en 1673, à l’époque du jeune Louis XIV, en argot contemporain. Si la soif vous étreint encore après la page 257, c’est que vous êtes sur la bonne voie pour en redemander. Entre temps, lisez le dictionnaire de Furetière.

 

Alfred Eibel.

Éditions Les Belles Lettres, 257 p., 19 €.

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Publié par le octobre 4, 2018 dans Uncategorized

 

Mary Jane Clark, « Pièce montée »

La recette de la Pièce montée de Mary Jane Clark est simple. 1. Prenez une ville: New-York. 2. Ajoutez y ces ingrédients: un mariage, l’amertume d’un amour perdu, une lettre anonyme, un meurtre. 3. Faites les revenir dans l’univers d’une série américaine à succès, A little rain must fall. 4. Saupoudrez le mélange de suspense, de mystère, de rebondissements. 5. Pour faire monter la mayonnaise, rajoutez régulièrement un drame, un crime, des fausses pistes. 6. Faites mijoter le tout à feu doux et vous obtiendrez un savoureux roman à consommer sans modération ! Mary Jane Clark maîtrise à merveille l’art du sucré-salé. Le sucré des pâtisseries et gâteaux confectionnés par Terrie Donovan dans la cuisine de La Cerise sur le gâteau. A New-York, sa renommée n’est plus à faire ! L’actrice vedette de A little rain must fall le sait bien en souhaitant que la mère de son amie Piper Donovan réalise son gâteau de mariage. Le salé, quant à lui, est laissé par le goût amer de crimes glaçants qui viennent perturber le studio où se tourne la série. Le drame ne se joue pas qu’à l’écran, il y a des Morts en coulisses. Chacun essaye d’être un excellent acteur, de cacher sa vraie nature mais « il est difficile de garder bien longtemps ses petits secrets ». Un secret, ça empoisonne la vie, c’est lourd à porter, ça n’est pas éternel. Tic tac tic tac… Le compte à rebours est lancé jusqu’au jour du mariage de Glenna Brooks et Casey Walden : « On ne sait jamais ce qui peut arriver ». Tic tac, tic tac… Prenez garde, « Il y a un malade en liberté » ! Son esprit malin peut à tout moment frapper ! Les raisons de sa colère sont bien dissimulées ! Quelle âme courageuse saura le démasquer ? Le mariage de nos deux tourtereaux sera-t-il célébré ? Les questions se bousculent, les pages se tournent, l’intrigue nous happe, et notre cœur bat la chamade ! Pièce montée est bien plus qu’un drame, qu’un polar haletant aux multiples coups de théâtre, c’est également un livre qui offre une analyse éclairante sur la nature humaine. La méthode est efficace et  classique : « plaire et instruire ». Instruire sur la soif inextinguible de reconnaissance, d’ambition, de réussite et d’argent de l’être humain. L’auteur nous interroge sur notre « servitude volontaire » face aux medias et aux réseaux sociaux. Mary Jane Clark essaye peut-être de purifier nos âmes en nous montrant le destin tragique de ceux qui ont fait de cette pensée d’Horace leur devise : « Gagne de l’argent ; la vertu vient après ». Mais qui peut changer l’homme ? Ce roman ? La littérature ? Voltaire vous répondrait « Sachez que le secret des arts est de corriger la nature ». Mais de toutes les passions, il semblerait qu’une soit plus difficile que les autres à purger : l’amour maternel. Il est puissant, bouleversant. Peut-on affirmer comme Agatha Christie que « L’amour d’une mère pour son enfant ne connaît ni loi, ni pitié, ni limite. Il pourrait anéantir impitoyablement tout ce qui se trouve en travers de son chemin » ?

Laurence Eibel

Editions l’Archipel

285 pages, 7,80 €

 
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Publié par le octobre 3, 2018 dans Uncategorized

 

Khalil, de Yasmina Khadra

Khalil et Ryan, d’origine marocaine, ont grandi ensemble à Bruxelles. Si Ryan a trouvé sa voie, Khalil se remue dans un milieu dont les bornes sont la famille, les copains, la rue, oubliant l’ambition. Il y a chez lui ce à quoi bon qui freine l’initiative. Peut-être se rabaisse-t-il sans en prendre conscience. Le temps passe. L’idée de goûter aux plaisirs de la vie lui semble relever d’un ensemble de dispositions qu’il ignore. Sans doute ne sait-on pas « exactement à partir de quel moment et sous quelle forme le rejet de toute une société » a germé en lui. Se rendant régulièrement dans une mosquée intégriste, il acquiert la conviction qu’il lui faut changer radicalement sa manière de vivre. Fini de tournicoter. Une mythologie souterraine s’empare de lui. Dieu attend un sacrifice. Souffrir et mourir. Khalil fait désormais partie d’un ordre nouveau. Il est en mesure de le revendiquer haut et fort. Le bon sens ou le bon Dieu ? Et pourquoi pas les deux ensemble? Un bon citoyen doit obligatoirement être un bon croyant. Comment concilier l’inconciliable ? Le voilà porté au stade de France de Saint-Denis, sa ceinture d’explosifs autour des reins, censé déclencher l’explosion dans une rame de RER. Il est prêt à se mettre en position. Le détonateur fait défaut. À partir de ce moment, Khalil est devenu son propre ennemi. Toute solution n’est au bout du compte qu’une de ces parties comme un coffre-fort dont on a oublié les derniers chiffres. La malchance poursuit celui qui ne périt pas. Khalil n’est plus qu’un fugitif. Il se tourne vers ses amis, à croire qu’une légende a été détournée pour lui conférer un autre sens. Lequel ? Khalil est à la fois le confessionnal et celui qui se confesse. Il a le sentiment que tout se fissure, les choses, l’affection, la mort. Il se voit divorcer avec une partie de sa vie. Il n’appartient plus au monde des vivants. Comment défendre l’indéfendable ? L’angoisse lui tord l’estomac. Disparaître ou renaître ? Et si à un moment donné il se voyait récupéré ?

Alfred Eibel.

Édition Julliard, 260 p., 19 €.

 
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Publié par le septembre 13, 2018 dans Uncategorized

 

Valère-Marie Marchand, « Le premier arbre et autres récits qui cachent la forêt »

Journaliste et femme de radio, Valère-Marie Marchand se laisse guider par ses coups de coeur littéraires tout en suivant des chemins de traverse avec un éclectisme joyeux dans son écriture. De Rousseau et Boris Vian au Facteur Cheval en passant par l’archéologie de l’alphabet et l’écriture des mathématiques, sa plume l’a conduite au pied des arbres. Arbre matière première du livre. Arbre de vie ou forêt à la touffeur fatale aux imprudents ? L’arbre en fil rouge de l’histoire des dieux et des hommes. Férue de mythes, elle tisse sa toile de conteuse sur laquelle se dessinent peu à peu des paysages aux couleurs fondues à la Watteau, des Cythère au goût de paradis perdus. Le premier arbre -Archaeopteris- puis le rameau d’or figure tutélaire de Virgile, le figuier stérile d’un certain Yehouda et l’olivier de Saint-Augustin sont dépeints avec une érudition gourmande mais légère piquetée d’humour. Plus près de nous, un pommier sauvage abrite les siestes de Thoreau près de l’étang de Walden et les baobabs de Tombouctou pleurent des autodafés dans un passé cruellement proche. Si « la forêt vaut toutes les bibliothèques », écrit-elle, on pardonnera aux bûcherons qui ont abattu les arbres destinés à constituer la sienne.

Françoise Monfort

Éditions du Cerf, 221 pages, 20 euros.

 
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Publié par le septembre 11, 2018 dans Uncategorized

 

Denise Parisse,   « Cité du souvenir »

L’on n’invente pas un titre comme celui-ci. Et en effet la Cité du souvenir existe, elle se trouve dans le XIVe arrondissement de Paris. C’est dans ce décor à la Calet, à la Malet, proche du parc Montsouris, que l’auteur a vécu son enfance et son adolescence  «de la Seconde Guerre mondiale à la guerre d’Algérie». La mère, le père, la fratrie – le «clan» -, les beaux-frères, leur vie dans cet ensemble qui préfigurait les HLM, les maîtresses d’école, les copines, les garçons, la recherche d’un travail, les bals et le grand amour, tout cela qui est de la vie privée se tient éloigné de l’égotisme et au contraire nous restitue un certain unanimisme.  A cet égard, l’évocation de la guerre d’Algérie à travers les dits des uns et des autres (copains de cage d’escalier revus en ces circonstances, proches et familiers…) est une réussite. La phrase se risque sans tremblement devant  «la dure réalité à étreindre», car le regard est juste et à bonne distance. Et enfin nous entendons une voix, mais aussi des bruits «de pas, de chants, de rires, mais aussi des cris et des pleurs. Des bruits « d’hommes » en quelque sorte.» 

Claude Schmitt
Metvox Publications, 192 p., 19 euros

 
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Publié par le septembre 9, 2018 dans Uncategorized

 

François Cérésa, Le sabre de Charette

Lors d’une fête, le comte de La Rose-Pitray abuse de Marie la servante. Le 27 juillet 1794, les députés décident d’arrêter Robespierre et Saint-Just. 1795. D’autres tourments, contrariétés brouillent le paysage. Où se niche l’idéal révolutionnaire ? Un agent de Fouché confie une mission à Marie. Joseph, un hussard, se lie à elle. Ils embarquent tous les deux à Londres, se retrouvent dans un milieu d’émigrés. On y pérore (il y faut de la branche). Chateaubriand, misérable exilé, cherche une issue. Dans ce Londres revanchard, Marie se sent peu à l’aise. Il est question de prêter main forte aux Vendéens de Charette. Mais avant de rallier cette cause, Marie doit retrouver à Londres son fils Maximilien qu’elle a abandonné après son viol. « On ne se rend point heureux par système » disait Madame du Deffand. Marie se sent libre. Elle sait qu’il faut sans cesse se refaire. François Cérésa ravive dans le siècle son langage de rôtisseur, le feu de sa prose, et visualise les situations les plus excentriques dans ce roman picaresque où l’héroïne, malgré elle, sans complaisance, est bousculée ; qui s’aventure, qui hasarde. On referme ce livre comme on quitte une salle de cinéma. Pour y retrouver une société qui manque singulièrement de panache.

 

Alfred Eibel.

Éditions de l’Archipel, 345 p. 21 €.

 
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Publié par le août 17, 2018 dans Uncategorized

 

Mary Jane Clark, Crime glacé

Puis-je vous dire un secret ? Crime glacé est un roman à suspense qui va vous donner des frissons et vous mettre l’eau à la bouche… ! Si Mary Higgins Clark est nommée « Queen of Suspense », Mary Jane Clark peut être baptisée « Princess of Suspense ». Ce livre est un film : Hollywood et ses célébrités venues se ressourcer dans la fontaine de jouvence du spa l’Elysium, un mariage en préparation, l’ « American Dream » dans toute sa splendeur… Le lecteur est plongé comme l’héroïne Piper Donovan dans ce monde délicieusement sucré où « La beauté est une denrée de poids dans la Cité des anges ». L’Elysium, dont Charles Baudelaire pourrait dire « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté », peut-il échapper au « mal [qui] existe dans la vie de tous les jours » ? Piper Donovan a-t-elle raison d’accepter l’invitation de Jillian Abernath, la fille du propriétaire de l’Elysium, de venir réaliser son gâteau de mariage ? Dans ce polar aux multiples rebondissements se mêlent luxe, meurtre, voyeurisme, création de pièces montées, chirurgie esthétique et vie d’un monastère… Après un prologue fort au crime glaçant, chaque fin de chapitre amène son lot de mystères, de soupçons et de questions… Qui est l’âme noire qui veut transformer ce paradis en enfer ? Qui est l’ange déchu de ce jardin d’Eden ? Qui veut gâcher la fête ? Le lecteur est happé par un suspense grandissant et accentué par des titres de parties sonnant comme un compte à rebours jusqu’au jour du mariage. Il veut comprendre l’énigme suivante : « Décidément, l’Elysium n’était pas le paradis terrestre que les gens imaginaient ». Telle Agatha Christie, la romancière égrène de nombreuses fausses pistes, construit un huis-clos tragique où chacun est un meurtrier potentiel, où certains personnages féminins pourraient crier #MeToo… Mary Jane Clark manie à merveille le suspense, la romance et le spectacle de la mondanité. En regardant évoluer les clientes de l’Elysium, on entend encore Charles Baudelaire : « Que c’est un dur métier que d’être belle femme ». Loin d’être seulement un triller domestique, Crime glacé interroge sur l’accès au rêve américain, la lutte des classes, l’obsession de certaines femmes pour la beauté, la jeunesse éternelle et l’apparence physique (« A l’image de bien des femmes, elle se montrait trop critique envers elle-même »). Mary Jane Clark nous raconte extrêmement bien Hollywood mais nous dit également de prendre garde à la douceur des choses et du langage qui n’est jamais neutre. Après avoir lu Crime glacé, vous ne regarderez plus votre médecin ni vos proches de la même façon, vous chercherez l’ennemi invisible qui se cache dans votre entourage, vous vous demanderez si, en écrivant, Mary Jane Clark a pensé à cette phrase d’Alfred Hitchcock : « Les blondes font les meilleures victimes. Elles sont comme la neige vierge qui révèlent les traces sanglantes ».

Laurence Eibel
Editions l’Archipel
271 pages, 21€

 
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Publié par le août 5, 2018 dans Uncategorized