RSS

Archives de Catégorie: Uncategorized

Le tour du monde de Chine en 80 ans, de Jacques Pimpaneau

«  J’ai passé une grande partie de mon temps à étudier la culture chinoise, et c’est cette démarche que j’essaie de relater ici ». Mais c’est aussi durant une grande partie de son temps que Jacques Pimpaneau, montreur d’ombres, libertaire, qui n’oublie pas Rossini, Shakespeare, Corneille, Racine, Molière, Mozart qu’il emporte avec lui lorsqu’il se rend en Chine, faisant ainsi le joint entre deux civilisations. Son tour du monde fait office de traité destiné à celui qui ne veut être nulle part au sens où l’entend André Dhôtel, loin des spécialistes, des sinologues patentés, des personnages habiles par l’expérience d’une pratique et loin des politiques ; plutôt est-il empreint de poésie et partisan des fantasmes nourriciers et abstentionnistes au sens le plus large du terme. Amateur de rencontres individuelles, avec respect, mêlant anecdotes et réflexions. Pimpaneau a passé sa vie à s’affranchir des concepts esthétiques préexistants. Il aime les grands livres de la Chine antique sur la spiritualité au-delà des croyances. Bref, il fuit les excès parce qu’il a intégré les lois non écrites, revendiqué sa marginalité, sous-entendu son refus de se plier aux normes de la société. Il conseille d’ailleurs d’oublier les succès. Il est un libertin dans l’acception de celui qui ne saurait s’assujettir aux lois de la religion. Lecteur assidu de Pierre Klossowski (Robert le soir), de Georges Bataille (La part maudite), de René-Louis des Forêts (Le Bavard), il enjambe les siècles et se retrouve en l’écrivain et poète Tao Yuanming (365-427). Il admire son détachement, son union entre son jardin et l’homme, et l’art de s’élever au-dessus des contingences, des intempéries et des trépidations de l’Empire.

 

Alfred Eibel.

Éditions de l’Insomniaque, 125 p., 10 €.

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le février 18, 2018 dans Uncategorized

 

L’éternité des ânes, de Daniel Henriot

Rendre sensible un territoire, le faire vivre, les Ardennes, dont Daniel Henriot est issu, qui figure « une clairière au milieu des légendes ». C’est à son retour d’Afrique à propos de laquelle il note « les fleuves africains m’enlacèrent », qu’il tente de faire sortir de leur torpeur ses souvenirs issus du domaine paternel et lieu de divers drames dont celui de son émancipation, ce qui ne fut pas une mince affaire, lui dont l’ambition n’était qu’une – celle de sa liberté. Après la forêt africaine, amas de choses et menues, Henriot se devait de retrouver la grande symphonie du temps de la forêt, tantôt à la façon du Morand de Parfaite de Saligny, tantôt à la façon de Balzac si minutieux dans ses descriptions, dans les détails pour mieux emprisonner son sujet. Quelle large palette est ici rapportée avec la sérénité de celui qui contemple le monde sans en devenir captif. Son écriture prend de la hauteur, on y trouve dispersées des propositions générales qui lui servent de règle. Témoin d’autres désastres, la guerre, l’Occupation et ses apôtres, il les a vécus avec un détachement jungerien, ce qui lui fait écrire qu’il se considère comme un libre penseur dans une « société du qu’en dira-t-on ». Daniel Henriot n’appartient à aucune chapelle. Il se voit passeur d’un monde dépassé. Il sait que chaque individu a sa longue vue. La sienne consiste à ne jamais cesser de s’instruire. Il est difficile de donner un bon aperçu de la richesse de ces souvenirs dans lesquels Daniel Henriot déroule une existence faite de merveilles et de désenchantements, car cet homme en a vu de toutes les couleurs durant sa vie, contemplé tant de paysages contrastés.

 

Alfred Eibel.

Pierre-Guillaume de Roux éditeur, 264 p., 20,90 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le février 18, 2018 dans Uncategorized

 

Les Biffins, de Marc Villard

Paris la nuit, clignote, grignote, vaporise, théâtre d’ombre, émigration, motus et bouche cousue, souffrances, incendies volontaires, quatre heures du mat et une météo qui n’en fait qu’à sa tête. Rondes de nuit de la jeune Cécile et du Samu Social, son cœur sur des lignes de métro, vole au secours des baladins en ballade. Difficile d’insérer son emploi du temps dans un temps qui passe. Son dévouement c’est bien joli, mais la fatigue sape l’abnégation. Marc Villard est un des meilleurs écrivains du Paris souterrain où la nuit retrouve de l’air. En peu de mots il dit l’essentiel et le rend vibrant. « Dans le social il faut changer, on finit par se lasser de la routine » pense Cécile qui change de cap, son énergie au service des biffins, ces vendeurs à la sauvette étalant leurs marchandises, objets mal assortis, sur des tapis de fortune. Cécile fréquente les bars occultés, les bistrots mal famés, les cafés sympas. L’essentiel est pourtant sur le bitume. À Barbès, rue Myrha, à la Goutte d’Or, rue Polonceau et ailleurs.

 

Alfred Eibel.

Éditions Joëlle Losfeld, 117 p., 12,50 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le février 12, 2018 dans Uncategorized

 

L’une et l’autre, de François Cérésa

À l’allure d’un TGV file ce roman. Marc a soixante berges, l’amour et par voie de conséquence le corps en prennent un sacré coup, ça ne fait pas un pli. À penser au film Les félins, Marc finit par comprendre que la jeunesse de Melinda n’est plus au rendez-vous avec Jane Fonda et sa peau de pêche. Les critiques affluent, donnent des boutons, l’humeur mauvaise prend corps et Marc songe aux « trente glorieuses », comment les ressusciter. Bavardages, baise, blagues, boissons, bombance, bonheur, lire Henri Béraud. Le couple se crée des chapitres passablement bousculés. Rien de plus joyeux que de bêtifier. Des failles se font jour, on se sent des ailes. S’exprimer, ce vice impuni. L’humeur change selon la côte. Tous en scène pourrait-on dire. Griller une cigarette, griller sa vie. Marc et Melinda ne cessent de s’éblouir. La littérature, le cinoche, mélange de réminiscences. Ils tirent la vie comme on tire le vin ou le diable par la queue. Le couple se donne des airs bravaches. L’un rafraîchit la mémoire de l’autre et vice versa. Marc chtarbé ? Allons, allons ! Melinda caractère de cochon ? Et quoi encore ! À force de penser à la Jane de 1963, un miracle se produit après tant d’impressions éparpillées. On ne s’étonnera pas que François Cérésa pratique le steeple-chase littéraire pour secouer notre indolence.

 

Alfred Eibel.

Éditions du Rocher, 218 p., 18 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le février 12, 2018 dans Uncategorized

 

Jean-Bernard Pouy, Ma Zad

Je préviens, je suis lecteur assidu de Jean-Bernard Pouy dit JiBé. Voici Camille Destroit se mêlant à la ZAD, volant au secours de ceux qui défendent cette zone afin que l’aéroport n’ait pas lieu. Camille défend les agriculteurs asphyxiés. Mis en délicatesse avec la loi, responsable d’une grande surface, Camille stockait des objets récupérés destinés à ses amis zadistes. Ses opposants mirent le feu aux marchandises. Imaginez la suite, les affrontements avec les forces de l’ordre et tout le tintouin. Bien sûr, Camille s’oppose au capitalisme aveugle et dégénéré ; à la société de consommation il préfère la société de sommation. Il veut être utile, efficace, ne cesse de cogiter. Il sait qu’entre les tracasseries administratives se glisse heureusement de temps à autre un fragment de vie. Camille a quarante ans. Ses souvenirs sont des rots à retardement. Il aime les comparaisons primesautières. Une forme de lassitude s’est installée en lui. L’absurde lui tourne autour avant de lui sauter au visage. L’Histoire avec un grand H le fait chavirer. Il a des coquetteries de cinéphile. Il aime les jeux de mots. Baragouiner est son affaire alors qu’il ne prétend pas être détective. Il tient à désamorcer ce qui est désamorçable, fait la connaissance de Claire, sa clarté cliquetante. C’est son refuge, c’est sa guérite. Jean-Bernard Pouy s’élance impétueusement dans la zone à défendre, jongle avec les locutions, les tours, les tournures, quitte à railler. C’est un équilibriste qui n’a pas son pareil. Il se définit ainsi : « Un écrivain, c’est savoir se retirer du monde en faisant semblant d’y participer. Une blancheur à la Blanchot, je pourrais dire (si vous connaissez…) ».

 

Alfred Eibel.

Éditions Gallimard, « Série Noire », 193 p., 18 €.

 

 
Poster un commentaire

Publié par le février 1, 2018 dans Uncategorized

 

Petite annonce…

Belov Antonina

32 ans

Différentes écoles d’ordre artistique.

Langues pratiquées : Français, Russe, Anglais

A la recherche de traduction de texte russe en français.

Traduction simultanée russe français et français russe.

Pour plus de détail adressez vous à antonina.belov@gmail.com

 
Poster un commentaire

Publié par le janvier 25, 2018 dans Uncategorized

 

Le parlement des cigognes, de Valère Staraselski

Cracovie. Près de trois siècles, capitale de la Pologne. Une ville flanquée d’importants monuments. Une féérie d’Europe centrale. Une jeunesse chahuteuse qui vibre d’émotion. Valère Staraselski restitue ses voix de femmes, ses voix d’hommes et un amour en train de s’esquisser qui prendra de l’ampleur. Ces jeunes gens parlent de discipline, de frustration, de concentration, d’humilité dans un de ces bars à lait, une spécialité de la ville. Dans la rumeur citadine fusent des rires qui semblent suffire au bonheur de chacun. Un groupe de jeunes gens se trouve en balade jusqu’à rencontrer un étrange vieillard qui crée un malaise. Et cette partie du roman va considérablement resserrer l’écriture de Staraselski puisqu’il s’agit de l’horreur, des ghettos et ses tortures infligées à des hommes et des femmes sans défense. Le vieillard raconte qu’il a réussi à sauver sa peau lors d’un carnage en s’échappant, en grimpant, en s’aplatissant, en rampant, en s’immobilisant, en faisant le mort dans une forêt. Il y a ici quelque chose qui est du ressort de la « poésie de la nature » comme si l’on se trouvait dans un conte des frères Grimm. Un conte terrifiant. Pourquoi ce vieillard arrivé à la limite de ses souffrances se sent soudain pousser des ailes ? La nature l’a sauvé, le printemps a adouci ses souffrances et même une cigogne. La rédemption par les bêtes. Valère Staraselski nous réserve une fin étonnante à son roman : « Qu’est-ce que l’homme ? Une offense à la vie sur terre ».

 

Alfred Eibel.

Le Cherche-Midi Éditeur, 115 p., 15 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le janvier 24, 2018 dans Uncategorized