RSS

Archives Mensuelles: septembre 2015

MES ANNÉES AVEC JOSEPH LOSEY, de Patricia Losey

Patricia Losey a partagé la vie de Joseph Losey à partir d’EVA et jusqu’à son décès. Durant ces vingt-deux années, les vies privées et professionnelles du cinéaste et de sa compagne, épouse, assistante, traductrice et collaboratrice furent étroitement mêlées, et c’est de cette imbrication que le témoignage, souvent décousu, de Patricia tire son intérêt, charriant en son sillage quantité de faits « vécus », notés sans réel souci de synthèse. Le lecteur est appelé à ratisser large et à faire preuve patience pour ne pas laisser échapper les anecdotes et touches « d’ambiance » les plus intéressantes. Il découvrira ainsi sur le vif les tournages idylliques  d’ACCIDENT et THE SERVANT, les rencontres et les amitiés durables que la narratrice noua avec des hommes aussi précieux que Dirk Bogarde ou Harold Pinter, la fidélité de Jeanne Moreau, les caprices d’une Monica Vitti, les empoignades du couple Burton/Taylor… Tout en veillant scrupuleusement à préserver l’intimité de son couple, Patricia Losey livre bien des éléments éclairants sur la personnalité complexe et tourmentée du cinéaste. On croyait les pires années de combat closes avec la fin de la Liste Noire et l’adhésion naissante du public français puis international, mais on découvre que les tourments n’ont fait que se déplacer : escarmouches avec les producteurs d’EVA et MODESTY BLAISE, lutte vaine contre infamant certificat X de la censure britannique attribué à POUR L’EXEMPLE, efforts héroïques pour faire aboutir les projets PROUST et AU-DESSOUS DU VOLCAN. Les problèmes de santé récurrents, l’alcool omniprésent, les angoisses, les démêlés avec le Fisc, le spectre de nouveaux exils, des conflits jamais résolus avec sa mère font de la vie de Losey un champ de mines, et l’on admire d’autant plus  sa formidable énergie, sa rigueur intellectuelle, son aptitude à obtenir le meilleur d’un Gerry Fisher, d’un Harold Pinter et de certains labos, reconnaissants de se voir offrir l’occasion de se surpasser.

La stature posthume de Losey nous a fait oublier les incertitudes, les passages à vide critiques des années soixante et soixante-dix : EVA fut très mal reçu et abondamment coupé, l’admirable SERVANT fut, contre attente, tièdement accueilli, de même qu’ACCIDENT et MONSIEUR KLEIN, qui figurent sans conteste parmi ses grandes réussites. DON GIOVANNI fut sauvagement éreinté à New York, etc. Patricia Losey consigne objectivement ces faits et nous rappelle à bon escient que rien n’est jamais gagné… ni perdu dans une vie d’artiste, aussi chaotique soit-elle.

Olivier Eyquem

N. B. Un mot pour regretter que le travail éditorial soit aussi relâché : traduction gauche, imprécisions, abondance de coquilles…

Éditions L’Age d’Homme, 2015, 512 pages, index, 22 €

 

 

 

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le septembre 23, 2015 dans Uncategorized

 

Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
1
Pierre de Bourdeille et Marguerite de Valois : une amitié littéraire.
Réunir au sein du château de Richemont, Pierre de Bourdeille et Marguerite de Valois se voudrait à la fois un hommage à ce lieu prestigieux qui nous accueille aujourd’hui et, pourquoi pas, un signe mystérieux de l’au-delà qu’ils auraient tous deux, me semble-t-il, approuvé.
Apprécié d’autant plus que nous avons commémoré l’an dernier le quadri centenaire de la mort de l’un dans ces lieux mêmes, et que cette année 2015 voit aussi la commémoration nationale de celle que l’on surnomme encore familièrement la reine « Margot » disparue, le 27 mars 1615. Un colloque international lui sera d’ailleurs consacré au château de Nérac du 21 au 23 octobre 2015.
Le thème proposé cette année par les Maisons d’écrivains était le suivant : Les écrivains et les femmes. Vaste sujet. S’agissant de Brantôme, il m’est bien vite apparu que ce serait en quelque sorte un puits sans fond que de vous conter la relation de notre écrivain avec ses Dames, qu’elles soient galantes ou illustres. Il l’a fort bien fait lui-même dans ses ouvrages, dont la teneur est relayée et fait encore l’objet aujourd’hui de nombreuses études universitaires et historiques d’une grande richesse. Nos rencontres universitaires, à lui consacré à Brantôme, en sont aussi un témoignage régulier.
En confectionnant, il y a deux ans, le dossier d’inscription du quadri centenaire de la mort de Brantôme aux célébrations nationales, en préparant aussi le programme des festivités qui ont suivi, je m’étais attardée, – et ce sera l’objet de mon propos -, sur la relation pour le moins originale, intime et digne d’intérêt qui unit les deux écrivains mémorialistes que sont Marguerite de Valois et Brantôme, à une époque où la relation littéraire homme/femme est encore quasiment inexistante, en un siècle où l’attrait pour la gent féminine est plus libertin qu’autre chose, tout au moins dans l’univers aristocratique que Brantôme nous décrit, largement confirmé dans la présentation que fait Madeleine Lazard des Vies des Dames galantes qu’elle qualifie clairement de « monde érotique authentique »1.
Si les amitiés littéraires existent depuis l’Antiquité, et elles sont nombreuses à travers la mythologie et l’histoire, elles concernent essentiellement des relations masculines : Plutarque et le poète stoïcien Sarapion d’Athènes, Cicéron et Atticus ; au XVIe siècle qui nous occupe aujourd’hui, ce sera Ronsard et Du Bellay, Montaigne et La Boétie. Pas encore de réelles relations intellectuelles et proprement littéraires entre homme et femme. Cependant, on sait l’intérêt porté, au XVIe siècle à l’éducation des filles, dont la conception va subir alors une modification profonde. La culture, sans être communément admise dans toutes
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
2
les classes de la société, va imprégner les classes aristocratiques et les plus aisées. Et l’on compte à la Renaissance plus de femmes lettrées qu’à aucune autre époque antérieure2. Parmi les femmes qu’on cite toujours en exemple, nobles et bourgeoises, parisiennes ou provinciales, il y aura des princesses, que ce soit Marguerite de Navarre, Marie Stuart, mais il y aura bien sûr Marguerite de Valois. Alors, peut-on considérer que nos deux protagonistes soient des précurseurs en matière d’amitié littéraire entre homme et femme ?
C’est ce que nous allons tenter de cerner au travers de leur communauté de destins, de leur conception respective de leurs travaux mémoriels, et enfin de la modernité de leurs relations, et cela bien avant l’heure.
Une communauté de destins
Qu’elle soit naturelle, fortuite, provoquée ou encore intéressée, l’amitié a souvent inspiré les écrivains. Et quand elle s’établit entre eux, elle peut devenir un moteur de la création des oeuvres elles-mêmes. Ses ressorts sont des plus divers, mais deux semblent en constituer le plus communément le socle : l’admiration le plus souvent, l’adversité aussi. Ce sera le cas de nos deux écrivains, réunis d’abord de façon presque naturelle en regard de leurs conditions sociales respectives, séparés un long temps par les guerres civiles, puis de nouveau en relation suivie, aux heures graves de leurs vies, grâce à leur inventivité littéraire respective. Une amitié mue pour Brantôme par une admiration pour Marguerite qui ne s’est jamais démentie, et pour cette dernière par un transport intellectuel et affectif, une confiance que les années et les difficultés ont décuplées envers celui qui restera son ami, qu’elle estime et respecte.
C’est un bien curieux destin que celui de ces deux écrivains, dont la notoriété des écrits subira au fil des siècles, après leur disparition, un discrédit fort heureusement aplani par les recherches historiques et universitaires. Un peu comme s’ils étaient maudits.
L’oeuvre de Brantôme, qui ne souhaitait pas être édité de son vivant, a été tronquée, dévalorisée aussi au gré de ses éditeurs successifs et de leurs intérêts commerciaux. Ainsi Brantôme demeure-t-il encore, de nos jours, l’auteur d’une oeuvre unique de littérature friponne, Les Dames galantes. Il faudra attendre le remarquable travail d’Étienne Vaucheret pour qu’une partie de son oeuvre soit enfin couronnée dans La Pléiade en 19913 et ce n’est que justice.
Les travaux de Marguerite de Valois, quant à eux, après un succès de librairie attesté et des traductions en Angleterre et en Italie, vont subir un revers à partir des années 1840, où un contexte défavorable aux femmes écrivains s’installe, doublé de son assimilation bien facile à une « reine Margot » sulfureuse, sobriquet inventé par Alexandre Dumas.
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
3
L’ensemble de sa production littéraire est, elle aussi, enfin reconnue et saluée depuis 1999, grâce à Éliane Viennot, sa spécialiste, et à l’initiative conjuguée des éditions Honoré Champion d’accueillir et publier l’ensemble de son oeuvre4.
Tous deux sont familiers de la cour des Valois depuis leur enfance où ils se sont croisés très jeunes, elle encore enfant, lui adolescent.
Marguerite de Valois, la « troisième Marguerite du siècle »5, est la septième enfant de Catherine de Médicis et d’Henri II, la benjamine des filles de France ; soeur des rois François II, Charles IX et Henri III, elle est aussi la petite nièce de Marguerite de Navarre, auteur de L’Heptaméron. Première épouse d’Henri IV, « c’est une vraie princesse de la Renaissance par son intelligence, sa culture, sa prestance et son sens de la représentation », nous confie Madeleine Lazard, dans son bel ouvrage dédié aux Femmes de la Renaissance »6.
Quant à Brantôme, cadet de très vieille famille, il est le troisième fils de François de Bourdeille, sénéchal du Périgord et d’Anne de Vivonne, fille du sénéchal du Poitou. Orphelin de père très jeune, il a été élevé par sa grand-mère, Louise de Daillon, dame d’honneur et confidente de la reine Marguerite de Navarre, soeur de François Ier, et ses deux filles : Anne, sa mère, qui dès après son veuvage rejoindra la cour de Nérac, et Jeanne, sa tante, qui sera pour lui une excellente informatrice sur la société des courtisans. Doté d’une éducation parfaite, il fréquentera assidument la cour des Valois et y résidera de 1575 à 1582.
Né à quelque treize ans d’écart, Brantôme est son aîné. Marguerite va devenir son interlocutrice privilégiée puisque c’est à elle qu’il dédiera le Premier volume des Dames. Il se livre là à un véritable exercice d’admiration pour celle qu’il considère être « la plus belle, la plus noble, la plus grande, la plus généreuse, la plus magnanime et la plus accomplie des princesse du monde »7. Écoutons plutôt :
[…] « S’il y en eut jamais une au monde parfaite en beauté, c’est la reine de Navarre » […]
Pour parler donc de la beauté de cette rare Princesse, je crois que toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont été près de la sienne sont laides, et ne sont point beautés ; car la clarté de la sienne brûle tellement les ailes de toutes celles du monde, qu’elles n’osent ni ne peuvent voler, ni comparaître à l’entour de la sienne »8.
Mais ce n’est pas seulement sa beauté physique qu’il apprécie. Il précisera plus loin :
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
4
« Je lui ai vu souvent faire de si beaux discours, si graves et si sentencieux que si je le pouvais bien mettre au net et au vrai ici par écrit, j’en ferais ravir et émerveiller le monde ; mais il ne me serait possible, ni à quiconque soit, de pouvoir les réduire tant ils sont inimitables »9.
Pour Brantôme, tout en elle est adorable. Qu’il en fut amoureux, rien n’est plus sûr, mais le gentilhomme, même d’excellente lignée, sait qu’il ne peut espérer les faveurs de la soeur du roi de France qui deviendra l’épouse du roi de Navarre. Il s’en est donc tenu à son rôle d’admirateur sans espoir et de confident des heures sombres, demeurant à ses côtés en dépit de la vie sentimentale tumultueuse qu’elle menait et qu’il connaissait. Une sagesse prudente qui leur autorisa alors une amitié fidèle et réciproque.
Brantôme sera présent à Blois le 11 avril 1572 lors de la signature du contrat de mariage entre Marguerite et le futur Henri IV. Il a 32 ans, elle en a 19. Il sera présent aussi en août 1573, lors de la splendide fête donnée par Catherine de Médicis, aux Tuileries, en l’honneur des ambassadeurs polonais où Marguerite, resplendissante de beauté, dans une parure toute de plumes et de pierreries, l’éblouit une nouvelle fois, au point qu’il confie à son ami Ronsard : « Cette belle reine n’est-elle pas comparable à l’aurore naissante ?10 ». Matière pour celui-ci à lui consacrer plusieurs sonnets dédiés à « l’unique perle de France, la reine de Navarre ». Et voici le premier extrait du troisième livre des poèmes de Ronsard11 :
Comme de cent beautés la vôtre se varie,
Ce livre qui vous est humblement dédié,
Est de mille sujets différents variés,
Telles qu’on voit en Mai les fleurs des prairies.
J’ai votre Royauté pour défense choisie,
Afin que mon labeur ne soit point oublié,
Ni du peuple repris, mordu ni envié,
Tant votre Majesté lui donnera de vie.
Madame, je sais bien que ce petit Tableau
Que je sacre à vos pieds n’est ni riche ni beau :
Vous seule en êtes cause, ô beauté sans pareille !
Quand je vois de vos yeux les feux étinceler,
Tant sans faut que je puisse ou écrire ou parler :
Que je deviens rocher, de crainte et de merveille [d’étonnement]
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
5
On le voit, Brantôme, lui non plus ne la quittera pas des yeux, même souvent éloignés l’un de l’autre.
Séparés par les guerres civiles et un climat politique détestable, ils vont cependant se retrouver alors même que leurs deux destins ont basculé dans une adversité très similaire :
Brantôme, brouillé avec Henri III qui lui avait promis le sénéchalat du Périgord, puis s’était rétracté, quitte la cour en 1581. Tenté par la trahison au profit de l’Espagne, son projet avorte puisqu’un fâcheux accident de cheval le laisse « perclus et estropié des membres » pour une longue période. Éloigné des fastes de la cour qu’il considérait comme « le vrai paradis du monde », il dresse un bilan très décevant de sa vie : ambitions déçues, amours enfuies, projet de mariage avec sa belle-soeur Jacquette de Montbron devenue veuve réduit à néant ; sa carrière militaire est terminée, celle de courtisan aussi ; c’est alors qu’il décide de reprendre ses travaux d’écriture. Car, ne nous y trompons pas, Brantôme a déjà écrit même s’il ne s’en est pas vanté. Anne-Marie Cocula, dans son ouvrage Amour et Gloire au temps des Valois, nous le confie volontiers : « Cette solennelle entrée en écriture donne lieu à des coquetteries d’écrivain débutant tout à fait déplacées » quand il explique, avec modestie « le peu de profession que j’ai fait du savoir et de l’art de bien écrire et de bien dire12 ». Soyons en sûrs, ce métier, il le fait depuis son entrée à la cour et quand commencent ses années d’écriture intensive, il a déjà composé au moins la moitié de son oeuvre !
Marguerite de Valois est elle-même en exil à Usson en Auvergne depuis 1586 où elle passera près de 20 ans ; d’abord prisonnière, elle devient maîtresse de ces lieux lugubres, aidée en cela par les Guise. Dans les plus mauvais termes avec son époux, elle va néanmoins y vivre décemment, gérer ses biens, négocier avec intelligence son divorce avec Henri IV, lire et aussi écrire.
C’est alors qu’un dialogue prolongé va s’installer entre les deux écrivains.
Des travaux mémoriels en gestation
Il semble que la première lettre qu’elle lui écrit date des années 1589-1590. Cette lettre, qui ne se trouve pas dans les manuscrits, est rapportée par Brantôme dans son Éloge de Marguerite. On y lit ceci :
« Elle m’a fait cet honneur de m’écrire en son adversité assez souvent, ayant été présomptueux d’avoir envoyé savoir de ses nouvelles. Mais quoi ! Elle était fille et soeur de mes rois, et pour ce que je voulais savoir de sa santé, dont j’étais bien aise et heureux quand je la trouvais bonne »13.
En voici le texte :
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
6
« Au sieur de Brantôme.
Par la souvenance que vous avez de moi (qui m’a été bien moins nouvelle qu’agréable), je sais que vous avez bien conservé l’affection qu’avez toujours eue à notre maison, à ce peu qui reste d’un misérable naufrage, qui, en quelque état qu’il puisse être, sera toujours disposé de vous servir, me sentant bienheureuse que la fortune n’ait pu effacer mon nom de la mémoire de mes plus anciens amis, comme vous êtes. J’ai su que, comme moi, vous avez choisi la vie tranquille, en laquelle j’estime heureux qui s’y peut maintenir, comme Dieu m’en a fait la grâce depuis cinq ans, m’ayant logée en une arche de salut où les orages de ces troubles ne peuvent, Dieu merci, me nuire ; à laquelle, s’il me reste quelque moyen de pouvoir servir à mes amis et à vous particulièrement, vous m’y trouverez entièrement disposée et accompagnée d’une bonne volonté.
M »14.
C’est à Usson aussi qu’elle reçoit, à la fin de l’année 1593, – nous dit Éliane Viennot -, le discours que Brantôme avait écrit sur elle, et qu’elle se met à rédiger ses propres mémoires, d’abord dans l’objectif de répondre à celui qu’elle considère comme son « historien », puis guidée par le seul plaisir d’écrire sa vie et pourquoi pas de justifier ses positions politiques.
Il faut, en effet, se souvenir d’une vieille commande que la reine avait adressée à Brantôme :
« C’est une histoire certes digne d’être écrite par cavalier d’honneur, vrai Français, né d’illustre Maison, nourri des rois mes père et frères, parent et familier ami des plus galantes et honnêtes femmes de notre temps »15.
On connaîtra la réponse de Brantôme grâce à un sonnet :
« Vous me dîtes, un jour, que j’escrisse de vous
Et quel esprit, Madame, en pourrait bien écrire ?
Un Ronsard il faudrait avec sa grave lyre,
Un gaillard Maison-Fleur avec son style doux …..
[…] Votre sujet est haut et de ces deux le plus brave
Ne se vantera pas qu’il faille qu’il grave
Votre nom dans leurs vers, car leur vers tournoyé
Dans les flots de vos yeux, de votre beau visage,
De votre chasteté, de votre bon langage
De votre grande vertu serait bientôt noyé »16.
À la lecture de ce sonnet, on comprend aisément qu’il ne se sent pas de taille à répondre à sa demande. Il s’en tient au Discours qu’il lui a adressé. Elle entreprend alors d’en contester certains éléments pour donner sa propre vérité.
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
7
On le voit, ni l’exil pour l’une à Usson, ni la retraite pour l’autre sur ses terres de Richemont, ne vont altérer la confiance mutuelle et l’intimité intellectuelle qui les réunissaient. Plus même, il semble, selon Sylvie Haaser, que les éléments qu’elle fournit à l’écrivain aient été « destinés à être utilisés comme des corrections au texte initial »17. Une proposition d’écriture à deux mains qui n’aura finalement pas de suite, alors qu’elle le considère, comme son alter ego au plan de l’écriture.
Intéressons-nous à présent au genre littéraire des Mémoires, alors en gestation au XVIe siècle et qui ne fera son apparition réelle qu’au XVIIe siècle, dans un cercle très fermé de l’aristocratie. Ces textes, d’abord considérés comme une forme d’amateurisme littéraire, sont toujours confidentiels et réservés au moins de façon avouée à un lecteur unique – le dédicataire – ou à un groupe connu de l’auteur, un groupe restreint. Les mémoires, nous dit Jean Garapon, « entendent ainsi demeurer manuscrits, diffusés auprès d’un public trié sur le volet, et toujours en circuit fermé ». Et d’ajouter : « L’écriture du mémorialiste est une écriture de l’isolement, volontaire ou subi ; elle implique un décalage avec l’actualité littéraire immédiate, voire une indifférence au temps présent et à ses modes qui participe à sa puissance de séduction, et doit se traduire en termes esthétiques »18.
Grande lectrice de Plutarque, Marguerite de Valois va inaugurer cette tradition de façon magistrale : le récit de ses Mémoires va servir de modèle pour l’avenir. Publiés pour la première fois en 1628, unanimement salués comme un modèle de réussite littéraire, animés par un sens scrupuleux du vrai, cette réponse à l’éloge qu’elle juge excessif de son ami d’enfance, va ouvrir grandes les portes à un genre littéraire qui fleurira au fil des siècles. Voilà ce qu’elle en dit :
« Je tracerai mes mémoires, à qui je ne donnerai un plus glorieux nom, quoiqu’ils méritassent le nom d’histoire, pour la vérité qui y est contenue nuement et sans ornement aucun »19.
Plus loin, la mémorialiste comparera son oeuvre à de « petits ours marchant en masse lourde et informe » qu’elle propose, avec une humilité toute apparente, de remettre à un homme de lettres professionnel pour qu’il en fasse une oeuvre accomplie, ce que Brantôme se gardera bien de faire puisqu’elle ne lui enverra pas son manuscrit.
Quand elle estime que ses Mémoires mériteraient le nom d’histoire, elle touche déjà du doigt le débat d’idées qui va naître entre l’écrivain qui ne fait que se remémorer au sens littéral du terme et celui qui écrit pour la postérité, pour laisser des traces dans l’histoire. Mais c’est un autre débat. On remarquera également que Marguerite de Valois inaugurera aussi dans ses écrits beaucoup d’autres genres littéraires, tels les récits de voyage, les nouvelles, et une correspondance très abondante qui la place dans l’ordre des très grandes plumes
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
8
françaises, à la fois ancrée dans la Renaissance et déjà tournée vers l’Âge classique.
Brantôme n’en sera pas dupe qui la considère comme la plus grande épistolière de tous les temps :
« Si elle sait bien parler (s’écrit-il), elle sait autant bien écrire. Ses belles lettres, que l’on peut voir d’elle, le manifestent assez ; car ce sont les plus belles, les mieux couchées, soit pour être graves que pour être familières, qu’il faut que tous les grands écrivains du passé et de notre temps se cachent et ne produisent les leurs, quand les siennes paraîtront, qui ne sont que chansons auprès des siennes »20.
Quant à notre Brantôme, son compagnon de route littéraire, nous avons affaire ici à un collectionneur acharné de portraits. La place de Brantôme, pour l’amateur d’histoire littéraire, est particulièrement originale ; une oeuvre sans égale à l’époque. Auteur de nombreux ouvrages sur la vie à la cour, Brantôme la décrit, en dévoile les intrigues d’une manière caustique. Ses textes fourmillent d’anecdotes et de particularités de son temps ; les détails y abondent. Gentilhomme d’épée, courtisan inconséquent, voyageur aventureux, ses multiples facettes font de lui un formidable témoin de son époque. C’est en ce sens qu’il est un mémorialiste. Loin d’être un chroniqueur mondain, il faut comprendre la portée de ses écrits prolixes comme conçue à la manière d’un « Plutarque des Temps modernes, contemporain des derniers feux de la Renaissance »21 précise Anne-Marie Cocula. C’est un observateur, en perpétuel éveil, souvent complice plus que témoin, qui prend des notes, accumule des souvenirs, les retranscrit pêle-mêle et s’en amuse aussi.
Contrairement à Marguerite, il ne se soucie pas de faire oeuvre d’historien. Il préfère conter à la manière d’un Boccace les hauts faits des grandes dames belles et honnêtes, autant que des hommes valeureux. Il a composé lentement et travaillé durant une vingtaine d’années à son oeuvre, la remettant sans cesse sur le métier pour l’augmenter ou y apporter les corrections de détails.
Sans doute aussi a-t-il été influencé par la traduction de Jacques Amyot, en 1559, des Vies parallèles de Plutarque, qui fut le livre de chevet de Montaigne et des intellectuels de l’époque. Une oeuvre qui propose un répertoire d’exemples admirables de grands hommes présentés dans leur individualité et passionnants par leurs qualités et leurs défauts.
Il n’en demeure pas moins que la singularité de ses écrits ne s’est jamais démentie auprès des générations successives de ses lecteurs et est encore aujourd’hui en réévaluation permanente. C’est bien le propre d’une oeuvre « ouverte » qui laisse un champ de possibilités au lecteur, au gré de son humeur et de son imagination.
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
9
Mémorialiste, Brantôme ? C’est certain, par l’apport considérable à ses récits de son expérience vécue, même si son oeuvre n’a plus le titre de Mémoires, qu’elle conservera cependant jusqu’en 1779. Moraliste, Brantôme ? Étienne Vaucheret acquiesce dans la mesure où « il ressuscite dans une ample fresque les moeurs d’une époque et d’un milieu social ». Et de conclure que « l’agrément que son oeuvre procurera au lecteur de notre temps viendra essentiellement des spirituels vagabondages du conteur et de sa narration haute en couleur »22.
Et l’on ne s’étonnera pas alors que Brantôme puisse avoir largement intéressé la littérature, au moins autant que l’histoire : Mme de Lafayette, grande nostalgique de la cour des Valois, Saint-Simon, « dont l’itinéraire, de la désillusion à la compensation est si comparable » nous précise Xavier Darcos23, Rousseau aussi pour lequel l’oeuvre s’exprime dans la reconquête d’un passé échoué, Balzac aussi, puis Mérimée, et les préfaciers récents de ses Dames galantes que sont Roger Judrin et Paul Morand.
Deux écrivains précurseurs
Cette incursion dans l’oeuvre respective de nos deux écrivains va nous permettre à présent de comprendre combien l’écriture réflexive de Marguerite de Valois et de Brantôme, combien cette interdépendance en quelque sorte a nourri leur amitié, autant qu’elle a attisé leur création littéraire.
On sait, en effet, que les Mémoires de Marguerite de Valois sont dédiés à Brantôme. On sait aussi qu’il lui dédia l’ensemble de son oeuvre à l’exception du Second volume des Dames. On sait enfin qu’il lui rendit visite à Usson alors qu’ils avaient déjà repris contact sans pour autant connaître la teneur de leur entretien.
Mais enfin, en portant notre attention un peu plus loin, il est alors possible de se poser deux questions corrélées : sans Brantôme et le fameux Discours qu’il lui adressa, Marguerite de Valois aurait-elle songé à entreprendre la rédaction de ses Mémoires, puisque c’est pour en corriger les erreurs qu’elle a pris la plume ? De la même façon, sans Marguerite et sa commande précise et insistante formulée autrefois, y aurait-il eu un Discours alors que Brantôme redoutait de s’emparer d’un sujet aussi « haut » que celui de la vie de son inspiratrice ?
Cette relation littéraire, exceptionnelle pour l’époque, semée encore aujourd’hui de nombreuses interrogations faute d’archives, prépare cependant la voie à bien d’autres amitiés entre hommes et femmes qui naîtront elles aussi, animées par des ressorts très voisins de ceux qui unirent Marguerite de Valois et Brantôme. Il appert de constater, qu’en ce XVIe siècle finissant, ils sont tous deux des pionniers, car la représentation de l’amitié, – littéraire ou non -, a connu une évolution notable au fil des siècles. Si les écrits personnels traduisent la pensée d’une époque, ou du moins n’y échappent pas, la relation amicale du XVIIe siècle se doit d’être entretenue et la correspondance devient alors l’épine dorsale
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
10
de l’amitié. Il faudra cependant attendre le XVIIIe siècle pour que, d’une image souvent virile et très liée à l’honneur, on glisse à la conception privée et sentimentale qui est la nôtre de l’amitié. Et c’est toute la contemporanéité de la relation littéraire entre Marguerite de Valois et Brantôme. On le perçoit très bien à la lecture de la lettre qu’elle lui adresse d’Usson : elle ne signe pas Marguerite. Elle mentionne simplement le M de la première lettre de son prénom, témoignage d’une intimité qui ne s’est pas flétrie au fil des années. On retrouvera ultérieurement dans les grandes correspondances entre écrivains ce signe distinctif et formel où le prénom se réduit à une lettre.
Sur le fond, leur relation est aussi d’une grande actualité, laissant entrevoir les belles amitiés qui réunirent, parmi d’autres, Georges Sand et Gustave Flaubert, Prosper Mérimée et Madame de Montijo ou encore, plus près de nous, Marguerite Yourcenar et Jean Cocteau.
Ainsi, c’est bien dans l’adversité que Georges Sand a construit sa relation avec Gustave Flaubert : de 17 ans son cadet, elle va prendre vigoureusement sa défense dans la presse, indignée par la manière dont la critique accable et malmène le Salambô de son confrère. Ce sera le début d’une longue amitié entre ces deux monstres de la littérature, chez elle à Nohant, chez lui à Croisset, et autour d’une belle et longue correspondance24. Bien que de conceptions littéraires très éloignées des recherches de Flaubert, elle lui fournira des éléments dont il s’inspirera pour camper certains personnages de L’Éducation sentimentale.
C’est aussi dans la difficulté que l’amitié entre Prosper Mérimée et la mère d’Eugénie de Montijo, va se renforcer, quand celle-ci épouse Napoléon III. L’empereur lui fait savoir que sa personnalité n’est pas la bienvenue à la cour. Elle se retire alors près de Madrid où Prosper Mérimée se fera pour elle, et pour nous par la suite, l’excellent chroniqueur de la vie de la cour impériale. Elle est l’amie, la confidente à qui il dit beaucoup. Elle mérite aussi d’être comptée au nombre de ses inspiratrices puisque c’est elle qui lui contera le fait divers dont Carmen est issu et dont Bizet tirera l’opéra que l’on connaît. C’est ainsi que Les lettres de Prosper Mérimée à Madame de Montijo25 nous présenteront ultérieurement, de première main, toute la société du Second Empire.
Enfin, beaucoup plus près de nous, dans une admiration réciproque pour leurs travaux respectifs, l’amitié qui lia en toute discrétion les deux académiciens du XXe siècle qu’ont été Marguerite Yourcenar et Jean Cocteau, constitue l’exemple parfait d’une amitié littéraire et intellectuelle partagée, chacun à l’écoute de l’oeuvre de l’autre et en intime communion.
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
11
Comme Marguerite de Valois et Brantôme, leur écriture croisée a alimenté leur amitié ; comme eux, la culture classique gréco-latine est présente dans leurs oeuvres.
Quand Marguerite Yourcenar publie Mémoires d’Hadrien, l’un de ses livres phare, Cocteau lui crie son admiration dans un court message de Milly-la-Forêt où il réside :
Ma chère Marguerite Yourcenar,
Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts. Loin de ces yeux qui les ferment par crainte de la mort, j’ai lu votre livre. Il est admirable. Admirable dans son ensemble et dans les moindres détails.
Vous écrivez la langue de l’âme que tous oublient. Il n’existe pas de style plus dur ni plus tendre.
Permettez que je vous embrasse,
Jean Cocteau26.
En réponse, Marguerite Yourcenar, qui vient d’aller voir au théâtre la nouvelle pièce de Jean Cocteau Bacchus, laquelle provoque un grand scandale, soutient son ami et pourfend ses accusateurs :
Mon cher Jean Cocteau,
Comme toujours, vous dîtes l’essentiel. Vos paroles me touchent plus que tout. Merci d’aller avec une intuition infaillible au coeur des choses.
Le ton de la critique au sujet de Bacchus m’exaspère. Je suppose que vous y êtes habitué. Que ces gens soient las de la révolte des paysans, qu’ils n’aiment pas l’idéologie de votre pièce ou y cherchent une autre, qui n’y est pas ; qu’ils aient ceci ou cela à redire n’est pas la question : je leur en veux d’être imperméables à la poésie en tant que telle, de ne pas paraître s’apercevoir du prodige qui a lieu pourtant malgré eux, c’est-à-dire dans les conditions les plus difficiles, de ne pas accepter enfin, avec simplicité, le don qui leur est fait. […]
Amicalement et fidèlement à vous,
Marguerite Yourcenar27.
Elle lui adressera ultérieurement un petit recueil de poèmes, Les Charités d’Alcippe, dédicacé : « à Jean Cocteau qui possède toutes les clés ou escalade tous les murs du monde intérieur »28.
Celui-ci lui retourne le message suivant :
Ma chère Marguerite Yourcenar,
Il n’existe pas hommage du coeur qui approche le don d’un poème. Puis-je vous remercier de ce livre qui entre par la fenêtre, vole à travers ma chambre et se pose enfin sur ma table ?
Jean Cocteau.29
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
12
Si nous disposions de l’ensemble de la correspondance échangée entre Brantôme et sa Dame de coeur, il y a fort à parier que nous y trouverions des propos sans aucun doute très proches de cette dernière missive, et cela quatre siècles en amont !
Je soumets cette hypothèse à votre réflexion. Et ce sera ma conclusion.

Catherine Distinguin,
Secrétaire générale de la Société des Amis de Brantôme,
Administrateur de l’association Avenir de la Langue française.

Sources bibliographiques :
1 Brantôme, Vies des Dames galantes, traduit du moyen français par Claude Pinganaud,
présenté par Madeleine Lazard, éd. Arléa, p.7.
2 Madeleine Lazard, Les avenues de Fémynie, éd. Fayard, p.216.
3 Brantôme, Recueil des Dames, poésies et tombeaux, édition établie, présentée et annotée par
Étienne Vaucheret, Bibliothèque de la Pléiade – NRF –
4 Marguerite de Valois, Mémoires et autres écrits (1574-1614), édition critique par E. Viennot,
Paris, H. Champion, 1999.
5 Madeleine Lazard, Les avenues de Fémynie, éd. Fayard, p.283.
6 Ibid.
7 Brantôme, dédicace de ses OEuvres, 1665, vol.1.
8 Brantôme, Discours sur la reine de France et de Navarre, Marguerite, fille unique
maintenant restée et seule de la noble Maison de France, in Recueil des Dames, poésies et
tombeaux, Bibliothèque de la Pléiade, p.119.
9Ibid, p.132.
10Ibid, p.126.
11 Pierre de Ronsard, Troisième livre des Poèmes, in Les OEuvres de Pierre de Ronsard, Paris,
Buon, vol.3, 1578. Texte établi par Sophie Cinquin avec la collaboration d’Éliane Viennot
(orthographe et ponctuations modernisées).
12 Anne-Marie Cocula-Vaillières, Amour et gloire au temps des Valois, éd. Albin Michel,
p.411.
13 Brantôme, Discours sur la reine de France et de Navarre, Marguerite, fille unique
maintenant restée et seule de la noble Maison de France, in Recueil des Dames, poésies et
tombeaux, Bibliothèque de la Pléiade, p.156.
Journée des Maisons d’écrivains d’Aquitaine – Château de Richemont –
Dimanche 5 juillet 2015.
13
14 Ibid.
15 Marguerite de Valois, Mémoires et autres écrits (1574-1614), édition critique par Éliane
Viennot, Paris, H. Champion, 1999, p.1140.
16 Brantôme, Discours sur la reine de France et de Navarre, Marguerite, fille unique
maintenant restée et seule de la noble Maison de France, in Recueil des Dames, poésies et
tombeaux, Bibliothèque de la Pléiade, p.906.
17 Sylvie Haaser, Brantôme et Marguerite de Valois : une guerre des amoureux, in Cahiers
Brantôme, vol.2 – Presses universitaires de Bordeaux – p.129.
18 Jean Garapon, Amateurisme littéraire et vérité sur soi, in Revue d’Histoire Littéraire de la
France, 2003 – n° 2.
19 Marguerite de Valois, Mémoires et autres écrits (1574-1614), édition critique par Éliane
Viennot, Paris, H. Champion, 1999, p.72.
20 Brantôme, Discours sur la reine de France et de Navarre, Marguerite, fille unique
maintenant restée et seule de la noble Maison de France, in Recueil des Dames, poésies et
tombeaux, Bibliothèque de la Pléiade, p.133.
21 Anne-Marie Cocula, in Programme de la Commémoration nationale Brantôme 2014,
Préface, Société des Amis de Brantôme.
22 Étienne Vaucheret, in Introduction au Recueil des Dames, poésies et tombeaux,
Bibliothèque de la Pléiade, p. XCVIII.
23 Xavier Darcos, Brantôme face à l’historiographie de son temps – Revue des Amis de
Brantôme, 2006.
24 Gustave Flaubert/Georges Sand, Correspondance, éd. Flammarion.
25 Lettres de Prosper Mérimée à Madame de Montijo, éd. Mercure de France (deux vol.)
26 Lettre inédite de Jean Cocteau à Marguerite Yourcenar, écrite à Milly-la-Forêt et datée
de 1952. Archives Yourcenar, Hougton Library, Harward University, bMs Fr 372.2 (2266)
souligné par Jean Cocteau.
27 Lettre de Marguerite Yourcenar à Jean Cocteau, sur papier à en-tête de l’Hôtel St. James
et d’Albany à Paris, Publiée dans Marguerite Yourcenar, d’Hadrien à Zénon,
correspondance 1951-1956.
28 Recueil de poèmes les Charités d’Alcippe et autres poèmes, Liège, éd. La Flûte
Enchantée -1956 – réédité en 1984 chez Gallimard.
29 Lettre de Jean Cocteau datée du 28 juillet 1957, Fonds Yourcenar.

 
Poster un commentaire

Publié par le septembre 14, 2015 dans Uncategorized

 

Jean-Patrick Manchette : Chroniques cinéma

Il ne faut pas être grand cinéphile pour se glisser entre les images, séquences et raccords. Ce que fait Jean-Patrick Manchette (1942-1995) dans ses chroniques publiées dans Charlie Hebdo entre 1979 et 1981, constatant que le cinéma se répète, se dégrade, affirmant que l’enregistrement du réel est l’enregistrement du mensonge. Ne cherchons pas dans un film une logique, soyons sensible au tempo, rythme, au contenu, ce que recommandait l’écrivain allemand Arno Schmidt (1914-1979) ; faisons table rase du délire et de l’admiration. Soyons persuadé qu’un film n’est ni un roman ni une peinture. L’estime et le plaisir se rejoignent si l’on est dans les bonnes dispositions. Un chef-d’œuvre peut avoir des défauts, il n’en demeure pas moins un chef-d’œuvre ; un produit de série peut être passionnant, il n’en demeure pas moins un produit. « Plus le cinéma est négatif, meilleur il est » affirme brusquement Manchette qui aligne une série de metteurs en scène qui ont ses préférences, Kubrick, Nicholas Ray, Walsh, Ford, Hawks, Orson Welles, Fritz Lang, Erich von Stroheim, j’en passe et des meilleurs. En dépit de défaillances, de crispations, d’un rien de désinvolture, les films de Rainer Werner Fassbinder (1945-1982), réalisateur polyvalent, ont l’approbation de Manchette attiré en particulier par Le mariage de Maria Braun parce que Fassbinder joue à fond le mélo, qui n’est pas une facilité, qui est un genre et comme le roman policier, possède une ligne dramatique forte à condition, bien entendu, de passer outre les sentiments emphatiques. Le réalisateur allemand, souligne Manchette, sait fondre les rapports sociaux avec les passions du cœur. Il y a un empressement de Manchette à communiquer avec le lecteur, soit revenu de son film, soit sur le point d’y aller. Il fait son siège : qu’il s’affranchisse de ses partis pris. Sa prose vaut bien celle de la cavalerie légère tant prisée. Sa danse du scalp tourne autour de ces spectateurs qui déclinent à dépouiller les films de leur écorce.

Alfred Eibel

Rivages Noir, 171 p. 8,50 €.

 
Poster un commentaire

Publié par le septembre 14, 2015 dans Uncategorized

 

Louis-René des Forêts, Œuvres complètes

Si on peut regrouper autour d’un même axe Georges Bataille, Maurice Blanchot et Michel Leiris, Louis-René des Forêts (1919-2000) se détache par ses multiples activités, romancier, nouvelliste, musicologue, poète, peintre. Il a publié trois romans régulièrement réédités : Les mendiants, Le bavard, La chambre des enfants. Avec chaque livre, il tente de pénétrer des nouvelles strates de la conscience, loin de la psychologie, parfois jusqu’au ressassement, à la recherche de la vie secrète de ses personnages. Pour ce faire, il adopte une langue abrupte, dense, pour mettre à jour des éléments qui, par le truchement de la voix, n’ont pas encore été modulés. Le lecteur reste dubitatif devant un je non relié au narrateur, qui s’invite de l’extérieur sans y avoir été convié, partageant l’histoire entre exaltation et sérénité sans qu’un camp l’emporte sur l’autre, sans conclure. Louis-René des Forêts ruse avec le lecteur, lui fait comprendre que dans la vie il n’y a ni happy end ni unhappy end, au point que reprenant la même histoire à son début on découvrirait des chemins différents. Le bavard est à ce titre exemplaire. Il parle pour ne rien dire, espère quand même apporter sa contribution au cours d’une suite de paroles, qu’il reconnait sans grand intérêt, néanmoins poursuit sa logorrhée persuadé qu’une parcelle de vérité se glisse malgré tout dans ce qu’il exprime. Sa confession ressemble à une auto-flagellation ce qui le ravit. Le bavardage est une moustiquaire qui protège le bavard de ses semblables. L’humour sous-jacent stimule l’ensemble. Les discours, les boniments, les dires, dont le bavard nous abreuve, se dissipent parce que les mots ont perdu leur noyau dur.

Que ce soit dans Les mendiants ou La chambre des enfants, l’écrivain nous fait savoir que la réalité visible est un leurre ; que les fluctuations d’opinions se volatilisent ; que le flair, l’écoute, le regard, la retenue, la rétention et les réticences s’assemblent pour nous offrir une opération dont on s’approche sans l’atteindre. La fin de quoi que ce soit est forcément une duperie.

 

Alfred Eibel

Quarto/Gallimard,

1344 p. 28 €.

 
1 commentaire

Publié par le septembre 14, 2015 dans Uncategorized