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Archives d’Auteur: Olivier Eyquem

Delfeil de Ton : Le journal de Delfeil de Ton

Avez-vous lu Delfeil de Ton ? Chroniqueur saute-mouton, Hara-Kiri, Hara-Kiri hebdo, Charlie, Charlie Hebdo, Libération, Le Nouvel observateur, etc, etc. Voici son journal intime. On y trouve ce qui bouge, ce qui résiste, ce qui anime la rue, ce qui va droit au but, ce qui demeure insaisissable. C’est en prenant la position du niais qu’on mesure l’immensité d’un fait-divers, le temps perdu, le surnaturel qui a partie liée avec la distraction. Marcel Aymé (1902-1967) n’est pas loin. C’est en racontant n’importe quoi qu’on finit par démasquer la routine. Delfeil de Ton et l’abbé Mardi sont deux compères surpris par le hasard. Le mystère des choses lui tombe dessus et ce n’est pas Noël Devaulx (1905-1995) qui dira le contraire. Les nouvelles du jour sont insaisissables. Il n’en demeure pas moins que la rue a son mot à dire. Delfeil de Ton se pose la question : va-t-on un jour trouver une porte ouverte à laquelle on ne s’attendait pas ? On le sent pris de terreur. Il se sent cerné par la banalité. Il pontifie en concluant qu’un malheur au niveau du quartier est moins grand que s’il était universel. Il suffit selon les circonstances de faire des bulles pour s’anéantir dans le rêve. L’humour insolite de Delfeil de Ton recoupe celui de Carlo Rim (1905-1989). Pas seulement, car les situations déjantées qu’il nous propose recoupent celles de Tex Avery (1908-1980). Il arrive à notre am de faire le constat suivant : « Dans les dépliants, ils disent que les femmes sont très faciles en croisière. On sent que les dépliants ont été rédigés par des officiers de marine ».

Alfred Eibel

Éditions Wombat

192 p, 7€.

 

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Publié par le janvier 11, 2018 dans Uncategorized

 

Comment distinguer vos amis des grands singes, de Will Cuppy

Par quel bout prendre ce texte dont l’humour à froid a parfois du mal à passer en français. Retenons que ce sont les hommes qui ont appris aux grands singes à faire la grimace. Et pour se mettre à leur niveau ont poussé le bouchon un peu loin. C’est le cas des mammifères quadrumanes qu’on trouve à Java, à Pékin, gorilles, chimpanzés, gibbons, babouins. On n’a que l’embarras du choix si l’on tente d’attribuer à une espèce des contorsions inattendues. Disons-le franchement, Will Cuppy (1884-1949) ne s’adresse pas aux cartésiens dont on sait qu’ils sont capables de se tirer des flûtes ; moins encore à l’homme qui bute sur le doute ; ni à l’homme qui a l’esprit de contradiction ; moins encore à l’homme grave qui tourne en rond. Will Cuppy s’adresse à une élite qui a abandonné depuis longtemps toute considération sur les progrès de l’humanité, capable de distinguer l’homme bête d’un individu affecté d’idiotie complète. Il ne s’adresse pas non plus à l’homme crédule à qui on a inculqué que l’existence est une ligne droite pour l’homme tôt levé dans le but d’occuper un espace. Cela dit, on sait qu’à l’égal d’un mimosa, l’homme dissimule ses fragilités. On aura compris, nous susurre Will Cuppy, que ce qui paraît absurde cache une vérité. Le singe poilu a déteint sur l’homme ; l’homme s’est empressé à remonter l’arbre. L’absence d’estime de Will Cuppy pour l’humanité nous ravit. L’humour n’est-il pas la politesse du désespoir ? Misanthrope, ermite réfugié sur une île, ce chroniqueur humoristique a mis fin à ses jours en 1949.

 

Alfred Eibel

Éditions Wombat

Traduit de l’américain par Béatrice Vierne

176 p – 7,50 €.

 
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Publié par le janvier 11, 2018 dans Uncategorized

 

Le Français qui possédait l’Amérique, de Pierre Ménard. La vie extraordinaire d’Antoine Crozat, milliardaire sous Louis XIV. Préface d’Emmanuel de Waresquiel

Marquis du Châtelet, financier français, né à Toulouse en 1655, mort à Paris en 1738. Il avait été trésorier des états du Languedoc et s’était enrichi par des spéculations maritimes. En 1712, il reçut le privilège du commerce de la Louisiane, mais les résultats n’ayant pas répondu aux sacrifices qu’il avait faits, il y renonça au bout de cinq ans. Il est l’auteur du Canal de Picardie ou Canal Crozat. Sa fille, Marie-Anne Crozat, fut célèbre par son esprit. Son frère Pierre fut un collectionneur illustre (1661-1740).

«  À défaut de profiter du relâchement des mœurs, Crozat se sert du changement de régime pour avancer ses pions. Passant habilement de l’ombre à la lumière et de la lumière à l’obscurité, il tire nombre de ficelles. Rares sont les projets ou les grands personnages qui ne sont liés, même légèrement, à lui, à commencer par le maître du royaume ».

Alfred Eibel.

Le Cherche-Midi Éditeur, 460 p., 19,90 €.

 
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Publié par le janvier 7, 2018 dans Uncategorized

 

Lettres choisies de la famille Brontë, 1821-1855

De Charlotte à Ellen Nussey :

« J’aime souvent à me figurer la douceur d’une vie partagée, où nous nous fortifierions mutuellement dans le sens du sacrifice, dans cette céleste, cette rayonnante piété qu’atteignirent nombre de saints des premiers temps ».

« Chère Ellen, je ne sais vraiment pas ce qui peut accaparer ainsi votre temps et vos pensées – êtes-vous malade ? Ou bien est-ce l’un des vôtres ? Vous seriez-vous mariée ? Seriez-vous morte ? Si c’est le cas pourriez-vous me mettre un mot pour me le confirmer ? Pour moi, me voici de retour dans notre bonne vieille Angleterre. Je n’en dirai pas plus long jusqu’à ce que vous m’ayez écrit ».

Lettre de Charlotte Hartley Coleridge, directeur de « Black Wood’s magazine » / brouillon / :

« Je suis bien aise que vous ne parveniez à déterminer si j’appartiens au sexe faible ou au sexe fort – si je suis saute-ruisseau de mon état ou grisette friande de romans. Je n’entends pas vous aider à le découvrir ; et quant à mon écriture ou à ces traits de style ou ces images où vous croyez déceler la main d’une dame, n’en déduisez rien – nombre de messieurs se frisent et portent corsets – et autant de jeunes personnes excellent à manier le fouet et font des jockeys fort honorables ; en outre, qui vous dit que je n’ai pas eu recours à la plume d’un secrétaire ? ».

 

Alfred Eibel

Éditions Quai Voltaire, 622 p., 25 €.

 

 
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Publié par le janvier 7, 2018 dans Uncategorized

 

Gustave Roud. La plume et le regard. Sous la direction de Daniel Maggetti et Philippe Kaenel

Gustave Roud (1897 – 1976), grand poète suisse de langue française, devant ses paysages, ses horizons, ses saisons. Chez lui à Carrouges, dans sa ferme, il est entouré de peintures, dessins, natures mortes, frontispices, fleurs en grand nombre, des photos, celles qu’il a prises, qu’il savait cadrer sans oublier son ombre. Gustave Roud, c’est un regard sur la campagne vaudoise et les villageois. Couché dans les champs en quête du « pur regard » et de la « voix juste ». Il sent que sa campagne est perdue. Poursuit néanmoins sa quête. Il songe à Rimbaud, à Georg Trakl. Paul Cézanne l’inspire. Sa grande préoccupation : faire partager ses émotions au lecteur.

Alfred Eibel.

Éditions Infolio, 345 p. 42 €.

 
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Publié par le décembre 7, 2017 dans Uncategorized

 

Chez Gustave Roud. Une demeure en poésie. Photographies de Philippe Pache et de Gustave Roud, sous la direction d’Anne-Frédérique Schläpfer

Poète, critique littéraire, photographe, traducteur de Hölderlin et Georg Trakl, voici le grand Gustave Roud (1897 – 1976) illustré d’une septentaine de photographies. Poète immobile, une souche, encore que le temps l’amène à parcourir la Suisse. Sa maison appartient aux lois immuables de la nature, une maison où l’on verrait bien chuchoter Jane Austen et les sœurs Brontë. Signe d’un avertissement inexplicable, cette maison fait connaître au poète un événement à distance. Des amis vont bientôt l’envahir. Gustave Roud est entouré du poète Philippe Jaccottet et des souvenirs de beaux et bons repas selon Georges Borgeaud.

 

Alfred Eibel.

Éditions Infolio, 124 p. 20 €.

 
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Publié par le décembre 7, 2017 dans Uncategorized

 

Le Château des fous, d’Adalbert Stifter

Écrivain autrichien Adalbert Stifter (1805-1868) possède une vision éminemment personnelle de la vie. Il plonge dans le mystère des hommes et des femmes, touche à leur inviolabilité. Ce qui le met en fermentation c’est la nature qui supplante le passé, s’y substitue et qui par voie de conséquence l’amène à décrypter les énigmes du monde. A Fichtau dans les Alpes se dresse le château de Rothenstein et ses dépendances. La dynastie des comtes de Scharnast n’a cessé de contribuer à la lente dégradation du château jusqu’aux décombres. C’est pourquoi l’arrivée à Fichtau du jeune Heinrich amateur de vieilles pierres intrigue les habitués de L’Auberge de la verte Fichtau. Néanmoins la bonne humeur de ce garçon excentrique étonne, son entregent surprend. Heinrich trouve vite sa place dans un paysage fermement construit digne de Ferdinand Holder (1853-1918). Heinrich fait la connaissance de Anna dont il tombe amoureux. Des prémices on passe à une forte inclination envers la bien-aimée aux serments répétés de fidélité, de sagesse, de plaisirs simples, d’attentions particulières, de choses diverses qui inspirent le respect. Adalbert Stifter dans une langue qui n’en finit pas d’inventorier, de nommer, de humer le parfum de la vie, sans mièvrerie, mais davantage comme une route sans fin qui risque de priver le lecteur de respiration. Ce qui a fait dire à Gustave Roud (1897-1976) que la langue de Stifter est « envoûtante à force d’être métronomique ». Maniant l’allégorie, Stifter met en parallèle la notion de désastre avec comme corollaire la béatitude liée à l’enfance, dans un monde paisible, inspiré, une bouffée d’air frais après un ciel assombri.

 

Alfred Eibel

Editions Circé

Admirable traduction de Frédérique Laurent

115 p., 15,50 €.

 
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Publié par le décembre 5, 2017 dans Uncategorized