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Archives Mensuelles: février 2013

Michel Mourlet : Le Petit Théâtre de Hyacinthe le Fou, suivi de Hyacinthe aux champs. Poésie-promenade.

Faut-il rappeler ici La chanson de Maguelonne que notre ami sut si bien illustrer ? Nous en sommes plus proches qu’on ne l’imagine. Notre poète doté d’un singulier tour d’esprit nous emmène cette fois dans des oasis empruntées à Galland. Sur la scène de son petit théâtre Michel Mourlet parcourt les vestiges d’un passé antique, de par sa vivacité, sa passion, dans la diversité de ses chants où le classicisme le dispute au pastiche et la convoitise à la fantaisie. Il sait ourler et surfiler ses vers. En forêt, sur un balcon, il voit des filles qui se penchent. Il plante des amarantes entre deux belles et si cela n’est pas suffisant, noue un bouquet d’ancolies en guise d’offrande supplémentaire. Lecteur de Paul-Jean Toulet qui traduisit Le Grand Dieu Pan d’Arthur Machen, Michel Mourlet qu’on imagine parfois englué dans un classicisme passé, démontre s’il était nécessaire qu’il est un poète de notre temps. L’amour, il le déploie dans toutes ses fureurs. Comme Raymond Roussel, il ressent « la sensation du soleil moral », manie les ruptures, les apostrophes, tel le poète Jacques Dupin, capte l’instant éblouissant, spécialité du poète André du Bouchet. On l’aura compris, Michel Mourlet est un poète moderne.

Alfred Eibel

Editions Alexipharmaque, 143 p., 24 €.

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Publié par le février 24, 2013 dans Uncategorized

 

En feuilletant, en survolant (4)

« Vous allez me demander : dans ces conditions, que peuvent faire les femmes ? Eh bien, puisqu’on leur dit que leur place est à la maison, et qu’elles doivent se borner à élever leurs enfants, qu’elles commencent par l’essentiel : qu’elles incitent leurs filles et leurs fils à exiger plus et mieux de la vie ».

Superman est arabe, de Joumana Haddad, Editions Sinbad/Actes Sud, 230 p., 20 €

 

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 « Les années qui suivirent – lorsque je suis devenue maître de conférences puis maître de requêtes – me donnèrent un sentiment d’achèvement, l’impression d’être arrivée au bout de quelque chose. Tous les matins, j’entrais dans la cour du 12 place du Panthéon pour aller donner mes cours. Je m’arrêtais toujours quelques instants pour lire la devise française inscrite sur le fronton du bâtiment : Liberté, égalité, fraternité ».

 

Ma république se meurt, de Jeannette Bougrab, Grasset, 216 p., 18 €.

 

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 Il faut lire sans tarder le Dictionnaire amoureux du crime d’Alain Bauer, un catalogue complet, mondial, du crime organisé ou personnalisé, de la mafia italienne, de la mafia japonaise (Yakuza) des triades chinoises qui comptent « parmi les organisations criminelles les plus puissantes et les plus globales du monde ». Lucky Luciano est devenu une « véritable icône du crime ». Il a inspiré des cinéastes, Terence Young, Francesco Rosi, Francis Ford Coppola, Michael Karbelnikoff, Bill Duke. Nous sommes loin du gentleman cambrioleur Lupin, Arsène. Et nous sommes à mille lieues d’Elisabeth Barthory, la comtesse sanglante et de Gilles de Rais, « l’un des plus grands tueurs d’enfants de notre histoire ». « Personnage vedette des reconstitutions historiques locales, Gilles de Rais possède même quelques places et rues à son nom ». Lire ce qu’en dit Georges Bataille. Sherlock Holmes, Jules Maigret, Philip Marlowe, Hercule Poirot, San-Antonio, Nestor Burma, Columbo, défilent dans le bon ordre. Le hold-up a ses héros. Lang, Hitchcock et Siodmak ont bien illustré le crime. Le plus inquiétant, Charles Sobhraj, dit « Le Serpent » mérite une place à part parmi les criminels. « Bien qu’il soit probablement le pire serial killer français encore vivant, Charles Sobhraj est quasiment inconnu dans l’hexagone ». Alain Bauer lui consacre plusieurs pages. A relever cette déclaration de Sobhraj : « Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler ». Aussi passionnant qu’un thriller, voilà ce qu’il faut dire pour finir du travail d’Alain Bauer.

Plon, 940 p., 24,50 €.

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 Jours de pouvoir est un livre à saisir à pleines mains et à ne plus lâcher. D’ailleurs une fois ouvert, il ne vous lâche plus de par ses qualités littéraires. On lit en date du 9 février 2012, Genève-Strasbourg : « Avec ma manie de courir avant de travailler, je me suis étalé de tout mon long sur la promenade qui longe le lac de Genève. « Vous êtes sûr que vous voulez aller courir ? » me demande mon officier de sécurité à la sortie de l’hôtel. Il me montre du doigt les lampadaires hérissés de pointes de glace, les congères formées sous les piles des ponts. « Sûr ». Sous la lumière pâle du matin, la chaussée bleutée luit doucement. On ne court pas, on patine, on se rééquilibre avec les bras. Et puis, un moment, on ne se rééquilibre plus du tout, on tombe ».

Gallimard, 427 p., 22,50 €.

Alfred Eibel

 
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Publié par le février 24, 2013 dans Uncategorized

 

En feuilletant, en survolant (3)

Dictionnaire amoureux de l’opéra, d’Alain Duault, Plon, 1073 p., 28 €.

 

En feuilletant le dictionnaire d’Alain Duault, poète, écrivain, je m’aperçois que j’ai vu sur scène ou écouté sur microsillons, ce qui n’était pas évident pour moi, une belle brochette de représentants du bel canto.

Maria Cebotari (mais où ais-je pu l’entendre?)

Lisa Della Casa à l’opéra de Vienne dans Arabella de Richard Strauss (Une fois entendue, jamais oubliée, note Alain Duault). C’est bien mon avis après tant d’années.

Fedor Chaliapine dans le film de Georg Wilhelm Pabst (1885-1967) Don Quichotte (1933) scénario ou dialogues, je ne m’en souviens plus, de Paul Morand.

Anton Dermota à Vienne dans Tristan et Isolde.

Kirsten Flagstad au Victoria Hall de Genève il y a une éternité.

Nicolai Gedda dans Le pays du sourire de Franz Lehar.

33 tours EMI 1C 149-03 047/48 M. Dacapo sous le titre de : Lehar : Das Land des Lächelns.

Lisa : Elisabeth Schwarzkopf

Gustav : Erich Kunz

Prinz Sou-Chong : Nicolai Gedda

Mi : Emmy Loose

Tschang : Otokar Kraus

Fu-Li : Felix Kenz

Diener : André Mattoni

L’orchestre philarmonique de Londres dirigé par Otto Ackermann. Enregistré le 17,19-20 avril + juin, 1953, à Londres.

Benjamin Britten et Peter Pears à Vienne. Pears chantant des airs de Britten sans doute, accompagné au piano par Benjamin Britten.

Elisabeth Schwarzkopf à l’opéra de Vienne et lors de ses vocalises à la pension Opernring à Vienne, dans les années 50.

Renata Tebaldi (mais où?).

Benjamin Gigli interprétant des chansons napolitaines à la radio dans les années 40.

Sur microsillons : Martha Mödl, Mady Mesplé, Georges Thil, Lotte Lehmann, Géori Boué, Montserrat Caballé (grâce à cet extraordinaire bonhomme que fut Jean Domarchi) Boris Christoff, Régine Crespin, Mario del Monaco à Vienne.

N’étant qu’un mélomane pusillanime j’ai apprécié à sa juste valeur l’exercice difficile, néanmoins accompli, d’Alain Duault quant à distinguer les mérites de chacun des interprètes de ce dictionnaire qui est une mine inépuisable.

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J’étais persuadé que Le mineur et le canari de Catherine Sofonoff obtiendrait quelque chose. Son livre a figuré sur la liste de plusieurs prix littéraires. Malheureusement il n’a pas été retenu. Vite oublié.

Parler de l’écoulement des jours, sans jamais tomber dans le nombrilisme, exige une plume subtile, une mise en veilleuse de soi, un intérêt réel pour son voisin, et pour la plus petite variation de lumière, le tout avec détermination, appelons cela le style. Il serait temps que l’on s’intéressât davantage à cet écrivain genevois qui a peu publié, des livres-filature, aux éditions Zoé à Genève.

 

Alfred Eibel

 

 
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Publié par le février 11, 2013 dans Uncategorized

 

Dernières nouvelles du front sexuel, d’Ariane Bois

Sous ce titre aguicheur, Ariane Bois propose quelque soixante-dix courts textes d’humour et d’humeur qui passent en revue les infortunes du Couple moderne. Ces esquisses ou croquis satiriques prestement enlevés, recensent des situations scabreuses et inconfortables dont les issues nous prennent souvent au dépourvu. Journaliste, critique littéraire et spécialiste des sujets de société, Ariane Bois œuvre à la frontière de la fiction et de rubriques « tendances », mœurs et coutumes de grands magazines féminins où nos grands-mères auraient du mal à se reconnaître. Le ton est léger, vif, plaisant, et la mise en boîte du prêt-à-penser et du politique correct réjouira ceux et celles qui se targuent d’échapper aux modèles dominants… sans toujours s’apercevoir qu’ils en fabriquent eux-mêmes de nouveaux.

Olivier Eyquem

L’Éditeur, 2012. 15 €

 
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Publié par le février 5, 2013 dans Uncategorized

 

En feuilletant, en survolant (2)

Il ne suffit pas de parler « d’exotisme » à propos de Pierre Loti, encore faut-il prêter l’oreille à sa prose. Une musique obsédante. Elle ne vous quitte plus. L’oreille proche de sons retenus d’une cithare. Lire Istanbul-Loti de Jacques Serguine.

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 Dominique Fernandez : Dictionnaire amoureux de Sendhal

Un dictionnaire d’une exceptionnelle qualité de par son écriture. Stendhal soumis au tamis de la sensibilité de Dominique Fernandez, son attention. Une sorte de bréviaire qui pousse le familier de Stendhal à se replonger dans l’œuvre. Par exemple, Les chroniques italiennes. Stendhal  écrivait : « la vanité française ne permet pas d’aimer, la passion italienne empêche de vivre ». Cette remarque assortie de celle de Dominique Fernandez : en amour « le contact de la réalité lui procure des déceptions. Le voilà, comme ses héros, condamné à n’avoir que des amours, des passions de tête, que la durée, l’expérience appauvrissent plutôt qu’elle ne les enrichissent ».

Parmi les critiques qui ont marqué, lisant Stendhal, selon D.F. : Léon Blum, Jean Prévost. Autres remarques du même : Stendhal « n’affirme jamais, il suggère ». « Le perfectionnisme était le contraire de son idéal ». « Il n’y a qu’un mot pour dire une chose ». Raoul Walsh disait : « il n’y a qu’une seule façon de filmer quelqu’un qui pénètre dans une pièce ».
Plon, 820 p., 25 €.

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 Zakouskis politiques

J’ai également beaucoup appris en étudiant, bobine après bobine, les films d’archives tourné dans la période – en particulier des séquences des discours d’Hitler. Quand j’ai commencé mon travail sur le nazisme il y a vingt ans, je pensais que le « charisme » d’Hitler serait d’une manière ou d’une autre visible sur les films d’époque. Pourtant il se révèle très vite – du moins à mes yeux – qu’Hitler, sur ces films, est aujourd’hui franchement dépourvu de tout charisme.
Laurence Rees : Adolf Hitler. La séduction du Diable, Albin Michel, 441 p., 22 €.

 

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 Après le best-seller La ville sans juifs Hugo Bettauer publie en 1924 un autre roman de dénonciation des vices de la société viennoise, La rue sans joie qui fait un tableau accusateur de la misère et de la prostitution et inspire, en 1925, un film portant le même titre, mis en scène par Georg Wilhelm Pabst (scénario de Willy Haas, musique de Max Deutsch, avec Greta Garbo, Werner Krauss, Asta Nielsen) qui est un classique de l’histoire du cinéma. En 1924, Hugo Bettauer lance le magazine hebdomadaire Elle et lui. Hebdomadaire pour la culture de vie et l’érotisme qui prend parti pour la liberté sexuelle, l’homosexualité, la contraception et la libéralisation du divorce.

Jacques Le Rider : Les juifs viennois à la belle époque, Albin Michel, 354 p., 24 €.

 

 

Alfred Eibel

 
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Publié par le février 1, 2013 dans Uncategorized