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Archives Mensuelles: mars 2015

Entretien avec Bruno de Cessole

Je connais Bruno de Cessole depuis plus de vingt ans. C’est d’abord un écrivain. Seuls les écrivains savent parler de littérature, ce qui explique que ses francs-tireurs ont du relief, possèdent une voix, un destin, une œuvre singulière, et que l’intérêt qui leur est porté relève de l’amitié. Pour mieux connaître Bruno de Cessole, recommandons la lecture de son roman, L’heure de la fermeture dans les jardins d’Occident(1), ce qui permettra d’établir des passerelles entre ce livre et ses francs-tireurs.
Alfred Eibel – Qu’est-ce qui t’a amené à écrire ce livre ? Serais-tu un irrégulier dans le siècle pour reprendre un titre de Julien Benda ?
Bruno de Cessole – Il est malaisé de se qualifier soi-même, mais il est vrai que je me sens davantage du côté des réfractaires et des irréguliers que du côté des notables de la littérature. Lorsqu’on a pressenti Flaubert pour savoir s’il accepterait la Légion d’Honneur, il a répliqué par cette phrase, que je fais volontiers mienne et que pourraient revendiquer bon nombre de mes écrivains favoris : « Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit ! ». Les écrivains franc-tireurs que j’ai rassemblé dans cette Internationale, comme les « réfractaires » que j’avais enrôlé dans un précédent livre, Le Défilé des réfractaires (2), sont, pour la plupart, des insoumis par rapport aux conventions de la littérature et aux règles de la société. L’Internationale des francs-tireurs(3) est consacré aux écrivains étrangers qui sont les pendants de mes réfractaires français. Ils sont un peu moins nombreux parce que les portraits que je trace d’eux sont plus longs et que, l’éventail étant plus ouvert, j’ai dû me limiter à une quarantaine d’écrivains. Ils se situent entre le XVIIIe siècle et notre époque, le gros de la troupe étant constitué d’écrivains du XIXe et du XXe siècle. Les critères de sélection de mes franc-tireurs sont les mêmes que ceux établis pour mes réfractaires. Posséder une densité qui leur permet de résister à l’érosion du temps ; une vitesse d’évaporation faible, qui explique que leurs écrits perdurent toujours ; enfin, une forte résilience à la corrosion de l’époque. S’y ajoutent quelques traits psychologiques : la propension à l’insoumission, la réticence à ployer le genou devant les institutions, la tendance à cultiver sa différence plutôt qu’a approfondir sa communion, l’indépendance du jugement et du comportement, le refus d’aliéner sa liberté. Pour eux, la littérature est le parti de l’opposition permanente et des vaincus de l’Histoire. Ils sont tous ou presque ce que Lermontov appelait « des hommes en trop ».
Alfred Eibel : Pourrais-tu définir les catégories dans lesquelles ils se rangent ?
Bruno de Cessole : En dépit des points communs que je viens de citer, ils sont très différents les uns des autres, par le caractère, le tempérament, et par l’œuvre qu’ils ont composée. En feuilletant les ouvrages de ma bibliothèque, je suis tombé sur une typologie que Schopenhauer avait élaborée. Il avait rangé les écrivains dans trois catégories. Les étoiles fixes, celles qui brillent au firmament de la littérature, et dont la gloire traverse les siècles sans être altérée ; les planètes, dont le brio pourrait effectivement faire croire qu’ils appartiennent à ce ciel des fixes, mais dont la notoriété est tributaire de l’époque et n’y survit pas. Enfin, les étoiles filantes, qui forment les gros bataillons des littérateurs, et qui ne durent que le temps d’une mode. Ceux que j’ai retenus relèvent des deux premières catégories, mais j’ai tenu à mettre en lumière des auteurs de grande qualité restés inconnus ou méconnus, comme l’écrivain colombien Nicolas Gomez Davila, et les auteurs anglais Samuel Johnson et Cyril Connolly. On trouve parmi mes franc-tireurs des dissidents discrets , comme la romancière britannique Jane Austen ou le Suisse Robert Walser ; des révoltés flamboyants , tels Ezra Pound ou Thomas Bernhard ; des aventuriers dont la vie fut un roman, comme Giacomo Casanova, Jack London, Gabriele d’Annunzio ; des réprouvés politiques, comme l’Allemand Ernst von Salomon et le Norvégien Knut Hamsun, qui furent condamnés pour leurs idées et leurs agissements ; des rescapés du totalitarisme, tels le Russe Alexandre Zinoviev et l’Albanais Ismaïl Kadaré ; des martyrs de la littérature, comme Franz Kafka et Malcolm Lowry…
Alfred Eibel- Parmi les écrivains qui figurent dans ton livre il y a, d’une part, les exilés de l’intérieur et, d’autre part, ceux qui ont choisi ou été contraints de fuir leur propre pays. Deux façons de montrer qu’ils sont bien des irréguliers ?
Bruno de Cessole– Pour moi, tout véritable écrivain est un exilé de l’intérieur. C’est une première chose. Ensuite, il y a ceux qui se sont volontairement exilés de leur patrie ou qui ont été forcés à l’exil. Parmi ces derniers je pense, par exemple, parmi les contemporains, à Anthony Burgess qui, étant catholique dans un pays protestant, et en butte à une discrimination humiliante, a choisi de vivre longtemps en Asie puis en Italie et à Monaco où il est mort. Parmi les autres exilés volontaires, je citerai Lawrence Durrell, écrivain anglo-irlandais, qui a quitté l’Angleterre dans les années 30, cédant à l’appel du grand midi et s’exilant à Corfou où il a fait venir son ami Henry Miller. A côté de ces exilés volontaires, il y a des écrivains qui ont été contraints à l’exil pour des raisons politiques et, là, je pense à Alexandre Zinoviev, chassé de l’Union Soviétique en raison de ses opinions hétérodoxes et réfugié en Allemagne, où il a poursuivi une carrière de professeur de logique. Mentionnons encore Vladimir Nabokov, forcé d’abandonner la Russie au moment de l’accession au pouvoir des bolchéviques, et qui toute sa vie a vécu l’amertume de l’exil en France d’abord, en Angleterre, puis aux États-Unis. Quant aux exilés de l’intérieur, en raison de leurs opinions subversives, de leur refus du conformisme, ceux-là sont les plus nombreux. Le plus emblématique est sans doute Thomas Bernhard, écrivain autrichien qui a entretenu avec sa patrie une relation d’amour-haine extraordinaire. Il a détesté son pays, l’a accablé d’injures, mais en même temps ne pouvait écrire que lorsqu’il revenait en Autriche tant cette haine était le moteur de son écriture. Parmi les autres écrivains exilés en leur temps, je citerai Knut Hamsum, le grand écrivain norvégien, prix Nobel de littérature, ayant choisi au cours de la Seconde Guerre mondiale de soutenir l’Allemagne nazie, par détestation de la mentalité mercantile anglo-saxonne et américaine. . Il a été condamné à la déchéance, à la confiscation de tous ses biens. . Je pourrais citer également Jack London, Georges Orwell, Fernando Pessoa, qui sont de grands exilés de l’intérieur, ou bien parce que leur génie était trop en avance par rapport à leur époque, ou bien parce que leur liberté grande comme disait Julien Gracq, était incompatible avec les conventions de leur époque. Autre figure emblématique : Henry David Thoreau, écrivain américain, qui a vécu dans une cabane dans les bois, ,par refus du capitalisme américain naissant et ne trouvant sa raison de vivre que dans la sauvagerie.
Alfred Eibel – Pourrais-tu nous parler un peu de d’Annunzio qu’il est peut-être moins aisé de situer dans les catégories que tu viens d’énumérer ?
Bruno de Cessole –D’Annunzio fait partie de la famille des aventuriers solaires, comme Casanova. Il a voulu faire de sa vie, comme Lord Byron, une œuvre d’art mais cette esthétique l’a ensuite conduit vers la politique. C’est le seul écrivain qui a été créateur d’un État indépendant, la République de Fiume. Peu de vies ont été aussi romanesques et excessives que la sienne : poète journaliste, polémiste, député, héros de la Première Guere Mondiale, Don Juan insatiable, couvert de femmes et de dettes, recherchant à chaque fois le risque maximum…. Quand Mussolini a essayé de le récupérer au profit du régime fasciste, d’Annunzio a refusé de le suivre et a essayé de le détourner, en vain, d’une alliance avec l’Allemagne. Voilà un magnifique prototype d’aventurier ne suivant que ses propres lois et par ailleurs une sorte de surhomme nietzschéen.
Alfred Eibel – Quelques mots au sujet de Nicolas Gomez Davila, écrivain colombien, qui a écrit une chose qui me paraît profondément juste : « La modernité à toute époque est la livrée des intelligences domestiquées. »
Bruno de Cessole – C’est un écrivain peu connu, comme Alvaro Mutis, autre écrivain colombien. Tous deux étaient proches par le côté réactionnaire de leurs opinions. Nicolas Gomez Davila était un patricien sud-américain, suffisamment riche pour ne pas travailler, à qui on a proposé des postes importants comme celui d’ambassadeur ou de conseiller du gouvernement, postes qu’il a refusé pour rester totalement indépendant et libre. A la suite d’un accident de polo, qui l’a rendu en partie invalide, il a voué sa vie à la lecture. Il s’était constitué, dans sa vaste maison de Bogota, une bibliothèque absolument remarquable de plusieurs dizaines de milliers d’ouvrages, en plusieurs langues, et lisait le grec, le latin, et l’anglais, dans le texte. Il a consacré sa vie à la lecture, à la méditation et à l’écriture. C’est un écrivain très particulier parce qu’il a refusé le genre de l’essai pour se consacrer essentiellement au genre de l’aphorisme. En ce sens on peut dire qu’il est une sorte de Cioran des antipodes. . Il a publié trois recueils d’aphorismes à ses propres frais, sans chercher un éditeur, à l’intention de ses amis. Devant le succès que ses aphorismes ont recueilli, d’autres éditeurs l’ont publié et Samuel Brussel l’a découvert et l’a fait traduire en français. C’est un écrivain proche de Léon Bloy, catholique d’avant le Concile Vatican II, antidémocrate et l’un des critiques les plus virulentes de la modernité, Cioran. Ses aphorismes pourfendent la médiocrité de la civilisation contemporaine, l’avilissement de l’intelligence et de la lecture.
Alfred Eibel – Pourrais-tu me dire un mot au sujet de Gregor von Rezzori qui a écrit notamment : « J’écris parce qu’il existe un mensonge que je veux montrer. »
Bruno de Cessole – C’est un écrivain autrichien qui a passé la majorité de sa vie en dehors de l’Autriche. En fait il était né en Roumanie, dans la province de Bucovine, dans la ville même où était né Paul Celan, ville qui est passée de l’ancien empire austro-hongrois à la Roumanie puis ensuite à l’Ukraine, ville tout à fait cosmopolite, et qu’il a quittée un peu avant la Seconde guerre mondiale. Toute son existence a été une longue errance, de l’Allemagne au Canada, de la France à l’Italie. À travers ses multiples exils il a conservé la grande tradition littéraire viennoise, à la fois ironique et nostalgique, entretenant cette relation ambiguë d’amour-haine comme Thomas Bernhardt envers l’Autriche. Pour moi, Gregor von Rezzori est le dernier représentant de cette tradition austro-hongroise, K und K ( impériale et royale) qui a été magnifiquement incarnée, notamment, par Robert Musil et Joseph Roth. Tous ses livres reflètent un double sentiment, celui de la nostalgie pour l’Autriche et celui de l’ironie envers son pays. C’est un prototype de ce que Nietzsche appelait le « bon Européen ».
Alfred Eibel – Parmi les écrivains que tu n’as pas connus, est-ce qu’il y en a un que tu aurais souhaité rencontrer ?
Bruno de Cessole – Parmi les écrivains que j’évoque, j’en ai quand même rencontré un certain nombre : Anthony Burgess, Lawrence Durrell, Ernst Jünger, Ismaël Kadaré, James Salter, Paul Nizon, V.S Naipaul… J’aurais souhaité rencontrer Ernest Hemingway, parce que c’était un grand vivant et une grande gueule, mais aussi un individu plus sensible et vulnérable qu’il n’y paraissait. Cela m’aurait amusé de rencontrer Schopenhauer, pour sa conversation corrosive et sarcastique. J’ai assisté à une conférence de Jorge Luis Borges au Collège de France, mais j’aurais aimé le rencontrer dans son appartement de Buenos-Aires et discuter littérature, philosophie et mythologie avec lui. . J’aurais aimé écouter les bons mots et les réparties de Samuel Johnson, dans ces tavernes qu’il affectionnait. J’aurais aimé , enfin, baguenauder dans les rues de Paris ou de New-York  en compagnie de Henry Miller, autre grand vivant qui avait l’art de faire parler les gens
Alfred Eibel : En une phrase, quel est le propos de ton livre ?
Bruno de CEssole : Payer ma dette envers les auteurs qui m’ont nourri, éclairé et encouragé, mais, surtout, inviter à découvrir ou redécouvrir ces grands écrivains dnt Samuel Jognson disait que c’est à eux que les peuples doivent leur plus grande gloire.

Entretien réalisé le 23 janvier 2015 par Alfred Eibel au domicile de Bruno de Cessole.
L’Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident, édition de la Différence, 2008.
Le Défilé des réfractaires, l’Editeur, 2011.
L’International des francs-tireurs, l’Editeur, 2014.

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Publié par le mars 27, 2015 dans Uncategorized

 

Tout doit disparaître, de Jean-Bernard Pouy

Lecteur assidu de Spinoza, d’Ulysse de Joyce, lu et relu ; de Ludwig Wittgenstein le Tractacus logico-philosophicus, de Daniel Biga qui est un peu son Rimbaud, de La mort de Virgile de Hermann Broch, que vient faire alors Jean-Bernard Pouy dans La Série Noire ? Lecteur de Ji Bé comme on l’appelle, dès ses débuts, je lui ai consacré un livre 1. Je regrette pour ma part de ne pas voir figurer dans ce Tout une réussite, l’air du temps, la belle de Fontenay. « Styliste pusillanime » dit Pouy de son écriture.

Méfions-nous de ce genre de déclaration. Dans chaque moraliste sommeille un La Palice. Jean-Bernard Pouy a bien compris cela. Georges Perros, avec qui il a plus d’un point en commun, s’émerveillait de la façon dont Roland Barthes savait déshabiller une idée. Pouy ne prétend pas faire ce genre de travail ni concocter des aphorismes. Il n’empêche qu’il jaillit de-ci de-là de ses romans une étincelle qui prend la tournure d’un jugement faussement péremptoire, la rage de celui qui bat le pavé. La fragilité d’une opinion, il sait en jouer, son aboutissement zigzaguant, sa formulation spectaculaire, la vanité de ce qui se veut définitif. Dans ses romans fourmillent ces petits fours de l’esprit, succulents, amers, épicés ou fades, frappés au coin du bon sens pour mieux déstabiliser les pontifes de la morale. Perles ou bulles de savon ? Peu importe. Lider Maximo de l’absurde selon Lichtenberg. Jean-Bernard Pouy montre à l’évidence qu’il aime écrire, « pouyser » au fond de l’instant fugitif. Comme le disait Omar Khayam : « La caravane passe / Échanson verse nous à boire ».

 

Alfred Eibel

Gallimard Série Noire

701 p. 24,50 €.

 

1 Jean-Bernard Pouy, par Alfred Eibel – Éditions Méréal Collection Mything, 1996.

 
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Publié par le mars 12, 2015 dans Uncategorized

 

Anthologie de la poésie chinoise, sous la direction de Rémi Mathieu

Comment aborder la poésie chinoise si l’on n’est pas un spécialiste de la Chine ? Comment l’appréhender ne disposant que de traductions ? La présentation de cette anthologie promet de s’en rapprocher, de saisir le mouvement très rapide d’oscillation. Le poète des dynasties passées aime les paysages, s’applique avec ardeur à les décrire, utilise des paroles magiques dans un style délicat sans affectation. Il instille dans ses poèmes la représentation d’un fait, pour donner l’idée d’un autre fait. C’est dans ce contexte que le poète tire le plus vif et le plus dur de sa charge émotionnelle. Souvent allusif, parce que le pouvoir politique de son époque lui présente une réalité qu’il lui interdit de transcrire crûment. La mort, la guerre, l’exil, les fantômes, la maladie, la surimpression des saisons, la tristesse, les peines de cœur sont ses sujets de prédilection ; l’espoir d’obtenir un poste dans l’administration et, au bout du compte, ne rien obtenir. La joie de contempler un paysage permet au poète d’oublier sa mauvaise fortune. Il y a chez lui « derrière la luxuriance des images et des allusions, un symbolisme ambigu mais riche en résonance ». Le poète vit à l’écart du monde officiel, témoigne de la désintégration d’une dynastie ; un autre défie ceux qui l’accusent d’intentions coupables ; un troisième chante son désespoir, voit ses cheveux blanchir, constate l’anéantissement des promesses. De plus malins visent avec une habileté consommée à flatter le pouvoir sans rien laisser paraître.

La poésie chinoise dépasse les classes et les époques. Elle est avant tout un art populaire et souverain. L’alcool aidant, elle est l’antidote à la cruauté humaine. Aujourd’hui encore les enfants scandent des vers anciens. La poète annonce les vicissitudes qui accablent le peuple. La poésie de la Chine ancienne se distingue par un art ferme, compact, équilibré, concis, incisif. Un balancement d’oppositions toniques. Le lecteur occidental s’embarque dans un monde inédit et neuf. James Boswell notait : « Il y a plus de savoir dans la langue chinoise que dans n’importe quelle autre langue ». André Malraux écrivait : La Chine est l’autre pôle de l’expérience humaine ». Cette anthologie nous fait pénétrer dans le jardin des Hespérides où chaque poème est une pomme d’or.

 

Alfred Eibel

Bibliothèque de La Pléiade

65 € jusqu’au 30 juin 2015,

72,50 € à partir du 1er juillet 2015.

 
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Publié par le mars 12, 2015 dans Uncategorized

 

Temps glaciaires, de Fred Vargas

Le commissaire est bon enfant dans la reconversion de ce roman policier élaboré par Fred Vargas, dans lequel une femme poste une lettre, trace une lettre de l’alphabet, avant son prétendu suicide. Suicide qui ne sera pas le dernier. Construit comme une fugue avec des détails répétés, la question se pose : que vient faire Robespierre dans cette histoire ? Roman paillard, rythmé, raconté d’une façon légendaire, le lecteur ne peut qu’être saisi par le démon de la curiosité.

 

Alfred Eibel

Flammarion

489 p. 19 €.

 
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Publié par le mars 12, 2015 dans Uncategorized

 

Une liaison dangereuse, de Roland Jaccard et Marie Céhère

.Toute liaison est une avancée du moi qui relève de la chevalerie. Une manière de faire connaissance par les gouffres. Une forme de catalepsie, un dialogue de tréteaux, parce que « les âmes ne vieillissent pas » ; une accélération de l’esprit et des sens. Sans conteste, une affaire de culbutes et de cabrioles. Les partenaires s’affrontent à l’intérieur d’un camp de déconcentration. Ici, le dénouement n’est pas celui auquel le malin pense. Nous sommes en présence d’une suite de coups de dé jubilatoires.

 

Alfred Eibel

L’Éditeur

149 p. 14 €.

 
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Publié par le mars 12, 2015 dans Uncategorized

 

Le rire sardonique, Chroniques d’une Sardaigne amère et aimée, de Francesco Masala.

Quand on a fréquenté, comme le signataire, les autonomistes, les séparatistes, les communistes, les maoïstes, les murales, bien avant qu’Ernst Jünger ne s’établisse à Villasimius, on ne s’étonnera pas que les Sardes se sentent dépossédés, peu à peu, de leur spécificité, de leurs mythes, de leurs rites, de leur carnaval, de leurs antiques cérémonies païennes. Les Sardes se revendiquent vaincus de l’Histoire. Ils savent que le danger vient de la mer et pour oublier le démon de la révolution industrielle qui s’est emparé de l’île pour y installer le Dieu Pétrole, sans avoir créé ni richesse, ni travail, ni culture, il leur reste le rire sardonique. Il permet de blasphémer, d’ouvrir grande leur gueule face à la mort, de boire, de s’enivrer, de hurler, d’aboyer, de cracher à la face d’un mannequin installé sur la place du village. Appelons ça la nuit du couteau court, le plaisir de larder l’épouvantail, de le percer jusqu’à sa ruine. Autre tradition populaire, parler avec un mort, créer avec lui un lien pour l’éternité. Francesco Masala (1916-2007) écrit que « toutes les fois que dans la vie d’un peuple apparaît le problème de la langue, cela signifie que sont en train d’émerger à la surface tous les problèmes politiques et économiques ». Le Sarde n’a peur ni de la solitude, ni du silence qui permet d’entendre les voix de la nature. On est loin de ce qu’écrivait Joseph Gorani (1740-1819) rêvant d’un royaume florissant pour la Sardaigne. Je voudrais ici remercier son ami Claude Schmitt, le traducteur, l’introducteur, dirais-je, de la littérature sarde en France, et dont Le voyage en Sardaigne (éditions du Dauphin Vert) fait autorité.

Alfred Eibel

L’Harmattan, 94 p.12 €.

 

 
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Publié par le mars 2, 2015 dans Uncategorized