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Archives Mensuelles: février 2017

Olivier Minne : « LOUIS JOURDAN, le dernier french lover d’Hollywood »

inconnue4-copieLe titre a de quoi allécher les cinéphiles curieux de tout ce qui touche à Hollywood et un « âge d’or » qui se perd déjà dans les brumes. La longue carrière de Louis Jourdan renferme quatre titres marquants : « Le Procès Paradine » d’Alfred Hitchcock, « Lettre d’une inconnue » de Max Ophuls, Madame Bovary » et « Gigi » de Vincente Minnelli. Ces films, inégaux, tracent le portrait d’un charmeur distingué, nonchalant, qui se plaignait sans conviction d’être victime d’un physique trop avantageux, mais qui, sorti du « système », ne réussit pas davantage à s’affirmer, alignant paresseusement des rôles alimentaires qu’on peine à se remémorer.

On pouvait espérer de cette épaisse biographie (600 pages !)quelques révélations, voire une réévaluation, mais la moisson est des plus minces. À l’image de ces chefs qui épaississent la sauce pour masquer la médiocrité des ingrédients, Olivier Minne nous noie sous une masse de bavardages et de digressions « didactiques » superfétatoires. Cinq ans de fréquentation assidue d’un Jourdan reclus et fatigué (2010-2015) ne produisent qu’une trentaine de pages utiles (essentiellement sur « Le Procès Paradine », la personnalité de David O. Selznick, les répétitions orageuses de la pièce « The Immoralist », qui valut le Donaldson Award à l’acteur… mais virtuellement rien sur « Lettre d’une inconnue » unique chef-d’œuvre du comédien.)

Cette indigence est aggravée par une pléthore d’erreurs factuelles et de coquilles, engendrant une exaspération croissante chez le lecteur. C’est ainsi que « Seuls les Anges ont des Ailes » se voit successivement attribué à Howard Hawks et Frank Capra (p. 198), puis considéré, avec « La Dame du Vendredi » et « Le Port de l’Angoisse » comme une trois meilleures « screwball comedies » de son auteur (p. 368) ; que Minnelli perd un « n » à plusieurs reprises ; que la tristement célèbre Commission Hays devient Haynes (p. 454) ; que Frederick Loewe (de « My Fair Lady »)perd son « e » final (p. 455) ; que Jason Robards, Jr. deuxième époux de Lauren Bacall devient Bobards, Jr. ; que l’agent Irving « Swifty » Lazar hérite d’un « e » final comme celui qui selon la Bible se serait relevé ; que nom des les historiques studios de Borehamwood est écorché ; que Jack Palance bénéficie d’un « l » redoublé ; que la comédie musicale « On A Clear day You Can See Forever », correctement titrée une première fois, devient soudain « On a Clear Day View » ; que la Cannebière perd un « n » en cours de route…

Au chapitre des fabrications langagières, on découvre le « tries out » (pour try-out) et l’on apprend que « La Créature du Marais » de Wes Craven relève du « film d’anticipation/fantastique/has been » dont on peine à cerner la nature. Jourdan est aussi censé déclarer « Moi, je suis un character actor », c’est-à-dire un comédien à emploi unique, celui de l’amant », contresens patent puisque le propre du « character actor » (acteur de composition) est de pouvoir tenir une multitude d’emplois : flic, méchant, barman, épicier, etc.

La traîtresse langue de Shakespeare engendre enfin quelques énormités dont la plus savoureuse est sans conteste la traduction (p. 538) de « sweater girl » par LA FILLE QUI FAIT TRANSPIRER. Sur ce franc éclat de rire, amis du Septième Art, tirons l’échelle…

 

Olivier Eyquem

 

« Louis Jourdan – Le dernier french lover Hollwyood », Éditions Séguier, 2017, 22, 90 €

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Publié par le février 22, 2017 dans Uncategorized

 

Catherine Safonoff, La distance de fuite

Catherine Safonoff, la plus elliptique, la plus ailée des écrivains de Suisse romande, genevoise par-dessus le marché, une variante d’Amiel aux reflets vibrants, sur la brèche, prête à tendre l’oreille, à recevoir les sons des mots que produisent ceux qui lui rendent visite. Elle représente une espèce de médecin attaché aux principes de la vie de son patient, à la recherche d’une issue entre deux silences, apte à interpréter la moindre molécule d’une déclaration. « Grappiller des causettes » dit-elle. Ces instantanés de vie, Catherine Safonoff les transmet au lecteur sans retouches, faisant comprendre que le plus surprenant d’une vie ce sont précisément ces moments de grâce. Ce « peu de chose » constitue la personnalité profonde d’un individu. Trouver le dénouement entre « le voilé et le révélé ». Un bout de phrase vaut mieux qu’une péroraison, une hésitation davantage qu’un argument étayé, un exercice vocal plus qu’un cri de joie. C’est ainsi que Catherine Safonoff capte les confidences d’une personne ; jamais abstrait, toujours solide, consistant. Elle note que « le vêtement principal de quelqu’un, c’est son visage, son regard ». L’ensemble de ce qu’elle rapporte dans son livre pourrait faire croire qu’en se tenant à distance de ses nombreux invités elle ne serait qu’une manipulatrice responsable d’un manège qu’elle fait tourner à toute allure sans y participer. Pas du tout, au bout du compte, le lecteur en apprend plus sur Catherine Safonoff, à sa manière subtile, son sans malignité. Elle se livre totalement sans complexe.

Alfred Eibel.

Éditions Zoé, 328 p.18,50 €.

 
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Publié par le février 22, 2017 dans Uncategorized

 

Rym Sellami, Le pouvoir de l’illusion dans La Somnolence de Jean-Pierre Martinet

Mémoire élaboré et présenté en vue de l’obtention du mastère de recherche en Langue, Littérature et Civilisation française, option « Littérature », Ministère de l’Enseignement supérieur de la République tunisienne, Institut supérieur des sciences humaines de Jendouba, sous la direction de M. le Professeur Alain Sebbah – 2015-2016.

Voici le mémoire audacieux de Rym Sellami à propos de la Somnolence, premier roman de Jean-Pierre Martinet, qu’elle analyse en ses différentes parties. Les nombreuses références et citations convergent vers un même centre. Elles représentent autant d’extensions qui suscitent de nouveaux satellites.
Chaque cellule de base du tissu nerveux de Martha Krühl, expression, attitude, comportement, égarement ; chaque dérangement de l’esprit, biologiquement parlant pourrait-on dire, étudié séparément. Au bout du compte, une fois toutes les parties rassemblées, apparaît la figure entière et de plein relief, phosphorescente en ses ivresses, de Martha Krühl, héroïne aux multiples ressorts de La Somnolence, un titre qui ne ment pas.

Alfred Eibel.

 
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Publié par le février 22, 2017 dans Uncategorized

 

Ragnar Hovland, Douce nuit…

La quatrième de couverture annonce un romancier en panne d’inspiration. Son éditeur s’inquiète. Le romancier ne semble pas trop s’en faire. Il épie, accumule les rendez-vous sans vraies raisons. Il est chef de gare ayant renoncé à faire bouger les lignes. Il subit sans passion, il est pris de vertige et de somnolence, évolue dans une société norvégienne inconsistante. Les rapports que le romancier entretient avec ses frères, ses petites amies, manquent profondément d’élan. À peine un mouvement d’humeur du fond des tripes. Douce nuit est le roman de la déformation, de l’annihilation, de la dépersonnalisation affirmée ou subie. L’écrivain court l’enthousiasme de ses semblables, espère toucher ce qui lui paraît à portée de la main, ce n’est qu’un mirage en train de se dissiper. La société d’automates qu’il affronte déconcerte cet homme qui manque à son tour de fermeté, autrement dit de punch, dans une ville où le renoncement altère les esprits. Les souvenirs se mélangent au fond de la mémoire, se fractionnent en une multitude d’astéroïdes. Brusquement, un détail fait son apparition, se détache de la constellation avant de disparaître. Faut-il lui attribuer un sens précis, se remémorer un épisode avec arrêt sur image si possible ? La nonchalance de l’écrivain à la recherche d’un bon sujet en est pour ses frais. Nous sommes dans une société qui ne dure, qui ne vit qu’au jour le jour, où le droit d’entrée est accordé à condition de laisser ses réflexes au vestiaire. L’écrivain talonné par son éditeur semble avoir rendu les armes. Ses souvenirs ne sont plus qu’un amas de vapeurs suspendues dans l’air troublant un horizon immaculé. C’est l’aspect central de ce roman. Il nous plonge dans un monde qui, lentement, s’émiette.

Alfred Eibel.

Éditions Les Belles Lettres, 224 p.21 €.

 
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Publié par le février 19, 2017 dans Uncategorized

 

Zig Zag, de Ross Thomas

Ross Thomas (1926-1995), combattant aux Philippines, journaliste, représentant d’une société au Nigéria, a travaillé pour le gouvernement américain, animateur d’un organisme de lutte contre la pauvreté. Son œuvre dénonce tares et magouilles de l’administration américaine et d’une autre façon une corruption généralisée. Sans foi, sans loi, sans cœur, sans pitié, les criminels mis en scène éliminent tout gêneur. Espions en quête de boulot, Artie Wu et Quincy Durant sont sans états d’âme dès lors que le gouvernement américain fait appel à ces délinquants professionnels.
L’art zigzagant de Ross Thomas réunit en un faisceau éblouissant ce qui n’était au départ qu’une succession de petites scènes. La société qu’il traite est celle d’un marécage dans lequel barbotent, se démènent des psychopathes. Il possède le sens du dialogue ironique qui joue sur les sous-entendus, menaçant pour la plupart, créant des situations inextricables que le thriller politique s’est depuis longtemps refusé à forer.
Qu’il s’agisse des Faisans des îles, La quatrième Durango, Voodo, ou le cas du présent roman, l’expérience personnelle de l’auteur distance et de loin ces romanciers trop imprégnés de littérature, égarés dans le polar et produisant ce qu’on appelle des romans de bonne facture. Ross Thomas réveille les monstres, criminels et bourreaux capables de tuer à bout portant un interlocuteur lors d’une conversation des plus détendues. Ses personnages « doivent pouvoir tousser, avoir le hoquet, péter, suer, pleurer, pisser et faire bouger leurs boyaux ». Ajoutons pour finir que la trahison est leur marque de fabrique.

Alfred Eibel.
Éditions Sonatine, 477 p.,14 €.

 
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Publié par le février 19, 2017 dans Uncategorized