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Archives Mensuelles: juillet 2011

A travers tous les miroirs, d’Ursula Priess

La fille de Max Fritsch (1911-1991) raconte son père. De la difficulté à porter le nom d’un écrivain célèbre, un écrivain fort en gueule suivant les circonstances. Entre Ursula et Max se noue une forte amitié, de l’estime. C’est insuffisant. Suivant l’humeur, la tendresse est au rendez-vous. Quand on se quitte ou quand on se retrouve. Elle ne pouvait affleurer qu’entre deux portes, quand Max Frisch posait ses bagages ou au contraire quand il embarquait pour une destination nouvelle. Il aura vécu à Rome, à Zurich, à Locarno, à Berlin, à Venise, à New-York, européen dans l’âme et citoyen du monde. « Je l’aimais comme j’ai aimé toutes les femmes de mon père, c’est-à-dire beaucoup ». La plus connue se nomme Ingeborg Bachman (1926-1973) femme de lettre autrichienne, auteur de romans, de drames radiophoniques. Elle est sur la même longueur d’ondes que Frisch. Elle pense que le malheur des hommes tient à un défaut structurel de la société. L’image du monde dans lequel évoluait Max Frisch ne pouvait que le mettre en colère. Tout au long de ce témoignage bouleversant on assiste entre père et fille à de l’incompréhension, de la distance ; à des instants de bonheur? Un comportement très élastique. On apprend le peu de tolérance dont faisait preuve Frisch envers les êtres négligents. Bien après sa mort, Ursula Priess cherche encore à savoir qui était son père. De lui elle hérita la bougeotte et son goût pour l’amour renouvelé. Elle constate qu’il n’est pas facile de trouver sa place dans un monde périlleux.

Alfred Eibel

Éditions Zoé, 157 p., 17 €.

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Publié par le juillet 31, 2011 dans Uncategorized

 

Les temps qui viennent, de Bérengère de Bodinet

Comment élucider les affaires qui ne sont pas explicables suivant les données normales ? Autrement dit, derrière un forfait, ne trouve-t-on pas la main d’un comploteur, d’un conspirateur ? Exprimé différemment, des évènements qui relèvent d’un mystère n’appartiennent-ils pas à ce monde parallèle décrit par Jacques Lacarrière dans ses Gnostiques ? Autant de questions que Bérengère de Bodinet fait ressortir aux prophéties, aux religions, à la Bible, document chiffré, et à moult domaines susceptibles de donner le vertige. Il arrive qu’au cours de ce long périple le lecteur perde pied. Prenons le cas de Lady Di qui a perdu la vie au pont de l’Alma. Pourquoi cet épisode tragique a-t-il donné lieu plus tard à une mise en scène grotesque autour du treizième pilier ? Faut-il abandonner son cartésianisme au seuil de phénomènes paranormaux ? La lecture des oeuvres de Stanislas de Guaïta (1861-1897), son interprétation de la kabbale ; l’Histoire secrète de l’Europe de Claude Sosthène Grasset d’Orcet (1829-1900) fondateur de la mythologie française peuvent aider à saisir, telle une illumination subite, les recoins cachés des phénomènes qui secouent le monde. Théophile Gautier, Ernest Renan, Barbey d’Aurevilly furent attirés par des épisodes bizarres. De nos jours, Dan Simmons avec L’échiquier du Mal, Maurice G. Dantec avec Les Racines du Mal ou Jean Parvelusco, lorsqu’il commente avec application l’ordre magique, la lucidité démoniaque, l’image mouvante de l’éternité des Démons de Haimito von Doderer, tous trois rejoignant les sentiers qui bifurquent de l’énigmatique Bérengère de Bodinet.

Alfred Eibel

Pascal Galodé éditeur, 684 p., 22,90 €.

 
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Publié par le juillet 28, 2011 dans Uncategorized

 

La zonzon, d’Alain Guyard

Un zonzon c’est quoi ? Une vibration, un babil, un bourdonnement ? Pour Alain Guyard qui a enseigné la philosophie en fac, en lycée, c’est un ensemble de craintes et de tremblements. Disons que sa parole est perçue comme une suite de borborygmes, un cause toujours mon lapin tu m’intéresses. Du jour au lendemain on le retrouve expérimentateur pédagogique en milieu carcéral. Il tente d’intéresser les taulards à son discours, à donner un sens à leur peine. S’établit un dialogue entre lui et les délinquants de petite envergure. Qu’on imagine Le Banquet de Platon servi à des lascars habitué à la castagne et au chalumeau. Ils se méfient d’un langage qui n’est pas le leur. A la logique du prof, ils opposent une logique qui tient la route mieux que la sienne. C’est en prison que l’intervenant apprend à prendre les choses avec philosophie. En milieu carcéral on enseigne « comme on vaccine contre la rage ». De la philo à l’argot il n’y a qu’un pas ; de l’argot aux arguties un second ; un troisième va faciliter la comprenette entre taulards et taulier ; quand ce dernier, décide de partager avec eux le langage des marlous. Les captifs le jaugent, s’aperçoivent qu’il y a de l’estime à prendre, finissent par sympathiser. Enfin on philosophe dans le mitard. Conseillons cette expérience si bien déroulée à ceux qui aiment jongler avec les sens. La zonzon, tout compte fait, c’est un peu Georges Courteline fourvoyé chez Alphonse Boudard.

Alfred Eibel

Le Dilettante, 285 p., 22 €.

 
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Publié par le juillet 23, 2011 dans Uncategorized

 

Garde à vue – Rencontres et Entretiens, d’Alfred Eibel

Alfred Eibel adore les écrivains. Ils lui rendent bien. Ils se confient à lui  sans façon, dans des interviews qui ne ressemblent à aucune autre. On a pu les lire dans le Quotidien de Paris, Valeurs Actuelles ou encore Magazine Hebdo. Il serait dommage d’oublier ces bons mots, ces gardes à vues, comme aime à les évoquer l’auteur. Jean Dutourd n’y va pas de main morte. Il s’épanche comme jamais et reconnait Dickens comme son mentor. Fritz Lang, dans la chambre 12 de l’hôtel Louxor, attend celui qu’il appelle le Rhinocéros. C’est le philosophe Theodore Adorno que verra entrer Eibel ! Patrick Raynal raconte Faulkner, Le Bruit et La Fureur bien avant Tandis que j’agonise. Maurice G. Dantec a décidé une fois pour toute qu’il était un Nord-Américain de langue française. Et Françoise Sagan parle d’argent mais aussi de livres et de cinéma. Elle est belle la route d’Alfred Eibel, jalonnée de rencontres incroyables et de romanciers qui ne pratiquent guère la langue de bois. On la souhaite encore longue, le journaliste sait faire parler les grands de ce monde, on n’exigera pas de savoir quels sont les moyens employés.

 Stephanie des Horts

Editions le dauphin vert, 318 pages, 18,50 €

 
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Publié par le juillet 19, 2011 dans Uncategorized

 

Les terribles, de Raphaël Sorin

Rencontres avec des personnages, des écrivains. Maintenant dites-vous bien une chose, bande de ploucs, semblent sous-entendre ces joyeux lurons détenteurs de multicartes de l’écriture. Ils poussent le nez du lecteur ailleurs, parce qu’ils sentent, flairent, perçoivent, frissonnent, s’enfièvrent, vibrent, bousculent nos habitudes, nous tétanisent. Raphaël Sorin nous réserve des surprises : rendez-vous pris avec Benjamin Peret l’incorruptible, Cravan le cavaleur, Vaché s’en va-t-en guerre, Marcel Duhamel surplombe la Série Noire. William Burroughs braqueur d’identités. Sorin confesse Vladimir Pozner, James Hadley Chase, Narcejac sans son Boileau, G.-J. Arnaud château d’eau du polar, Pierre Siniac « le Samuel Beckett des fauchés », le Manchette trahi par le cinéma, San-Antonio dans sa plénitude, Pierre Prévert, Ed McBain et Henri Robillot aussi. Nous lui conférons le statut d’écrivain puisque c’est un grand traducteur de la Série Noire. Est présent Robert Mitchum, briseur de silence, Arletty bien d’autres. Sorin a un tour de main particulier. Il sort de sa réserve, se mobilise, met ses choix en perspective, les soutient à bout de bras favorisé par une prose secouée comme une Underwood en marche. Ce recueil est un coup de pied dans la fourmilière littéraire. A moins que ce soit le coup de pied de l’âne. Sont regroupés des engagés volontaires, loin des partis pris. Sorin ouvre des fenêtres sur des patios inconnus où sirotent des solitaires.

Alfred Eibel

Finitude, 166 p., 16 €.

 
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Publié par le juillet 9, 2011 dans Uncategorized

 

Annonce Martinet

Nous signalons à ceux qui veulent en savoir davantage sur l’écrivain Jean-Pierre Martinet, dans ses coins et replis, en particulier son roman Jérôme, qu’ils liront avec profit le master 2 de littérature française de Mademoiselle Isolde Lecostey consacré à ce roman, sous le titre Tétralogie d’une écriture, sous la direction de Dominique Carlat de l’Ecole Supérieure de Lyon Université Lumière Lyon II, juin 2011. Pour se procurer ce master et en connaître le prix écrire à Isolde Lecostey, 225 rue Duguesclin, 69003 Lyon. Isolde.lecostey@ens.lyon.fr

 

Alfred Eibel

 
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Publié par le juillet 1, 2011 dans Uncategorized

 

JR, de William Gaddis

William Gaddis (1922-1998), romancier américain expérimental ; trois romans en vingt ans, pousse plus loin le bouchon que Joyce, s’accote à Hermann Broch, pour qui le souci d’objectivité du monde a perdu le sens des valeurs et du style ; tend la main à Herman Melville, qui sans transition passe de l’épopée à la farce. JR est composé presque exclusivement de dialogues. Le roman tourne autour d’un jeune homme qui se bâtit un empire financier par téléphone, rescapé de la société du bruitage. Les personnages qui l’entourent caquettent, s’écoutent parler, s’ébrouent en racontant n’importe quoi, empilent les grandes déclarations, laissent leurs phrases en suspens, rendent équivoque la plus petite démonstration. Ils se contredisent, ils s’affligent, recyclent le vocabulaire qui ne leur convient pas, créant des sens nouveaux. Ils exploitent des arguments prémâchés disposant d’une inépuisable réserve de réponses aux questions les plus imprévisibles. La parole ne porte plus sur ceux qui font semblant d’écouter, elle s’abîme dans le néant. Chez William Gaddis, on rêve de conquérir en oubliant l’action. Quand un sophiste rencontre un autre sophiste, on imagine la suite. A force de répéter que nous sommes en démocratie, le doute s’insinue. Ce joli monde se bat les flancs pour donner de la cohérence aux invectives incohérentes. La morale de l’histoire, s’il y en a une, serait la suivante : on ne gagne pas d’argent en débattant ; on gagne de l’argent en téléphonant. Addict au portable, cela va de soi.

Plon « Feux Croisés », 1067 p., 26 €.

 
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Publié par le juillet 1, 2011 dans Uncategorized