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Archives Mensuelles: mars 2019

Pierre Klossowski, Sur Proust

Peut-être faudrait-il lire Le bain de Diane de Pierre Klossowski (1905-2001) pour comprendre sa manière de pénétrer l’œuvre de Marcel Proust. Entrer très avant, percer le cœur de l’écrivain, descendre dans ses profondeurs, comprendre, saisir, ramener à soi sa vision intérieure. Il y a, quoi qu’on en dise, chez Marcel Proust, depuis l’enfance, ce qui n’a jamais cesser de le remuer, l’œuvre de Charles Perrault à laquelle il semble vouloir revenir à travers ses figures obsessionnelles, à sa « rhétorique spiralante », lorsque reprenant le passé, Marcel Proust lui confère un mouvement nouveau en harmonie avec l’œuvre en train de se construire, une forme d’imitation, d’embellissement ou ce qui corrode la mémoire, une hantise du révolu, une forme de jubilation qui le pousse à poursuivre son chemin sachant que la vie s’écoule irrémédiablement. Assistant si l’on ose s’exprimer ainsi avec une patience de chartiste au lent épanouissement d’un parterre de nénuphars sur un étang immobile. Pierre Klossowski se veut encerclé par cette œuvre qu’exprime autrement Georges Perros : « À partir d’un certain degré d’attention, le langage « lange » l’homme, le « borde », le « rattrape ». Klossowski s’est laissé volontairement engloutir par les sables mouvants d’À la recherche du temps perdu pour en ramener les instants privilégiés. C’est en cela que la tentative de Pierre Klossowski porte son originalité. La question qu’il faut se poser : l’œuvre de Marcel Proust ne tient-elle pas également à l’oisiveté d’une partie de la vie de l’écrivain, à sa maladie et à son indéniable souffrance ?  

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 144 p.15,90 €.

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Publié par le mars 18, 2019 dans Uncategorized

 

« Karl Kraus… Il ne suffit pas de lire » (Préfacé par Alfred Eibel)

Par Françoise Monfort

L’un, Karl Kraus, est décédé en 1936 à Vienne où il aura passé quasiment toute sa vie. L’autre, Alfred Eibel, y est né en 1932. Ils se sont peut-être croisés dans cette ville qui n’était plus capitale d’un empire, ni bientôt capitale d’elle-même. Une circonstance que Kraus n’aura donc pas connue mais pressentie bien avant ses compatriotes. Déjà, dans La Troisième nuit de Walpurgis publiée après la prise de pouvoir d’Hitler, il s’en était pris à la manipulation de masse, aux journalistes soumis aux politiciens, à la corruption en général et à celle de la langue en particulier. Les plumitifs, les artistes, la bourgeoisie, les industriels, la psychanalyse qu’il a d’abord soutenue et son cortège de spécialités, les femmes, ou plutôt une certaine catégorie de femmes comme Alfred Eibel l’écrit dans sa préface… Tout le monde en prend pour son grade dans cette compilation d’aphorismes publiés « en fonction d’un public français » et dans le désordre.

Quelques perles :

« Le psychologue n’est rien d’autre qu’un autocar accompagnant un dirigeable ».

« L’injustice est nécessaire. Sinon, on n’arrive jamais au bout ».

« Le bourgeois ne tolère pas, dans sa propre maison, ce qui lui paraît inintelligible ».

« L’homme qui s’imagine avoir comblé une femme n’est qu’un bouche-trou ».

« La jalousie est une forme d’aboiement qui attire les voleurs ».

« L’Église a l’estomac solide. Néanmoins, il serait bon, de temps en temps, qu’elle subisse un bon lavement ».

« Le nationalisme est un bouillon dans lequel s’enlise la moindre pensée ».

« La culture s’éteint lorsque les barbares s’en emparent »…

Sa clairvoyance parfois vacharde et son mordant pourraient manquer à notre ploutocratie vendeuse de vivre ensemble au rabais. Karl Kraus, lui, ne craignait pas d’afficher sa misanthropie et de pourfendre les mensonges du national-socialisme, les faux-semblants, la vulgarité, l’inconscience et la lâcheté des béni-oui-oui. Chaque aphorisme croque ses contemporains viennois avec la précision cruelle d’une caricature de Daumier pour nous livrer l’instantané d’une ville qui paiera cher son aveuglement à l’heure du crépuscule des dieux. Prophétique et salutaire.

 
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Publié par le mars 12, 2019 dans Uncategorized