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Archives Mensuelles: juin 2013

En feuilletant, en survolant, 14

Rien n’interdit de voir des vaudevilles hilarants, rien n’empêche d’aller voir ailleurs, à la Parole errante, 2 rue François Debergue, 93100 Montreuil, le 5 juin à 20H30, assister à un spectacle qui bouscule les habitudes. On avait oublié les chansonniers de la rive gauche. On les retrouve contestataires dans le sillage de Pia Colombo, Marianne Oswald, Brecht-Weill, Lotte Lenya, épiques et révoltés. Sur des textes forts signés Ingrid Nahour et Pierre Dracheline, soutenus par le père Peinard, le père Lapurge, le père Vénéré, Dame Dynamique, qui s’en donnent à cœur joie. Des inadaptés volontaires ne s’adaptant qu’à eux-mêmes, des chansons contre les menteurs et fraudeurs toutes catégories. Autrement dit, la liberté retrouvée.

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Comment imaginer que Jérôme de Jean-Pierre Martinet puisse se prêter à une chorégraphie ? Pari tenu, pari gagné. Mélanie Mésager a saisi l’aspect rampant du roman, la gestuelle des personnages. Des noyers qui barbotent ; comment s’indigner, comment s’emmêler les pinceaux, comment la déraison mène à la l’aliénation. La difficulté à communiquer entre asociaux et instables, des crustacés agités. Le 11 et 12 mai à 20H30 au théâtre Confluence, boulevard de Charonne, dans le 20ème arrondissement, la compagnie Gé fait revivre Jérôme. «Danse, vidéo franco-russe, art dramatique, lectures de textes en voix off, entretiens littéraires se conjuguent pour amener sur scène cette œuvre atypique, un univers noir et drôle, ses textes et intertextes. » Jérôme : un anti-héros de notre temps.

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Jacques Sommer a su créer un espace, une atmosphère, qui enserre un étrange personnage égaré dans la forêt de Brocéliande où l’enchanteur Merlin affronte Iblis. Intitulé Le Meurtre, le roman paraîtra cet automne chez Pierre-Guillaume de Roux éditeur.

 

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Publié par le juin 24, 2013 dans Uncategorized

 

Pierre Crescent : À propos de Drieu La Rochelle. Remarques sur quelques lectures et relectures (suite)

 Attaque de L’Homme à cheval : « Jaime Torrijos était lieutenant dans le régiment de cavalerie d’Agreda, qui tenait alors garnison à Cochabamba. Il était admiré des officiers et des soldats parce qu’il avait dans son corps une force et une audace extraordinaires. Il était aimé des femmes pour la même raison ». (La tonalité psychique des relations qui lient Felipe, le guitariste narrateur, à Jaime, le futur Caudillo, est fortement homosexuelle). Dernière phrase du récit de Felipe – non du roman, après un sacrifice rituel de sa monture : « L’homme à cheval était à pied » (Il s’en va seul vers l’Amazonie).

 

D’une prétendue « sprezzatura » : négligences et bâclages du style de Drieu.

Jean-François Louette, maître d’œuvre du volume de la Pléiade (2012) consacré à plusieurs fictions de Drieu, l’affirme dans son introduction, « un grand styliste, grand écrivain ». Cependant, l’ayant malgré tout lu de près, et considérant visiblement que le lecteur ne sera pas moins attentif, il se trouve contraint de souligner deux traits qui vont dans un sens inverse : répétitions les plus lourdes, comme si l’auteur ne s’était pas relu, syntaxe fort incertaine. De cette dernière, il donne entre autres pour exemple, dans (hélas pour tous ses admirateurs, parmi lesquels je me range) Le Feu Follet : « s’inquiéter de ce qu’il y aurait pu y avoir » – ou encore, sans référence de titre : «  il préférait paraître à ses propres yeux faible que sournois » ; des premières : « Les sentiments que j’avais formés… formaient une masse » (Blèche). « Il demanda la rue des Saussaies et demanda un nom inconnu de Gilles (Gilles) ; « Il allait s’en aller » (Le Feu Follet encore).

J’ai pour ma part relevé, dans la seule relecture de trois romans : « …alors, sous son veston assez bien coupé, il y avait un gilet tricoté noir, à deux rangées de boutons, comme en portaient alors les garçons blanchisseurs ou les laitiers » (Gilles, Le Livre de Poche, 1969, p.88). Dans Rêveuse bourgeoisie : « Le vieux marquis … promenait sa majesté familière par toute la place. L’abbé Maurois sortit sur la place » (L’Imaginaire, 2008, p.22-23). « Toutefois, une fois de plus… » (p.81). « Mais alors Gravier détonnait… (ici une phrase de deux lignes). Mais alors l’incapacité de Camille… » (p.90). « Camille fut troublé quand il reçut la lettre de sa mère, mais pourtant le trouble mit du temps (ici une phrase de moins de deux lignes). Mais pourtant il avait senti… » (p.104). Dans la première phrase, il faudrait plutôt : ce trouble, si l’on veut réitérer le terme. Surtout, mais pourtant est d’une grande laideur. En outre, pourtant rime aussi laidement avec ce temps qui le suit cinq mots plus tard.

« Il y eut un long moment de bonheur pour Yves, dont il crut… Ce ne fut qu’après un long moment où il s’était étiré… » (p.110). « Plus tard, M. Ligneul l’avait laissée tranquille… (ici une phrase de deux lignes). Mais M. Ligneul l’avait laissée tranquille (p.121). « Tout le long de cette digue qui se défend péniblement contre la mer, on a construit… Il y a un contraste pénible » (p.187).

Par ailleurs, il est question dans ce roman d’un « buste déchu mais gracieux » (p.227), sorte d’involontaire oxymore : il eût fallu écrire par exemple – « le lecteur aura corrigé de lui-même » suivant la formule : « buste déchu mais encore (quelque peu) gracieux (pourtant) ». Et cet anglicisme, comme des plus courants en mainte traduction contemporaine, et qu’un élève de première année d’anglais apprend à éviter, par quoi « feindre » se rend par « prétendre », anglicisme qui a déteint dans la langue française : « Surpris et mécontent, Camille prétendit draguer à fond un trou de rocher » (p.30). Anglicisme qui figure également en bonne place dans L’Homme à cheval : « Mais elle n’avait trouvé rien d’autre, et elle prétendait par la fermeté de sa voix s’en satisfaire (II, 3), comme y figure cette autre scorie : « À peine avaient-ils échangé un salut à peine perceptible… » (id., hélas à nouveau pour cette œuvre-là). Je n’ignore pas que Flaubert en personne a écrit, dans L’Éducation sentimentale – cité par Grevisse – : « Il…observait même du même coup d’œil… (III, 1) ; mais enfin, ce n’est pas pour leurs défaillances qu’il convient d’imiter les maîtres, pas plus que d’exciper de l’autorité de ceux-ci quand on tombe dans celles-là. Même roman : « … Florida a été poussée par les grands épouvantés de se rapprocher de moi… » (III, 6). Convenons, cela étant, et fâcheusement, certes, que la prose de l’Homme à cheval demeure d’une belle ligne générale, en fin de compte (et non « au final » selon le sabir médiatique actuel). Là-dessus, quid du « grand styliste » de Jean-François Louette ? Eh bien, ingénus qui en eussiez douté, apprenez que pareilles vétilles, sur lesquelles on vient de s’étendre minutieusement tel un aigre pion, ou un petit magister besogneux, témoignent en fait d’un « aristocratisme de la désinvolture » – l’esprit supérieur écrit à la diable, laissant le fignolage aux petits bourgeois. Drieu, énonce M. Louette, se placerait ainsi dans la tradition de la sprezzatura, la « nonchalance » chère à Baldassare Castiglione en son Livre du Courtisan. (En italien moderne, sprezzo : mépris, dédain, insouciance, légèreté ; sprezzarsi : se négliger).

Comme répondraient les paysans beaucerons d’En Rade de Huysmans : « Ah ben, c’étant… ». Ou, si l’on préfère un type de formulation appréciée du Canard enchaîné : « En voilà une justification qu’elle est superbe ».

 

Pierre Crescent.

 

 
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Publié par le juin 10, 2013 dans Uncategorized

 

En feuilletant, en survolant , 13

Ceux qui connaissent Jean-Claude Missiaen, qui ont vu Tir groupé 1982, Ronde de nuit 1983, La baston 1985, seront séduits par cette brochure format à l’italienne qui raconte son enfance.

Trouville, la camaraderie, l’école, la joie de découvrir après-guerre, l’ouïe fine, mirettes à l’affût, Johnny Weissmüller, le roman populaire, le cinéma, Tyrone Power, Errol Flynn, Hollywood devenant la « Holy Bible » de la jeunesse et, plus tragique, la disparition de Cerdan, les combats de Jack La Motta. Bien entendu, ce n’est pas tout. Nombreux sont les

« flash back ». Car on ne guérit « jamais de son enfance ». Que dire d’autre sinon qu’on attend la suite. Quand vous pensez cinéma, prononcez toujours Familia. Trouville-sur-Mer. Images d’après-guerre, de Jean-Claude Missiaen, Archimbaud éditeur, Presses de Pierre Mathan et Pascal Duriez. Imprimerie d’Art des Montquartiers à Issy-les-Moulineaux.

 

Découvert dans un lot de livres abandonnés.

« Le mari doit disparaître. Il la tient dans ses bras, frémissante et pâmée, il la grise de ses caresses. Il lui murmure à l’oreille des mots d’amour et des conseils criminels… La mort de Weiss est décidée ».

Extrait de Jane Daniloff, l’empoisonneuse d’Aïn-Fezza d’Henri-Robert de l’Académie française, Albin Michel.

 

« Une erreur judiciaire. Je pense qu’après les accusations portées par l’hôtelière, les policiers ont recherché des preuves qui collent avec leur théorie. Ce n’est pas si inhabituel que ça, ce genre d’aveuglement. Rappelle-toi : c’est seulement après son entrée en scène que sont nés les tout premiers soupçons. Jusque-là, personne ne trouvait rien à redire au verdict de la crise cardiaque ».

Le silence de Grace de Peter Robinson, collection « Spécial Suspense », Albin Michel.

 

 « Plus il buvait, plus elle se sentait le courage de se montrer créative. Au bout de plusieurs litres, et après avoir resservi trois ou quatre fois du Laphroaig à Berman, elle commença cependant à s’inquiéter : pourquoi ne s’endormait-il pas ? Ce type avait-il l’habitude de s’avaler des benzodiazépines chaque soir, et avait-il par conséquent acquis une certaine tolérance à cette substance ? ».

Nano de Robin Cook, Albin Michel.

 

La tolérance ? il y a des maisons pour çà (attribué à Paul Claudel dénonçant la notion de « tolérance » au sens de ne pas sanctionner comme hérétique). Une chose est sûre, pour le narrateur de Le Meurtre de Jacques Sommer, à paraître cet automne chez Pierre-Guillaume de Roux éditeur, il y a des situations qui sont littéralement intolérables.

 

« Peut-être n’avait-il point franchi, sans luttes et sans répugnances les limites qui séparent un honnête homme d’un gredin, mais ces troubles de conscience étaient depuis longtemps oubliés. Ce grand et bel homme, qui était si favorisé par les femmes et si peu par les cartes, jouissait d’une tranquillité de sommeil démentant formellement l’opinion générale qui la dénie au coupable. C’était le traitre dans toute l’horreur de sa fourberie ».

Les Espions, par Thea von Harbou, roman traduit et adapté de l’allemand par Mathilde Zeys, Éditions Cosmopolites, 1928.

 
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Publié par le juin 10, 2013 dans Uncategorized

 

En feuilletant, en survolant, 12

 

Heureux événement. La réédition aux Éditions Xenia de La France de Michel Audiard par notre ami Alain Paucard qui, à son habitude, n’a pas la langue dans sa poche. Il ne s’aligne pas ; il sort du rang quand les idées sont à la queue leu-leu. « Que reste-t-il de la nation quatorzième aujourd’hui ? Son peuple, depuis la fin des années soixante, a subi la rénovation immobilière et sa spéculation. Véritable réfugié politique, il s’est souvent expatrié en banlieue, personne déplacée ». Où sont passés les Parisiens « fraternels et charmeurs » ?

 

͌

Si vous aimez Clément Marot, Théophile de Viau, vous ne résisterez pas au Chant du Malappris de Sylvoisal, un homme des quatre cents coups qui trouve Dieu dans le péché, qui inscrit dans sa préface ces deux phrases : «  Un peuple qui n’a plus vocation messianique, missionnaire et colonisatrice n’est plus un peuple. Un peuple qui cesse d’être un peuple de poètes et de saints devient un peuple de politiciens et de marchands ».

Sylvoisal prévient : « Mes poèmes ont la prétention d’être compréhensibles ». Voilà ce qu’on peut lire dans ce recueil de 366 pages à L’Âge d’Homme, 27 € : « La femme il me la faut/ comme le roi à l’échafaud/comme le blé à la faucille/comme le garçon à la fille ». N’hésitez par à ouvrir ce missel, livre d’impiété à l’usage de ceux qui ne s’en laissent pas conter, qui contient tout ce qu’il faut savoir de la vie. Un livre destiné à être lu pendant les sermons qui nous égarent.

 

 

« Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes… / Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés » (vers de Racine, Phèdre, IV, 2). À quel degré appartient le délit de Le Crime de Jacques Sommer, à paraître cet automne chez Pierre-Guillaume de Roux, éditeur ? Au lecteur de juger.

 

 

L’Islam, l’Occident et l’avenir d’Arnold J. Toynbee, Éditions des Malassis, 62 p. 9 €. Extrait de l’argumentation jointe au livre : « En 1947, Arnold J. Toynbee met au jour les effets de choc d’une civilisation sur une autre, le choc de la civilisation occidentale sur le monde islamique (islamistan, selon le lexique des experts de la CIA). En réaction, le monde musulman se scinde en deux fractions : les zélotes et les hérodiens, ce que les médias appellent « islamistes » et « modérés ». Ce que Toynbee décrivait et analysait, dans ce court texte, il y a plus de soixante ans, apparaît à l’œuvre aujourd’hui.

 

« Dans sa stratégie d’occupation de l’espace africain, la Chine n’ignore pas que, s’agissant de concurrence, les réalités de l’après guerre froide ont obligé les pays occidentaux à revoir leurs stratégies géopolitiques ». Le jaune et le noir. Enquête historique, de Tidiane N’Daye. Collection Continents noirs, Gallimard, 180 p. 18,50 €.

 

 
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Publié par le juin 1, 2013 dans Uncategorized