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Archives Mensuelles: septembre 2012

Une âme damnée Paul Gegauff, d’Arnaud Le Guern

Dans les années 50-60 le cinéma français se partageait les Champs-Elysées. Rien d’étonnant à ce qu’on y rencontrait, de jour comme de nuit, acteurs, réalisateurs, écrivains, journalistes, scénaristes et donc forcement Paul Gegauff (1922-1983). Avec talent Arnaud Le Guern restitue cette époque. Les comportements les moins raisonnables, les idées les plus farfelues prenaient racine. C’est dans cette exaltation permanente qu’apparaît tel le diable sorti de sa boite un homme qui jusqu’à l’âge de trente-trois ans n’avait pas fait grand chose. Une mémoire d’éléphant, une vaste culture, un comportement de dandy, ne doutant de rien, Gegauff se met à écrire dans le sillage de Stendhal, économe à la Chardonne, des romans qui ne manquaient pas d’allure. Mais la littérature rapporte moins que le cinéma. L’occasion s’est présentée : il ne cessera plus d’écrire pour des cinéastes, Rohmer, Clément, Duvivier, par dessus tout pour Claude Chabrol, compagnon des bons et mauvais jours, surtout les bons. Au fait, qui était réellement Paul Gegauff ? Un homme d’une « rigueur intellectuelle dans le désordre de la vie » disait Vadim. Le désordre et la nuit, l’alcool et la chasse, La Belle Ferronnière lieu de rendez-vous des filles jolies ; le drugstore de la rue Quentin Bauchart, où michetonneuses, étoiles filantes, actricettes en devenir circulaient avec l’espoir de changer de vie ; bouffe et bises à gogo, Castel jusqu’à l’aube. Paul Gegauff aimait inverser aphorismes et proverbes, décoiffer l’ordre moral ; la bienséance, s’assoir dessus ; ni gauche, ni droite, parce que l’humanitarisme l’emmerdait. Typique de cette époque et qui la résume, un éditeur malin annonçait la publication non expurgée des œuvres complètes de la comtesse de Ségur. Rions sous cape !

Alfred Eibel

Pierre-Guillaume de Roux éditeur, 185 p., 19,50 €.

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Publié par le septembre 23, 2012 dans Cinéma, Essai

 

Haut et court, de Philippe Cohen-Grillet

Au départ, un fait divers. Le fils et la fille, leur père et leur mère retrouvé pendus dans le salon  du pavillon familial. Puis vient la fiction. L’écrivain explique comment s’est préparé cette pendaison car il a fallu jouer collectif. A peine si l’acte fatal n’avait pas été mis aux voix. Tout suicide s’entoure de mystère et s’épaissit au fur et à mesure que les jours passent. Geste fatal qu’un voisin n’aurait pu concevoir. Les voisins, peu observateurs, répètent : on n’aurait jamais imaginé une chose pareille. Le père, un chieur professionnel, a du mal à la boucler. La mère ménage la chèvre et le chou. Le fils, un insoumis, un révolté. La sœur, une emmerdeuse de première. Les épisodes se suivent et ne se ressemblent pas. Philippe Cohen-Grillet, l’esprit vif, la plume ardente, nous invite à un départ à la retraite d’un gars qu’on envie. A moins qu’on pense bon débarras ! Le fils travaille dans l’alimentation. Une association caritative vient prendre régulièrement des produits à la veille de n’être plus consommables, pour les distribuer non sans grandeur d’âme, à de pauvres bougres qui ont perdu depuis longtemps leurs papilles gustatives. Le fils fait la connaissance de Caroline (il y pense sans cesse) secondé par un prof de français dans la débine. Et nous, devant l’avalanche des livres de la rentrée avons tiré des futurs décombres, ce petit livre frondeur, destiné, dirait-on, à ceux qui aiment se payer la tête des autres.

Alfred Eibel

Le Dilettante, 252 p., 17 €.

 
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Publié par le septembre 15, 2012 dans Uncategorized

 

Café panique, suivi de taxi stories, de Roland Topor

À déguster les unes après les autres ces histoires nées d’une fréquentation assidue d’un nombre incalculable de bistrots, plusieurs réflexions s’imposent. Les situations les plus invraisemblables montrent que la réalité dépasse la fiction ; que les modulations du rire suivent immanquablement les histoires à dormir debout ; que ce qui est bizarre, comme la revue du même nom, est cent fois plus crédible qu’un banal fait-divers. Roland Topor (1938-1997) romancier, cinéaste, dessinateur, acteur halluciné du Nosferatu de Werner Herzog, mêle la déraison au trait méchant. Sardoniques et grinçantes, ses histoires créent des sueurs froides. Sa marque de fabrique : « la déformation expressive ». Sa méthode : bousculer les pièces sur l’échiquier du quotidien en se passant des règles. Il sous-entend : réfléchir c’est mentir. Pour en avoir fait l’expérience, il sait que l’absurde s’impose au détriment de la logique. Pour Topor, la civilisation est aussi fragile que Le Grand Verre de Marcel Duchamp. Il note « la moralité se perd aussi vite que les dents ». Il est par ailleurs convaincu que les paranoïaques ont de vrais ennemis. Il nous livre l’histoire d’un chirurgien « qui s’est oublié dans le ventre de son patient ». Là où il révèle son génie, c’est quand il affirme avec l’assurance qui le caractérise que « tous les lieux se valent, surtout quand ils ne valent pas grand chose ».

Alfred Eibel

Editions Wombat, 186 p., 16 €.

 
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Publié par le septembre 15, 2012 dans Uncategorized

 

La revue Chiendent, cahier d’arts et de littérature, N°18 : Alain Paucard.

Cette revue consacre son numéro à Alain Paucard. Feu Jean Dutourd dit son mot, Frédéric, son fils, signe un ronchon chantant. Philippe Dumas, Trez, rallient le sommaire en l’illustrant. Bernard Leconte emboîte le pas, c’est le cas de la dire, à l’ami Alain. Pendant ce temps la belle Fatma Bekadar s’entretient avec le récipiendaire. Bien entendu Jean Tulard y va de son commentaire, constate que si « Alain Paucard aime le cinéma le cinéma ne lui a pas encore rendu ». Les hommages ne manquent pas, Jean Berteault, Roger Taillibert, Jean-Jacques Peroni en sont une vivante illustration. Jean-Michel Lambert évoque le « citoyen Paucard ». Maxime Schmitt rencontre Alain au Café des Mousquetaires. Quant à Philippe Lacoche, écrivain sensible, il évoque sa complicité avec le père Alain. La revue s’enrichit d’un texte de Dagmar Fedderke intitulé Die Geschichte mit A qui aurait pu éveiller les soupçons de Francis blanche dans Babette s’en-va-t’en guerre. Anne Martin-Conrad écrit ce qui est vrai, que ce qui caractérise les ouvrages d’Alain « c’est la spontanéité, la sincérité, l’engagement total ». Yes, sir aurait pu ajouter Robert Dalban. Laissons au lecteur la surprise de découvrir deux inédits du maître. Espérons que ces précisions vont décider les lecteurs à se procurer cette revue au prix de 3 € seulement.

 

Alfred Eibel

Editions du Petit Véhicule
20 rue du Coudray
44000 Nantes
http://www.petit-vehicule.asso.fr

 
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Publié par le septembre 12, 2012 dans Uncategorized

 

Rivegauchez-vous ! De Natacha Braque

Comment défendre son sol ; son socle pour être exact ; les écrivains français dans leurs différences, les écrivains parisiens principalement. Ils ont beau entrer en résistance, entre Les Deux Magots et Le Flore, retrouver un camarade chez Lipp, se goberger dans un resto à la mode. Il ne suffit pas de se montrer, encore faut-il avoir des lecteurs. Que ces lecteurs puissent librement choisir sans tomber sous la coupe d’un anglomaniaque ou se faire embarquer par des compradors d’une littérature étrangère, se faire passer aux yeux des copains pour un petit page au goût du jour. Brouter, ingurgiter, dévorer des littératures étrangères qui n’ont parfois d’autres mérites que celui de venir des îles lointaines ou de continents aux antipodes. Tant pis, nous ne sommes plus à la grande époque où l’on pouvait serrer la pince à Sartre, au Castor, où tout Castel se disséminait entre deux brasseries. Nous vivons un peu beaucoup de nos souvenirs. On a beau remémorer Roland à Roncevaux, les glorieux dizains ont rejoint l’Atlantide. En fait, ce que Natacha Braque souligne avec à propos c’est selon les saisons une sorte de tsunami qui vient gêner, repousser, consumer les écrivains français, mal défendus, méprisés, oubliés, cantonnés dans des articles format timbre poste ou relégués à l’égal d’un mauvais élève au dernier rang des librairies, biffés parce qu’il sont sans prix. Natacha Braque a du bagout, des arguments imparables, l’équivalent de ces crieurs de journaux du bon vieux temps. Il faut lire cette brochure, s’en imprégner, la faire circuler pour recruter de nouveaux adeptes.

Alfred Eibel

Les Editions de l’Opportun, 34 p., 4,90 €.

RENTREE LITTERAIRE 2012

 
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Publié par le septembre 10, 2012 dans Uncategorized

 

Tais-toi et meurs, d’Alain Mabanckou

Écrivain né au Congo Alain Mabanckou couvert de prix, Prix Renaudot 2006, s’attaque au roman noir avec des Africains à Paris, vieux congolais venus en France fin des années 60. Dernier arrivé de Brazzaville Julien Makambo, devenu Julien Montfort, grâce à un tour de passe-passe de sa communauté et à Pedro qui l’initie à la singularité d’être parisien. Roman réaliste aux situations baroques, aussi spectateur de Paris que Joseph Conrad le fut de la nature. Le lecteur franchit le seuil d’un monde où le système D est érigé en exemple. Chèques volés, falsifiés, papiers d’identités bidons, actes de naissance, permis de conduire fabriqués, revente de tickets de métro. On fait son beurre comme on peut. On est pape de la sape lorsqu’on porte de chemise Yves Saint-Laurent et chausse des Weston. Passe-droit, pistons trucs et tuyaux n’ont plus de secrets pour José. Il est sur la bonne voie. Il sait que la faune c’est les Blancs. Entre Africains règne le respect et les codes. En substance, dresser l’oreille, baster, bouche cousue, loyauté, vertus qui appellent un titre de noblesse. C’est pas sans risque d’être Noir à Paris. José sait que lors d’une cavale, aux heures de pointe, le métro est noir de monde et d’Africains. La défenestration d’une jeune femme un vendredi 13, accable José. Écrivant en prison appelée autrefois « Fresne-Prison, fin de rêve, Fresne-la-Belle, prison modèle ». Le cauchemar le submerge et va montrer son vrai visage.

Alfred Eibel

Editions La Branche, collection Vendredi 13, 220 p., 15 €.

 
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Publié par le septembre 10, 2012 dans Uncategorized

 

Les chagrins de l’Arsenal, de Patrice Delbourg

Patrice Delbourg aime jouer avec les mots délaissés. Ce romancier poète et chroniqueur littéraire avoue son penchant pour les rebelles. Il n’hésite pas à donner le coup de pied de l’âne à une ribambelle d’écrivains vaches sacrées auxquels on ne touche pas sous peine de crime contre l’humanité. Il met en scène un zigoto de première, Thimothée Flandrin, un livricide qui parque dans un Drancy littéraire, plumes distinguées, détenteurs de prix littéraires, académiciens, candidats à la postérité, avant de les envoyer par wagons entiers dans les camps de l’oubli. Imagine-t-on une seconde Proust finir comme Mademoiselle de Scudéry ? Pour conserver la forme Thimothée conseille de repousser la littérature bourrative, les pigistes de l’âme qui soupirent, les érotomanes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur sexe. Il en veut à ces « opus qui lui avaient pourri sa jeunesse », constate que les bons écrivains sont souvent les grands absents des manuels scolaires. Convenons que nous chargeons trop nos bibliothèques. Un vide grenier, évacuer une cave, quand la saison s’y prête, n’est-ce pas du bonheur ! Dans ce monde pressé trouve-t-on encore le temps de feuilleter un livre ? Une chose est sûre, ne pas manquer André Hardellet, Raymond Guérin, Emmanuel Bove, Georges Hyvernaud, Henri Calet, Louis Calaferte et le gros Charles-Albert, la tête ceinte d’un foulard bleu, enfourchant sa bicyclette, destination la vaste campagne, marauder dans les jardins fruitiers.

Alfred Eibel

Livre de la rentrée littéraire 2012

 

Le Cherche-Midi Editeur, 320 p., 18,50 €.

 
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Publié par le septembre 6, 2012 dans Uncategorized