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Archives Mensuelles: mars 2013

EN FEUILLETANT, EN SURVOLANT (8)

         « Ne sommes-nous pas rescapés d’un monde qui n’est pas le nôtre, qui nous  est imposé, sur lequel nous devons marcher comme si nous avions été  projetés sur la lune? » C’est la question que l’on peut se poser en lisant « Le Meurtre » de Jacques Sommer à paraître cet automne chez Pierre Guillaume de Roux éditeur.

 

        « La plupart des gens, moi compris, se sentent valorisés s’ils peuvent vous raconter quelque chose qu’ils savent et que vous ne savez pas. Cette impulsion est la plus grande alliée du reporter, et aussi du policier. Il faut parler aux gens… comme vous êtes en train de le faire à ce moment précis! »

 

        Extrait de Exclusif Tom Wolfe se confie à Libé. Interview. Libération du 23 et 24 mars 2013.

 

   Gilles Morris- Dumoulin, 200 romans, 200 traductions des meilleurs écrivains  de romans criminels américains, connu comme le loup blanc dans le milieu dit du polar, vient de publier un roman qui renouvelle complètement le genre policier. « Le Bout de l’Horreur » signé G. Morris vient de paraître aux  Editions Genèse (173 pages, 17, 50 E) « Gilles Morris -Dumoulin à l’affût de l’actualité nourrit son œuvre de modernité, sous ses formes les plus variées, sous des apparences séduisantes qui dissimulent le pire. Il faut se souvenir de l’œuvre d’Aldous Huxley quand celui-ci dans « Le Meilleur des Monde »  imagine la notion même d’individu « effacé ». Il faut se méfier de notre homme, le ton bon enfant de ses narrations tournent très vite au cauchemar ».

 

        Frédéric Dard (San Antonio) a déclaré un jour qu’à ses yeux seuls deux écrivains de romans populaires savaient écrire: Gilles Morris-Dumoulin et lui. Il fallait avoir le courage de le dire.

 

        A lire sans tarder « Sauvages Blancs! » par Jossot ( Editions Finitude, 172 P., 9 E) . Voilà ce que dit la quatrième de couverture: «  Jossot n’aime pas les tièdes, pas plus qu’il ne supporte la bêtise, l’ignorance ou les préjugés qu’il fustige dans ses caricatures. Lorsqu’en 1911, en pleine gloire, il abandonne ses pinceaux et quitte la France pour s’installer en Tunisie, il est à la  recherche d’un monde nouveau. Alors Jossot trempe sa plume dans le vitriol et ne fait plus de quartiers ;  il rue dans les brancards et sait choisir ses sujets : les raisons de sa conversion à l’Islam, les méfaits de l’instruction, le port du voile, l’intégrisme religieux, « l’assimilation » avilissante, la folie meurtrière des états, le droit à la paresse, la course irraisonnée aux profits.

 

 

Alfred Eibel.

 

 

 

 

 

 

 
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Publié par le mars 31, 2013 dans Uncategorized

 

Albert Dunkel, écrivain de génie, tueur en série, de Michael Siefener, Serge Safran éditeur, 235 p., 19 €.

 La création littéraire est issue de fonds obscurs. Pourquoi ne pas montrer étape par étape le montage d’une œuvre, ce qu’elle révèle de troublant ; allons plus loin, de crapuleux. Michael Siefener s’est attelé à cette tâche difficile. Avec Albert Dunkel on pénètre dans des zones obscures. Il a été durant des années le souffre-douleur de ses camarades d’école. Richard von Krafft-Ebing (1840-1902) qui s’est consacré à l’étude des maladies mentales aurait vite diagnostiqué chez Dunkel, suite aux persécutions dont il fut la victime, un apprenti sadique, un malfaiteur au sens où l’entendait Julien Green, un désespéré absolu et par voie de conséquence un criminel en puissance. Heinrich von Maulschweig (1873-1938), le grand psychiatre viennois, a écrit, suite aux séances de quelques écrivains, que s’ils n’avaient pas écrit ils seraient devenu des criminels. N’a-t-on pas lu quelque chose de semblable à propos de Fritz Lang ? Le drame d’Albert Dunkel auteur de plusieurs romans remarqués, n’a pas pour autant renoncé à tuer. Celui qui déclarait avoir été un premier de classe, lecteur de Lovecraft, victime d’une mère castratrice, solitaire à l’exemple de Peter Lorre dans M le maudit, ne pouvait se satisfaire que par l’écriture. Confronté à l’incommensurable. Albert Dunkel vécut dans un monde de violence et de cynisme ; un monde absurde, déchiré, spectateur d’une civilisation en déclin, un monde paralysé par le renoncement et par la lâcheté. Il fallait qu’il se fasse entendre : N’a-t-il pas déclaré « Dieu m’a enfin entendu ! ». Pour secouer un peuple pris de léthargie, il fallait qu’Albert Dunkel le réveillât, car « L’homme est tout espoir. Lorsque l’espoir a disparu, il n’est plus que néant », notamment par son roman Les Mille yeux du Cauchemar (allusion au Dr. Mabuse). Propagandiste du pire, à l’exemple du Dr. Goebbels, prétendant pouvoir diriger, communiquer par contact ou à distance, à l’exemple de Franz Anton Mesmer (1734-1815) Albert Dunkel pétri d’incertitudes et d’angoisses, homme violent envers sa femme, au comportement irrationnel, inspire le dégoût ou attire. On connait l’intérêt que peut susciter chez le citoyen des personnages qui sentent le souffre. Une société « frankensteinisée » ne peut au bout du compte que voir se dresser devant elle, un homme comme celui-ci, fou et dangereux, qui dans un de ses romans décrit des meurtres avec un sadisme peu commun. Cet homme n’hésite pas à déclarer que l’Histoire n’est qu’un immense engrenage. Il a mauvaise conscience, il en joue, avance à tâtons dans les ténèbres. Il laisse ceux qui l’approche dans un état d’incertitude. Il fréquente l’obscur, le douteux, le confus. Il est l’ami des secrets. Le définir, c’est la bouteille à l’encre, d’une société composée d’hypocrites, de profiteurs. Sa singulière attirance pour les cimetières en a bluffé plus d’un. Sans domicile, il rôde la nuit, à la recherche d’un abri. Près de soixante ans après la fin du IIIème Reich, d’étranges rêveurs hantent encore les rues, des sorciers peu ordinaires, des êtres insaisissables, dans un monde « synonyme de maladie, mort, putréfaction et autres calamités ».

Dunkel est la prototype de cela. Ses cris inquiètent. Son occultisme laisse perplexe. Michael Siefener en biographe scrupuleux abandonne aux lecteurs plusieurs interprétations possibles. On sait par expérience que tout tyran commence par écrire des poèmes, loin de ceux de Trakl (1887-1914), Gottfried Benn (1886-1956) ou Paul Celan (1920-1970) qui ont pressenti les images cruelles et violentes à venir. S’il fallait s’appuyer sur quelques prédécesseurs de Michael Siefener, nommons Jorge Luis Bergès ou Arno Schmidt. Traduit avec talent, cette biographie se lit comme un roman criminel (krimi en allemand) comme une série de faits-divers, les uns plus impressionnant que les autres, à vous donner des sueurs froides.

Alfred Eibel

 
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Publié par le mars 31, 2013 dans Uncategorized

 

Eric Dussert : Une forêt cachée. 156 portraits d’écrivains oubliés.

 Dans son avant-propos à son XVIIème siècle. Recherches et portraits (Denoël) André Lebois écrit : « Le siècle que l’on croit connu, à cause des manuels et des tombereaux de commentaires déversés sur cinq ou six « grands » – les malheureux ! – toujours les mêmes, qui n’en peuvent mais… Ce terrain que l’on croit exploité, fouillé, retourné à la houe et à la serfouette, et dont tant d’hectares demeurent en friche… Ce filon que l’on croit épuisé, et qui recèle tant de trésors… ». On en dira autant du livre d’Eric Dussert préfacé par Claire Paulhan qui écrit : « Qui sont des « personnages cardinaux », absents des manuels et des dictionnaires ? Qui sont ces humbles, injustement négligés, vaincus par une postérité désastreuse ? ». Par bonheur, Eric Dussert, en avocat passionné, nous restitue ces destins malchanceux. Bon nombre étaient connus de leur vivant, lus, appréciés, parfois académicien. Oui, la postérité est un jeu de hasard. Ceux qui ont fait naufrage égalent ceux qui sont portés aux nues. C’est une nécessité que de plaire aux universitaires, sinon pas de salut. Vous ne voyez que Diderot ? Incliner la tête, vous apercevrez Caylus (1692-1765) il en vaut la peine. Vous lisez Balzac ? Posez un instant votre livre, emparez-vous d’Alphonse Karr (1808-1890) « maître du pamphlet et de la pique assassine ». N’hésitez pas à ouvrir L’ascension de M. Baslève d’Edouard Estaunié (1862-1942) « roman d’une veine balzacienne » certes mais qui annonce Georges Simenon. Vous ne jurez que par E.M. Cioran ? Absorbez Les nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon (1861-1944) ; par ce génie, Suisse de surcroit, Henri Roorda (1870-1925). Vous aimez l’aventure, Jules Verne ? Vous aimerez Les Tortues de Loys Masson (1915-1969). Suivez le guide des écrivains qui voyages : Claude Anet (1868-1943), Théo Varlet (1878-1938), Maurice Dekobra (1885-1973), Albert t’Serstevens (1885-1974). Vous vous indignez ? Lisez Victor Barracand (1866-1934). Vous aimez la guerre ? Procurez-vous sans tarder La Peur de Gabriel Chevallier (1895-1969). La lecture d’Armel Guerne (1911-1990) vous évitera bien des livres inutiles. Amateurs des chroniques d’Alexandre Vialatte, sachez que les chroniques dispersées à tous vents d’Armand Guibert (1906-1990) une fois réunies en volume, en épaterons plus d’un. Vous mordez à l’œuvre de Paul Claudel, alors, prenez le temps de tanguer avec le mystérieux Basile Sainte-Croix (1901-1987). On irait bien au-delà… Laissons le lecteur s’égarer dans cette forêt qui a valeur d’un conte des frères Grimm. L’écriture d’Eric Dussert n’est pas celle d’un comptable. C’est un écrivain. Son affection pour les auteurs qu’il présente est grande. Sa tendresse rend la lecture de ce livre captivant.

Alfred Eibel

La Table Ronde, 605 p., 20,60 €.

 
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Publié par le mars 31, 2013 dans Uncategorized

 

A propos de Drieu La Rochelle. Remarques sur quelques lectures et relectures (suite 3)

À ce sujet, Frédéric Grover, dans l’essai qu’il lui a consacré, rapporte que, Marcel Arland ayant loué ce Feu follet (mais non à la NRF, qui ne daigna en rendre compte) ; Drieu lui écrivit une lettre de reconnaissance émue, affirmant qu’il l’avait écrit au fil de la plume, pour se décharger d’un poids – alors que le manuscrit conservé atteste cinq ou six réécritures pour plus d’un épisode. Pose courante, mensongère revendication d’irresponsabilité que l’on débusque chez les plus insignes aussi bien, un vieil obscurantisme en l’occurrence n’ayant pas achevé ses ravages.

Ajoutons que cette qualité « d’application au style » (Mallarmé), on la goûte non moins dans plusieurs des nouvelles de La comédie de Charleroi, à commencer par celle qui baptise le recueil : dont Malraux déclarait, non sans quelques extravagance – ou, pour user d’un adjectif remis, à l’en croire, en usage dans la langue française par lui-même : de la façon la plus farfelue – qu’il était Le Guernica de Drieu : œuvre au surplus non de la meilleure de Picasso, à beaucoup près. (Evoquant le Malaguène en Espagne même, Gilles-Walter, le citant parmi « l’immense maladie » de Paris et du monde moderne, parle de « son fulgurant aveu final », ce qui n’est certes point éloge).

 

 

Attaque du Feu follet : « A ce moment là (celui de l’orgasme), Alain regardait Lydia avec acharnement ». Dernier paragraphe (le suicide) : « Un revolver, c’est solide, c’est en acier. C’est un objet. Se heurter enfin à l’objet ».

 

Pierre Crescent (la suite la semaine prochaine)

 
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Publié par le mars 28, 2013 dans Uncategorized

 

En feuilletant, en survolant (8)

Matulu, années 70, réactionnaire en diable ou diablement d’avant-garde ? Dès 1972 l’ami Claude Schmitt découvre Albert Cossery et ses Hommes oubliés de Dieu (N°14, mai 1972) ; dossier Henri Calet qui doit sa notoriété à Jean-Pierre Martinet ; dossier Alexandre Vialatte soutenu par Jean Dutourd, bien avant que Vialatte devienne à la mode. Dossier Etiemble, dossier Judrin, concoctés par Alfred Eibel. Des notes de lectures sur des écrivains délaissés. L’ardeur d’André Fraigneau à défendre Pierre Loti. Il y a quarante ans déjà. On feint de découvrir Albert Cossery. Les faits sont là. N’en déplaise à Blaise.

*

 Les défenseurs de Casanova devraient s’intéresser à son contemporain Joseph Gorani (1740-1819) aventurier italien, auteur de Mémoires pour servir à l’histoire de ma vie, une des personnalités les plus intéressantes du siècle des Lumières en Europe. Gorani écrit : « Les imperfections qu’on remarque dans les femmes ont pour cause générale les vices de leur éducation et les vices des lois, en sorte que c’est aux hommes que l’on doit reprocher les défauts des femmes ; ce sont eux qui les rendent frivoles, ineptes, fanatiques, superstitieuses, et qui rendent funeste à la société leur faiblesse et leur sensibilité, qui dans l’ordre de la nature, devraient être des sources de bonheur et de consolation ».

 *

 A-t-on le droit de supprimer un individu qu’on estime nuisible à la société ? Scandaleuse question. Ceux qui aiment argumenter, batailler, discutailler, se disputer, feraient bien de lire Le Meurtre de Jacques Sommer, à paraître cet automne chez Pierre-Guillaume de Roux éditeur.

 

Alfred Eibel

 
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Publié par le mars 25, 2013 dans Uncategorized

 

Gabriel Matzneff : Séraphin, c’est la fin !

Le bruit court : Gabriel Matzneff a l’esprit de synthèse. C’est vrai. Cet écrivain est très attentif, indifférent aux modes. A toujours refusé ce qui aurait pu améliorer son ordinaire. Cela aurait été au prix de compromissions. Depuis son premier livre à celui-ci, il en endosse seul la responsabilité. Son œuvre est donnée. Elle ne cherche pas à tout prix à capter un public. Elle se défend seule d’être happée par ses groupies. C’est le bel hasard, c’est le bouche à oreille. Matzneff ne nourrit aucune illusion touchant l’avenir de la liberté, de la beauté, des diverses passions qui aura empli sa vie d’homme et inspiré son travail d’écrivain. Il est dans le meilleur sens du mot un voyageur sans bagage. Dans l’attente du pire, toujours certain. Donc, pas une minute à perdre. Foin des questions inutiles. Dans ses chroniques religion et politique se succèdent. En alternance. Païen et chrétien selon la situation. Son blason : « Jouir de l’instant présent ». Mal aimé par ceux qui voudraient le maintenir dans une case. A l’improviste, il jaillit de sa boite sourire malicieux. Il sait que l’époque n’est pas favorable aux écrivains. Il assume, ne se renie pas, fait la nique aux bonnets de nuit. Cet homme peine à dissimuler son impatience. Il est le représentant type d’une catégorie d’écrivains en voie de disparition. Il est entré en écriture comme on entre en religion. Il concilie Chestov, Schopenhauer, Tintin, le cinéma, Casanova, Harry Potter, Agatha Christie. Ne laissons pas passer la chance de le lire : son livre, un jardin des délices.

Alfred Eibel

La Table Ronde, 266 p., 18 €.

 
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Publié par le mars 25, 2013 dans Uncategorized

 

HITCHCOCK ET SES BLONDES FLASHANTES

Hitchcock et « ses » blondes, Hitchcock et le sexe, Hitchcock et ses héroïnes, Hitchcock et ses « méchants », Hitchcock et ses actrices… autant de thèmes qui intriguent depuis longtemps le cinéphile et excitent la curiosité du spectateur novice. Grande est la tentation de voir en cette œuvre piégée, délicieusement perverse, un reflet de la vie très privée d’un réalisateur devenu au fil des ans l’un des plus célèbres de la planète. Ces réalisateurs aussi « pervers » que Buñuel, Sternberg, Stroheim, David Lynch ou David Cronenberg pourraient raisonnablement inciter la critique aux mêmes investigations, mais celle-ci s’en abstient, avec un respect craintif. Avec le Maître, toute retenue semble par contre oubliée, et il est devenu de tradition d’autopsier et psychanalyser Hitchcock avec le même entrain qu’il mettait à assaillir ses victimes.

Le court essai de Serge Koster est signé d’un authentique amoureux, qui vibre à six des divers films de « de blondes » que comprend l’œuvre hitchcockienne. L’angle choisi, aussi étroit qu’il puisse sembler à première vue, permet de balayer de vastes pans de ce cinéma, tout en donnant libre court à une écriture intuitive et lyrique. Les métonymies sont abondamment invoquées dans cette lecture, certaines fragiles et contestables, d’autres réellement éclairantes. On apprécie ainsi les rapprochements faits entre les trois films de Grace Kelly (LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT, LA MAIN AU COLLET, FENÊTRE SUR COUR) autour du thème du mariage, qui émerge ainsi comme une donnée fondamentale de l’inspiration hitchcockienne. Partant de là, le lecteur est incité à apprécier ce qui rapproche, par exemple, REBECCA et son « jumeau » SOUPÇONS des ENCHAÎNÉS, LES AMANTS DU CAPRICORNE, LE PROCÈS PARADINE, etc. L’assimilation du chignon au sexe féminin paraît aussi incontestable, et Koster se livre ici à quelques fines variations sur ce cinéaste « qui ne laisse rien au hasard quand il s’agit des raffinements du désir et de faire se toucher les corps en évitant les crudités de la chair ». J’aime le rapprochement fait entre l’effort d’Hitchcock pour remodeler la Kim Novak de VERTIGO et celui de James Stewart, acharné à recréer sa Madeleine ; je goûte ce beau raccourci pour définir le couple impossible que forment « une vivante d’entre les morts, sous le regard d’un amant des ombres », et cette longue description de la magistrale scène du wagon-restaurant de LA MORT AUX TROUSSES, où « le sourire railleur (d’Eva Marie Saint) est une invite à la retenue autant qu’à la dépravation ». Après ces sommets, les deux films de Tippi Hedren ne peuvent que décevoir par leurs violences rageuses, et Koster grossit à peine le trait en y voyant « le tombeau de la blondeur ».

Porté à un enthousiasme sans frein, Koster se laisse aller à des éloges dont la démesure prête à sourire. Qui peut soutenir que « seul Alfred Hitchcock a conféré aux stars une dimension mythique » et un tel pouvoir de rayonnement ; que le génie d’Hitch a créé avec ses « actrices enchanteresses » une « constellation esthétique et érotique à nulle autre pareille ». Plus gênants que ces plaisants emballements me paraissent être les dérapages et chutes dans la trivialité (« Comment dissimuler que la messagère de la mort a aussi le feu au cul », à propos d’Eve dans LA MORT AUX TROUSSES), l’incise gratuite sur la liaison de Kim Novak et Sammy Davis Jr, l’interprétation délirante de « l’Introducing Tippi Hedren » des OISEAUX, la fixation sur les « fentes » du sac à main de Marnie, sans parler du « phallus de bois » (?) qu’est censée cacher Grace Kelly dans sa vanity-case de FENÊTRE SUR COUR.

Reste qu’au-delà de ces réserves, l’essai se révèle enrichissant et captivant. Il mérite une lecture attentive, qui apportera encore des surprises, même à ceux qui possèdent une bonne connaissance des films cités.

Olivier Eyquem

Serge KOSTER : « Les blondes flashantes d’Alfred Hitchcock », Éditions Léo Scheer, 2013, 86 pages, 15 €

 
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Publié par le mars 24, 2013 dans Uncategorized