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Archives Mensuelles: février 2018

Le Roman d’amour de Georges Sand, de Geneviève Chauvel

Plutôt jolie femme, esprit libre, libre sexuellement, libre de penser et d’agir. Une vie difficile, compliquée, peu exaltante, avec une mère dominée par ses fantasmes. Esprit mélancolique, Georges Sand (1804-1876) se trouve au bord du désespoir. Et pourtant une carrière littéraire prolifique qu’on aurait tort de négliger. Geneviève Chauvel montre avec simplicité et justesse ce phénomène de la littérature dont Flaubert disait que « c’est une des illustrations de la France et une gloire unique ».

 

Alfred Eibel.

Éditions de Borée, coll. « Vents d’Histoire » 289 p., 19,90 €.

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Publié par le février 27, 2018 dans Uncategorized

 

Le dernier porc, d’Horace Engdahl

« Un homme, dont le couple vient de voler en éclats, essaie de recoller les morceaux ». Ne nous leurrons pas, recoller, cela relève de la plus haute fantaisie, une espérance sans stances et chose artificiellement présentée pour attirer et tromper. Horace Engdahl passe en revue les sentiments parmi lesquels figurent en bonne place ces trois mots : faire bon visage ; de même que les bonnes manières ne sont plus acceptées ; de plus, on le sent, au fond de sa caboche l’homme est présenté comme un pharisien. Du coup, l’imagination galope. Un aphorisme dit par l’homme est accueilli par la femme comme un aphorisme aphone. Elle semble avoir murmuré à l’oreille de l’homme : moins d’exaltation, plus de raison. L’homme insiste, déclenche l’alarme, insiste à nouveau et cette insistance se métamorphose en harcèlement. Il semble que la partie est perdue. Le cochon n’est pas loin. L’homme doit prêter serment. Il s’assagit et se range. Cochon qui s’en dédit ! Mais elle répond par un sourire narquois. Il est vrai que le cochon s’apprivoise comme un chien. Élevé pour être abattu, le cochon devient un porc. Mais l’homme ne renonce pas à sa reconquête. Il se sent désarmé, sans cause à défendre, il patine, veut croire encore à une réconciliation. Une voix lui murmure : doux rêve ! Ici sont appelés à la barre de l’homme désarçonné Strinberg et quelques personnalités suédoises. Cependant l’insatisfaction demeure. Horace Engdahl n’a pas la science infuse. Il faudrait pour cela avoir filmé le ménage à son insu au ralenti. Au fait, et si c’était une petite allumeuse ? Quelle horreur ! La vie c’est quoi « si elle n’a pas le prolongement dans la mort ». Traiter, raisonner, on devient philosophe. L’homme arrive à cette extrémité quand il se sent encagé pour l’éternité.

 

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 102 p., 14 €.

 
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Publié par le février 27, 2018 dans Uncategorized

 

Montmartre ensorcelé, d’Alexis Boucot

Paris 1900. Exposition universelle. Ses quartiers, Barbès, Clichy, la Goutte d’Or, Montmartre, la rue Polonceau. À l’époque on savait encore mijoter des phrases. Entre mauvais songe, cauchemar, rêve tiré d’un mauvais horoscope, les filles d’un orphelinat courbent l’échine. Un climat étrange enveloppe le soir quand les noctambules se mettent en marche. Morne plaine et nuit blafarde. L’atmosphère rejoint l’épouvante à croire qu’un improbable Peter Cushing traverse la rue. L’obscurité entre les mains d’Alexis Boucot dépasse les forces de la nature puis s’illumine brusquement.

 

Alfred Eibel.

Éditions Marivole, 234 p., 20 €.

 

 
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Publié par le février 27, 2018 dans Uncategorized

 

Le tour du monde de Chine en 80 ans, de Jacques Pimpaneau

«  J’ai passé une grande partie de mon temps à étudier la culture chinoise, et c’est cette démarche que j’essaie de relater ici ». Mais c’est aussi durant une grande partie de son temps que Jacques Pimpaneau, montreur d’ombres, libertaire, qui n’oublie pas Rossini, Shakespeare, Corneille, Racine, Molière, Mozart qu’il emporte avec lui lorsqu’il se rend en Chine, faisant ainsi le joint entre deux civilisations. Son tour du monde fait office de traité destiné à celui qui ne veut être nulle part au sens où l’entend André Dhôtel, loin des spécialistes, des sinologues patentés, des personnages habiles par l’expérience d’une pratique et loin des politiques ; plutôt est-il empreint de poésie et partisan des fantasmes nourriciers et abstentionnistes au sens le plus large du terme. Amateur de rencontres individuelles, avec respect, mêlant anecdotes et réflexions. Pimpaneau a passé sa vie à s’affranchir des concepts esthétiques préexistants. Il aime les grands livres de la Chine antique sur la spiritualité au-delà des croyances. Bref, il fuit les excès parce qu’il a intégré les lois non écrites, revendiqué sa marginalité, sous-entendu son refus de se plier aux normes de la société. Il conseille d’ailleurs d’oublier les succès. Il est un libertin dans l’acception de celui qui ne saurait s’assujettir aux lois de la religion. Lecteur assidu de Pierre Klossowski (Robert le soir), de Georges Bataille (La part maudite), de René-Louis des Forêts (Le Bavard), il enjambe les siècles et se retrouve en l’écrivain et poète Tao Yuanming (365-427). Il admire son détachement, son union entre son jardin et l’homme, et l’art de s’élever au-dessus des contingences, des intempéries et des trépidations de l’Empire.

 

Alfred Eibel.

Éditions de l’Insomniaque, 125 p., 10 €.

 
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Publié par le février 18, 2018 dans Uncategorized

 

L’éternité des ânes, de Daniel Henriot

Rendre sensible un territoire, le faire vivre, les Ardennes, dont Daniel Henriot est issu, qui figure « une clairière au milieu des légendes ». C’est à son retour d’Afrique à propos de laquelle il note « les fleuves africains m’enlacèrent », qu’il tente de faire sortir de leur torpeur ses souvenirs issus du domaine paternel et lieu de divers drames dont celui de son émancipation, ce qui ne fut pas une mince affaire, lui dont l’ambition n’était qu’une – celle de sa liberté. Après la forêt africaine, amas de choses et menues, Henriot se devait de retrouver la grande symphonie du temps de la forêt, tantôt à la façon du Morand de Parfaite de Saligny, tantôt à la façon de Balzac si minutieux dans ses descriptions, dans les détails pour mieux emprisonner son sujet. Quelle large palette est ici rapportée avec la sérénité de celui qui contemple le monde sans en devenir captif. Son écriture prend de la hauteur, on y trouve dispersées des propositions générales qui lui servent de règle. Témoin d’autres désastres, la guerre, l’Occupation et ses apôtres, il les a vécus avec un détachement jungerien, ce qui lui fait écrire qu’il se considère comme un libre penseur dans une « société du qu’en dira-t-on ». Daniel Henriot n’appartient à aucune chapelle. Il se voit passeur d’un monde dépassé. Il sait que chaque individu a sa longue vue. La sienne consiste à ne jamais cesser de s’instruire. Il est difficile de donner un bon aperçu de la richesse de ces souvenirs dans lesquels Daniel Henriot déroule une existence faite de merveilles et de désenchantements, car cet homme en a vu de toutes les couleurs durant sa vie, contemplé tant de paysages contrastés.

 

Alfred Eibel.

Pierre-Guillaume de Roux éditeur, 264 p., 20,90 €.

 
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Publié par le février 18, 2018 dans Uncategorized

 

Les Biffins, de Marc Villard

Paris la nuit, clignote, grignote, vaporise, théâtre d’ombre, émigration, motus et bouche cousue, souffrances, incendies volontaires, quatre heures du mat et une météo qui n’en fait qu’à sa tête. Rondes de nuit de la jeune Cécile et du Samu Social, son cœur sur des lignes de métro, vole au secours des baladins en ballade. Difficile d’insérer son emploi du temps dans un temps qui passe. Son dévouement c’est bien joli, mais la fatigue sape l’abnégation. Marc Villard est un des meilleurs écrivains du Paris souterrain où la nuit retrouve de l’air. En peu de mots il dit l’essentiel et le rend vibrant. « Dans le social il faut changer, on finit par se lasser de la routine » pense Cécile qui change de cap, son énergie au service des biffins, ces vendeurs à la sauvette étalant leurs marchandises, objets mal assortis, sur des tapis de fortune. Cécile fréquente les bars occultés, les bistrots mal famés, les cafés sympas. L’essentiel est pourtant sur le bitume. À Barbès, rue Myrha, à la Goutte d’Or, rue Polonceau et ailleurs.

 

Alfred Eibel.

Éditions Joëlle Losfeld, 117 p., 12,50 €.

 
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Publié par le février 12, 2018 dans Uncategorized

 

L’une et l’autre, de François Cérésa

À l’allure d’un TGV file ce roman. Marc a soixante berges, l’amour et par voie de conséquence le corps en prennent un sacré coup, ça ne fait pas un pli. À penser au film Les félins, Marc finit par comprendre que la jeunesse de Melinda n’est plus au rendez-vous avec Jane Fonda et sa peau de pêche. Les critiques affluent, donnent des boutons, l’humeur mauvaise prend corps et Marc songe aux « trente glorieuses », comment les ressusciter. Bavardages, baise, blagues, boissons, bombance, bonheur, lire Henri Béraud. Le couple se crée des chapitres passablement bousculés. Rien de plus joyeux que de bêtifier. Des failles se font jour, on se sent des ailes. S’exprimer, ce vice impuni. L’humeur change selon la côte. Tous en scène pourrait-on dire. Griller une cigarette, griller sa vie. Marc et Melinda ne cessent de s’éblouir. La littérature, le cinoche, mélange de réminiscences. Ils tirent la vie comme on tire le vin ou le diable par la queue. Le couple se donne des airs bravaches. L’un rafraîchit la mémoire de l’autre et vice versa. Marc chtarbé ? Allons, allons ! Melinda caractère de cochon ? Et quoi encore ! À force de penser à la Jane de 1963, un miracle se produit après tant d’impressions éparpillées. On ne s’étonnera pas que François Cérésa pratique le steeple-chase littéraire pour secouer notre indolence.

 

Alfred Eibel.

Éditions du Rocher, 218 p., 18 €.

 
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Publié par le février 12, 2018 dans Uncategorized