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Archives Mensuelles: mai 2014

La villa du lac, de Sylvie Nordheim.

Comme chez la grande Ivy, les drames tournent autour d’une maison hantée par la maturation d’une âme, par les indifférences subtiles des aspirations individuelles, alors que Florence vient d’hériter d’une villa non loin de Hambourg au bord d’un lac. Qui suis-je, Wer bin ich, s’interroge Florence dont les parents ont fui l’Allemagne en 1933. La confusion des sentiments, les rencontres fortuites, les confessions tardives, la rivalité des générations, l’orgueil et les préjugés font de ce roman une saga. On passe d’un monde à un autre faisant resurgir les mots coulés au fond de la mémoire. Car pour Florence, l’essentiel est de se reconstituer à partir d’éléments troubles, connaître la vérité sur la mort de son père. La minutie de ce roman qui ne fait impasse sur aucun différend, le côté envoyé-c’est-pesé des dialogues, son lyrisme nous plongent au meilleur sens du mot dans un romanesque qui a toute sa justification.

Alfred Eibel

Éditions Lucien Souny,

204 p. 16,50 €.

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Publié par le mai 30, 2014 dans Uncategorized

 

HITCHCOCK, ROMAN, de René Bonnell

VERTIGO PLONGÉE
Que serait devenu Alfred Hitchcock sans le cinéma ? Et surtout : que serait devenu le cinéma sans Hitchcock ? Il aurait sûrement continué d’exister, sous toutes les latitudes, avec des bonheurs divers, mais sans ces pincements, ces délicieux frémissements, ces fulgurances prodigués par le Maître.

Rêver « avec » Hitch, se laisser bercer par ses visions perverses, leur inventer des prolongements fictionnels est une tentation naturelle pour le cinéphile/écrivain. Certains s’y sont sans doute déjà essayé en secret, hésitant à se mesurer à visage découvert à celui qui fit un art de ses dissimulations…

Cinéphile émérite, romancier, homme du sérail, René Bonnell connaît son Hitchcock sur le bout des doigts. Il lui suffit de poser les prolégomènes d’une intrigue « hitchcockienne » pour que s’enchaînent, en une divertissante combinatoire, les réminiscences de l’œuvre et de la vie du cinéaste. Soit à imaginer une rencontre entre un génial créateur à bout de souffle et une jeune fan, retorse et intrigante. La tentatrice – douterait-on ? – possède la minceur, la blondeur et la froideur d’une Tippi Hedren. Mais que cache sa dévotion au Maître ? Qu’attend-elle de lui ? Et lui, qui n’a jamais concrétisé ses fantasmes ailleurs qu’à l’écran, qu’espère-t-il ? Une conquête ? Il n’en fut jamais question, même lorsqu’il était en âge. Alors, que lui reste-t-il d’autre à inventer pour enrichir l’écran intime de ses siestes et de ses rêves? Jouer, une fois encore les Pygmalion auprès de cette petite Carol tombée du ciel ; avec sa complicité forcée,fouiller pour la dernière fois la blessure dont il ne s’est jamais guéri.

René Bonnell déroule avec un plaisir communicatif les étapes d’une séduction réciproque, et complexifie la donne en introduisant de nouvelles figures de la perversion. Qui sert qui dans ce jeu triangulaire ? Qui domine l’autre, et pour combien de temps ? La mort est au tournant, rien ne saurait l’arrêter, et chacun a en tête les pathétiques images d’un Hitchcock en fin de vie. Reste un immense héritage artistique, dont Carol saura un bref instant tirer profit. Marquée à jamais par le Maître, mais libérée de sa tyrannique emprise, Carol parviendra à s’accomplir avec ses propres armes. Elle connaîtra le succès, ses miroitements infinis, pour tomber dans un nouveau piège, tout droit sorti celui-là de l’éblouissant final d’ALL ABOUT EVE…

Olivier Eyquem

René Bonnell : « Hitchcock, roman », collection Vert Paradis, éditions Hermann, 2013, 18, 50 €

 
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Publié par le mai 27, 2014 dans Uncategorized

 

Dernières nouvelles du jazz, de Jacques Aboucaya

Quinze fictions autour du jazz rehaussées de réalités. Cette musique rythme l’amitié des hommes. La tension monte. Jacques Aboucaya communie avec ferveur, tend vers la transparence, sans fausses notes ; vers le dire le plus juste à propos des interprètes les plus illustres, les plus contrastés. Parfois les pionniers se rappellent aux bons soins des joueurs free. Quant aux standards, il faut être en mesure de les renouveler. N’est pas Monk qui veut avec Tea for two.

Alfred Eibel
Editions de l’Âge d’Homme
161 p., 15 €.

 
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Publié par le mai 23, 2014 dans Uncategorized