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Madame de Lambert, De l’amitié

« Tout sentiment qui s’affaiblit tombe ». Une vie sans amitié est une vie sans charme. L’amitié oblige. En se dérobant elle s’affaisse. La vertu est la condition d’une amitié solide. Un malentendu est difficilement réparable. Qu’on se le dise ! Madame de Lambert (1647-1733) enchaîne. Ces qualités de cœur sont plus nécessaires que celles de l’esprit. Ce qui compte, c’est le fondement de l’amitié. Mais attention, il se peut qu’il s’effrite. Le temps use parfois ce qui paraît durable. S’il faut rompre, rompons mais sans éclat. Évitons les aigreurs qui sont proches des maux de ventre. N’hésitons pas à faire un retour sur nous-mêmes. À bon entendeur, salut !

 

Alfred Eibel.

Rivages poche/Petite Bibliothèque, 99 p. 7 €.

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Publié par le avril 7, 2018 dans Uncategorized

 

Madame de Lambert, Avis d’une mère à sa fille

Cela paraît-il aller de soi ? Pas si sûr. Pas pour tout le monde. Par les orages du temps il faut savoir plaire en y mettant les formes. Les années nous accusent de négligence. On en revient à la vertu et à la grâce, à la dignité, à la retenue, à l’habilité d’une conduite bien pesée. Ne pas se farcir la tête d’une foule de données inutiles qui ne soient pas tirées de son propre fond. À l’époque on parlait d’imperfections ; aujourd’hui notamment on peut toujours sourire des préceptes de Madame de Lambert. Les commencements de l’amour ne présentent que des fleurs. Gare aux égarements ! Ce qui nous gâte la vie, ce sont nos médisances et les regards envieux de notre entourage. On n’avance pas, on empoisonne notre humeur car l’aigreur est le pire poison, nous dit Madame de Lambert.

 

Alfred Eibel.

Rivages poche/Petite Bibliothèque, 151 p. 7,60 €.

 
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Publié par le avril 7, 2018 dans Uncategorized

 

Soir de la mémoire, de Christian Bachelin

Mes rencontres avec Christian Bachelin (1933-2014). Timidité, contraction spasmodique du diaphragme, le don de faire paraître comme réel ce qui ne l’est point, son agitation, son côté Bartleby, ses partis pris, Stephen King, son grand homme, ainsi résumé ce poète à la prédisposition géniale. Dans Soir de la mémoire, il fait l’inventaire de sa famille. Des rêves, des perceptions, des sensations, l’écho de sa voix inexorable, des éclairages qui changent d’intensité, des « relents du passé », le père enterré, la mère également, l’appartement vide, des vies immobiles lorsque tout se disjoint. Des souvenirs évanescents, des photos en sépia, la morte saison des amours, « l’obscur météorite du passé », l’impossibilité pour Bachelin d’atteindre « le centre du temps » ; Bachelin et son côté Francis Ponge. Georg Trakl appelait cela « d’éphémères images qui sombrent ». En passant, attirons l’attention du lecteur sur l’unique roman de Bachelin, Y seul, distinct de tout ce qui a été publié jusqu’à présent. Une histoire d’amour perturbée sous un grand nuage de jazz, Duke Ellington, George Gershwin, Irving Berlin.

 

Alfred Eibel.

La Table Ronde, coll. « La petite vermillon », préface de Valérie Rouzeau, 138 p., 7,30 €.

 
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Publié par le mars 14, 2018 dans Uncategorized

 

Un début loin de la vie, d’André Blanchard

Dès son premier livre j’ai accroché. Depuis, je n’ai pas raccroché. André Blanchard (1951-2014) a vécu à Vesoul où il faisait l’ange gardien dans une galerie d’art. Il écrit : «  Quel indécrottable casanier je suis, même en pensées ! ». Tant mieux, sans la pollution de Paris. Blanchard constate au fur et à mesure de ses lectures, ayant l’habitude d’avoir plusieurs livres en route, que chez le grand et le moins grand écrivain, il y a les bons morceaux et les bas morceaux. Blanchard a compris que les réputations les plus établies reposent sur des pieds d’argile. Un bon bouquin, repris des années plus tard, peut s’avérer ridé. Oui, notre ami affectionne la formule qui pète. Il ne s’en laisse pas conter, lisant, écrivant, il peut être conquis par un écrivain (sans l’être tout à fait). Il savoure les « sourires désabusés » d’Henri Calet. Calaferte, Gide, Green, Léautaud, Mauriac sont scrutés avec attention. Ne comptez pas sur lui pour être charitable ! Il constate ici et là chez un écrivain établi, une légère déglingue, des faiblesses mais aussi des étonnements. Prêt à bondir lorsqu’il relève chez l’un d’entre eux des longueurs. Trop de fracas, trop de charabia, trop d’imbécillités. Dans la grande braderie littéraire, à chaque saison, il se rend compte de ce défaut constant de la littérature : l’intellect prend le dessus sur la sensation. Bien évidemment, il aime Marcel Aymé, E.M. Cioran, Etiemble, avec un net penchant pour la littérature autrichienne. Il appartient à ces lecteurs qui estiment E.M. Remarque sous- évalué. On regrettera longtemps André Blanchard. Il lisait avec attention (cette concentration de l’activité mentale).

 

Alfred Eibel.

Le Dilettante, 316 p., 20 €.

 
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Publié par le mars 14, 2018 dans Uncategorized

 

Le Roman d’amour de Georges Sand, de Geneviève Chauvel

Plutôt jolie femme, esprit libre, libre sexuellement, libre de penser et d’agir. Une vie difficile, compliquée, peu exaltante, avec une mère dominée par ses fantasmes. Esprit mélancolique, Georges Sand (1804-1876) se trouve au bord du désespoir. Et pourtant une carrière littéraire prolifique qu’on aurait tort de négliger. Geneviève Chauvel montre avec simplicité et justesse ce phénomène de la littérature dont Flaubert disait que « c’est une des illustrations de la France et une gloire unique ».

 

Alfred Eibel.

Éditions de Borée, coll. « Vents d’Histoire » 289 p., 19,90 €.

 
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Publié par le février 27, 2018 dans Uncategorized

 

Le dernier porc, d’Horace Engdahl

« Un homme, dont le couple vient de voler en éclats, essaie de recoller les morceaux ». Ne nous leurrons pas, recoller, cela relève de la plus haute fantaisie, une espérance sans stances et chose artificiellement présentée pour attirer et tromper. Horace Engdahl passe en revue les sentiments parmi lesquels figurent en bonne place ces trois mots : faire bon visage ; de même que les bonnes manières ne sont plus acceptées ; de plus, on le sent, au fond de sa caboche l’homme est présenté comme un pharisien. Du coup, l’imagination galope. Un aphorisme dit par l’homme est accueilli par la femme comme un aphorisme aphone. Elle semble avoir murmuré à l’oreille de l’homme : moins d’exaltation, plus de raison. L’homme insiste, déclenche l’alarme, insiste à nouveau et cette insistance se métamorphose en harcèlement. Il semble que la partie est perdue. Le cochon n’est pas loin. L’homme doit prêter serment. Il s’assagit et se range. Cochon qui s’en dédit ! Mais elle répond par un sourire narquois. Il est vrai que le cochon s’apprivoise comme un chien. Élevé pour être abattu, le cochon devient un porc. Mais l’homme ne renonce pas à sa reconquête. Il se sent désarmé, sans cause à défendre, il patine, veut croire encore à une réconciliation. Une voix lui murmure : doux rêve ! Ici sont appelés à la barre de l’homme désarçonné Strinberg et quelques personnalités suédoises. Cependant l’insatisfaction demeure. Horace Engdahl n’a pas la science infuse. Il faudrait pour cela avoir filmé le ménage à son insu au ralenti. Au fait, et si c’était une petite allumeuse ? Quelle horreur ! La vie c’est quoi « si elle n’a pas le prolongement dans la mort ». Traiter, raisonner, on devient philosophe. L’homme arrive à cette extrémité quand il se sent encagé pour l’éternité.

 

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 102 p., 14 €.

 
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Publié par le février 27, 2018 dans Uncategorized

 

Montmartre ensorcelé, d’Alexis Boucot

Paris 1900. Exposition universelle. Ses quartiers, Barbès, Clichy, la Goutte d’Or, Montmartre, la rue Polonceau. À l’époque on savait encore mijoter des phrases. Entre mauvais songe, cauchemar, rêve tiré d’un mauvais horoscope, les filles d’un orphelinat courbent l’échine. Un climat étrange enveloppe le soir quand les noctambules se mettent en marche. Morne plaine et nuit blafarde. L’atmosphère rejoint l’épouvante à croire qu’un improbable Peter Cushing traverse la rue. L’obscurité entre les mains d’Alexis Boucot dépasse les forces de la nature puis s’illumine brusquement.

 

Alfred Eibel.

Éditions Marivole, 234 p., 20 €.

 

 
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Publié par le février 27, 2018 dans Uncategorized