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Cédric Fabre, Un bref moment d’héroïsme

Quand le peu de tranquillité anime une ville, la confusion le dispute à la provocation. Tant de mecs se sentent une grandeur d’âme ce qui appelle un combat singulier, un duel pour une cause indéfinissable. Marseille semble être un terrain idéal. Discours, plaintes se mélangent. Les flics se mettent en intrépidité face à des enfants livrés à eux-mêmes à la recherche d’une bonne échauffourée chauffée à blanc. Fabre est l’animateur qui donne vie à ces émeutes, au chômage, à la misère et la drogue. « La fabrication d’utopies, dans cette ville et dans ce monde, c’est un artisanat en faillite ». Fabre égrène des existences heurtées en permanence, des bagarres sans fin, dans un royaume farfelu peuplé de paumés mais aussi de biches égarées qui subitement s’éclipsent et de drôles de zigues, des rebelles sans cause. C’est continuum que ce roman nous propose, à croire qu’une ville n’existe que par ses secousses sismiques. On souhaite qu’un jour cessât la volonté des faibles. Quelques personnages voyagent à travers ce roman dont une femme en particulier, heureusement, au cours de cette équipée qui charrie tant de pauvreté. Cette femme sera l’élément salvateur du héros de ce roman dont on sort ébouriffé.

 

Alfred Eibel.

Éditions Sang Neuf, 203 p. 18 €.

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Publié par le juin 15, 2017 dans Uncategorized

 

Vaches Noires, de Roland Topor

Les pensées dérisoires vous tombent dessus comme une tuile, une philosophie lorsqu’on sait que les rêves les plus fous s’insèrent dans la réalité pour la déstabiliser. Semblable aux métastases, plus une cause paraît banale, plus elle a des chances de se multiplier sous la plume de Topor (1938-1997). Quand surgit un incident, ce n’est qu’un événement accessoire qui sans peine entraîne des cataractes à l’infini. D’un revers de la main, Topor exclut la démocratie parce qu’il la respecte trop et craint de la dérégler en votant. Tout comportement a son contraire. C’est bien cela qui est embêtant. Tout délire contrôlé a son avantage. Quand on ne voit pas bien le rapport entre une donnée et une autre donnée, il suffit de l’établir et le tour est joué. Il faut négliger ce qui est en trop, idem la redondance ou le double emploi. Topor avoue que « c’est la présence d’esprit qui me fait défaut, on se fait chier en lambinant sur place ». Chaque argument mérite d’être poussé à bout et l’on comprendra aisément l’importance des vaches noires. Quand vous aurez tourné la dernière page de ce livre, entrez dans Larchmütz 5632, le roman de Jean-Bernard Pouy.

 

Alfred Eibel.

Éditions Wombat, 117 p., 7 €.

 
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Publié par le juin 15, 2017 dans Uncategorized

 

Touchez pas au frichti. 220 restos au banc d’essai, de Jules Magret

Quand on a fait comme le signataire la tournée de toutes les grandes tavernes de Paris au temps des « trente glorieuses », en se léchant les babines, on ne peut qu’être agréablement surpris par Jules Magret et ses lieux délectables, pas toujours à la hauteur de l’enseigne, c’est vrai ; d’ailleurs il ne l’envoie pas dire quand l’attaché de service d’un resto qui se veut grand est doté d’une affectation de gentillesse, alors que la cuisine arrive à peine au niveau d’une banale cantine. Ce guide gastronomique évite tous les égarements. Donc, livre indispensable. À fleuret moucheté, la grande toque se montre au diapason de la parade. Le client réduit au silence rend les armes pour mieux goûter chaque bouchée. Mettre l’eau à la bouche aurait pu ajouter Jacques Doniol-Valcroze. Jules Magret est un Alain-René Lesage dont l’aventure picaresque est gastronomique. Il fait honneur à la cuisine française mais aussi c’est un poinçon hérité d’Audiard, Boudard, Céline, Simonin (on pourrait y adjoindre Le Breton et Ange Bastiani), si bien que la bonne bouffe ne peut s’élever que par l’enthousiasme.

 

 

Alfred Eibel.

Préface de François Cérésa.

Éditions de l’Archipel, 154 p., 15 €.

 
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Publié par le juin 15, 2017 dans Uncategorized

 
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À paraître…

À paraître…

Rym Sellami et Alfred Eibel

Alfred Eibel : « Dans la rue avec Jean-Pierre Martinet »

Éditions des Paraiges

4, rue Anatole Tastu – 57000 Metz

contact @editions-des-paraiges.eu

114 p., 13 €

 
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Publié par le mai 25, 2017 dans Uncategorized

 

Les retrouvailles, d’Olivier Maulin

Au départ on se voit dans un roman de Jacques de Lacretelle. Après vingt-cinq ans d’absence, Laurent Campanelli est invité à passer le week-end chez son vieux camarade de fac dans la grande bâtisse de son frère Yvon au cœur des montages savoyardes. Mais le temps est un vilain rongeur. Quand le verni saute, les écarts se creusent. Avoir de la fortune crée quelques agaceries. L’amitié du temps passé se mue en affection. Pourtant Laurent est content de revoir son ancien ami. C’est un mystère pour personne que les souvenirs sont la plupart du temps enguirlandés. Bon accueil de Michel, son frère Yvon, leur sœur Flore avec laquelle au bon vieux temps Laurent entretenait une liaison. On quitte l’univers de Lacretelle pour entrer dans un climat propice à la camaraderie à la montagne par grand froid. Les couples se chicanent, les récriminations prennent leur essor. Jusqu’à présent l’alcool dans les romans d’Olivier Maulin rapprochait les amis. A présent, il accroit les tensions, les invectives, les anicroches, la jalousie, tandis que se multiplient les menaces. Nous voilà embarqué dans un roman d’Ivy Compton-Burnett. Chacun fait valoir son autorité. Cependant, quelque chose bouge lorsque Flore glisse un billet aguicheur à Laurent qui n’en espérait pas autant pour venir la rejoindre à trois heures du matin dans sa chambre. L’amour corruptible ne connait plus de limites jusqu’à ce que les amants d’un soir soient pris en flagrant délit. Suit une bagarre d’une rare violence dans la cave. Nous voilà embarqué dans un roman d’Anne Radcliffe avec des phénomènes d’une forme singulière du fantastique. Olivier Maulin nous aura bien eu. Du coup, son histoire prend une nouvelle dimension lorsque le lecteur s’empresse de relire Les retrouvailles pour découvrir ce qui lui avait échappé à la première lecture.

Alfred Eibel

Editions du Rocher

183 p., 17,90 €

 
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Publié par le mai 24, 2017 dans Uncategorized

 

Petite annonce

Un ami et chanteur, Jean-Claude Balland cherche se défaire de 45 volumes et additifs d’Edouard Charton de Le Tour du Monde (1870-1912 inclus). Manquent 1913-1914. La reliure est homogène, couleur marron foncé dos cuir. A quoi s’ajoutent quelques volumes annexes aujourd’hui introuvables. Nombreux dessins. Chaque volume pèse entre 3 à 4 kilos. Prix à débattre.

Téléphoner et laisser un message : 06 03 49 54 25.

 
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Publié par le mai 24, 2017 dans Uncategorized

 

Pierre Rissient : MISTER EVERYWHERE

Ce livre d’entretiens surprendra sans doute les jeunes cinéphiles qui n’auraient pas entendu parler de Pierre Rissient et ignoreraient les multiples activités que celui-ci mène depuis soixante ans. L’homme, cinémane infatigable, éminence grise et entremetteur prolixe, accessoirement scénariste et réalisateur, s’est démené sous toutes les latitudes pour la cause du 7ème art, a hanté tous les festivals, et connu tous ceux qu’il importe de fréquenter dans le monde du cinéma. Celui que son ami Clint Eastwood a surnommé « Mr. Everywhere » possède de multiples cordes à son arc, et tant de visages qu’il a choisi… Robert Redford pour l’incarner en couverture.

C’est peut-être en commençant par l’attachant récit de ses années de jeunesse qu’on saisira le mieux sa personnalité. Le besoin de convaincre le lecteur n’ayant pas encore émergé en lui sous la forme impérieuse, catégorique, qu’il prit souvent, nous découvrons avec plaisir un lecteur omnivore, passionné de poésie, dont nous nous demandons finalement si ce n’est pas davantage en poète (frustré ?) qu’il a souvent appréhende le cinéma, plus sensible à ses fulgurances qu’à la rigueur de ses architectures scénaristiques, à la cohérence du jeu, etc. Un attachement fervent, mais jamais clairement défini à la « mise en scène » a constitué l’alpha et l’oméga du « macmahonisme ». Rissient fut la figure la plus active de cette mouvance (école, secte, chapelle ? je vous laisse le choix)dont l’influence serait restée infinitésimale sans son éloquente conviction. Plus que par des écrits ou un travail critique suivi et structuré, c’est par la parole que Rissient amena la critique française (ou plutôt parisienne) à s’intéresser à quantité de cinéastes que celle-ci sous-estimait ou méconnaissait. Les plus évidents furent Walsh, Preminger, Losey, le Lang américain. Le travail accompli à cette époque ne saurait être contesté. On l’apprécierait encore plus s’il ne s’accompagnait de rejets abrupts qu’il serait fastidieux de lister (Hitchcock et Welles sont deux exemples notoires du bêtisier macmahonien où l’on voit aussi ériger en chef-d’œuvre « Les Aventures d’Hojji Baba ».)

Devenu attaché de presse, Pierre Rissient accomplit avec Bertrand Tavernier un travail considérable qui ne devrait pas occulter celui, bien plus structuré et argumenté d’un Simon Mizrahi pour le cinéma italien, ou de Jean-Claude Missiaen. Aujourd’hui, l’information passe par d’autres canaux que la presse écrite, et la cinéphilie se nourrit ailleurs. Elle est plus dispersée, mais peut juger sur pièces, et s’en laisse moins aisément conter. Adieu, gourous d’antan un rien terroristes, adieu, chapelles et batailles d’Hernani… Une page s’est tournée, et c’est avec un sourire indulgent que nous saluons cet âge héroïque dont Rissient demeure une figure clé. Nul ne peut blâmer celui qui s’attache à faire aimer découvrir…

Olivier Eyquem

Pierre Rissient : MISTER EVERYWHERE. Entretiens avec Samuel Blumenfeld, avec la participation de Marc Bernard. Préfaces de Clint Eastwood et Bertrand Tavernier. Institut Lumière/Actes Sud, 2016, 23 €

 
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Publié par le mai 20, 2017 dans Uncategorized