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Kim Un-Su : Jab !

Six nouvelles, six invraisemblables vérités qui surprendront le lecteur par ce que crée le hasard de la vie, par la manière d’être en matière de langage, par les comportements inattendus des personnages, par leur action d’enter, par une impréparation, par une forme de vanité de qui veut s’accrocher à un mot qui le dépasse. Pourquoi faut-il avoir de l’ambition. Ne pas en avoir est une autre façon de venir au terme d’une réussite.

Réfugiés dans une chambre forte, des hommes et une femme sont prisonniers suite à une maladresse d’icelle. L’enlèvement d’un faux coupable permet à celui-ci d’avouer sa culpabilité imaginaire tout en faisant des progrès en écriture. Avoir l’esprit confus permet de voir un canapé faire sa vie sans dessus, sans dessous. Pourquoi ce qui précède le suicide d’une jeune femme ne fournit pas la bonne indication concernant cette décision. Une curiosité malsaine peut déboucher sur un dérapage auquel on ne s’attendait pas.

Laissez-vous emporter par ces textes qui s’écartent des usages reçus.

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 210 p., 17,90 €.

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Publié par le octobre 28, 2018 dans Uncategorized

 

Youssef Ishaghpour : Le poncif d’Adorno. Le poème après Auschwitz

« Écrire un poème après Auschwitz est barbare », telle est l’affirmation d’Adorno à son retour en Allemagne après son exil américain. Est-ce un avertissement, une menace ou faut-il interpréter ces mots plus largement ? Ne serait-ce pas au bout du compte le fait que les mots ne font plus le poids ; que ce qui devait être exprimé ne le peut plus ? Cet ouvrage à caractère philosophique envisage la possibilité de soustraire à cette déclaration ou comment la contourner. Avec Theodor W. Adorno (1903-1969), Paul Celan (1920-1970), Martin Heidegger (1889-1976). Si Adorno figure la statue du commandeur, Paul Celan qui échappa à l’extermination nazie, ce qui ne fut pas le cas de sa famille, et enfin Heidegger et son tournant et non son tourment qui a fait cas de Mein Kampf et qui n’a jamais renié le nazisme, le travail d’Ishaghpour, digne d’être remarqué, souligne ce qui lie, unit, différencie et oppose ces trois personnages. Pour Adorno, la culture ressuscitée après la guerre lui semble creuse. Elle met en évidence la décrépitude de l’art ou alors fait un grand bond en arrière, se réfugie dans l’allégorie ou préconise la renaissance d’une Europe réconciliée ou se perd dans une forme mythique de la poésie. Paul Celan, qui a fini par se donner la mort à Paris, a compris que la poésie ne pouvait être un tour de passe-passe qui se joue de nos sens ou de notre esprit. Les mots ordinaires ne peuvent plus exercer d’influence. Il faut trouver ceux qui n’ont pas encore été soumis à un trop grand usage ; qui conserve encore leur pulpe intacte. Fugue de la mort de Paul Celan est un poème dirigé contre l’affirmation de Theodor W. Adorno. Toute affirmation n’est qu’une espérance fondée sur une confiance personnelle. Quant à renouveler le poème après le grand désastre, voyons du côté d’André du Bouchet (1924-2001) qui publie ses recueils qui sont autant de mots lancés sur la page, mots censés resplendir comme une lumière et portant un aspect visuel. Voilà sur quoi on débouche quand toutes les valeurs se sont effondrées.

Alfred Eibel.

Éditions du Canoë, 91 p., 15 €.

 
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Publié par le octobre 28, 2018 dans Uncategorized

 

Monsieur Tristecon, chef d’entreprise, de François Caradec

En moins de trente pages, François Caradec (1924-2008) raconte la rotation de la connerie. Il exhibe un spécimen : Monsieur Tristecon, imprimeur qui possède cette bonté plate qui attire les gens sans probité. Son entourage le plus proche est asservi, gangrené par la combine. Son amabilité dissimule sa couardise. Il fait état d’une logique terrible qui rejoint la connerie ; d’un automatisme langagier qui le crédite de clairvoyance. Il aime à se définir. En réalité, c’est un nuisible. Il est aussi susceptible qu’un bouquet de mimosas. Bien des aspects du monde lui échappent, y compris les pensées de ses interlocuteurs. Rien d’étonnant, il est cuirassé de bêtise, ce qui le conduit à lâcher de temps en temps une sentence qui se veut ardente. Il est cocardier, cocasse, conciliant par lâcheté, contrarié par ses propres conneries, consensuel par veulerie. Il voudrait être quelqu’un, la belle affaire, s’efforce d’y parvenir, se fige avant d’ouvrir le bec. Ses remontrances vis-à-vis de son personnel l’amènent à des contractions spasmodiques du diaphragme, avec secousses brusques et bruits inarticulés. Il aime se vanter, tire la couverture à lui. Il s’imagine faire partie d’une authentique société d’hommes : des huissiers, prêtres, avocats tous atteints de la vérole cervicale. Ludwig Wittgenstein a écrit : « Le monde se décompose en faits ». Tristecon se décompose en conneries.

 

Alfred Eibel.

L’Arbre Vengeur, collection l’Alambic, 77 p., 9 €

(Postface d’Éric Dussert suivie d’un entretien avec François Caradec).

 
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Publié par le octobre 28, 2018 dans Uncategorized

 

« L’effroi mousquetaire », de Jules Magret

Nous les vivants nageons dans un vocabulaire vidé de sens, sans une cime à l’horizon. Le roman de Jules Magret porte une véritable renaissance. Les mots ont du souffle, ils ont le dur, on les palpe, on les sent, on s’en pourlèche, ils ont le goût de l’amande rissolée ou la flamme du paprika qui emporte la gueule. C’est du Boudard bien sûr mais aussi de l’Ange Bastiani, du Roger Duchesne, de l’Auguste Le Breton, du Claude Néron, la voix de Robert Dalban ou celle de Maurice Chevalier et le formidable dictionnaire français-langue verte qu’un commissaire divisionnaire, avec lequel j’avais travaillé, m’avait permis de consulter, un régal. Du coup, on va également se régaler avec les aventures d’un indélicat, d’une belle gonzesse, d’un agent secret, d’un mystérieux médecin, le tout en 1673, à l’époque du jeune Louis XIV, en argot contemporain. Si la soif vous étreint encore après la page 257, c’est que vous êtes sur la bonne voie pour en redemander. Entre temps, lisez le dictionnaire de Furetière.

 

Alfred Eibel.

Éditions Les Belles Lettres, 257 p., 19 €.

 
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Publié par le octobre 4, 2018 dans Uncategorized

 

Mary Jane Clark, « Pièce montée »

La recette de la Pièce montée de Mary Jane Clark est simple. 1. Prenez une ville: New-York. 2. Ajoutez y ces ingrédients: un mariage, l’amertume d’un amour perdu, une lettre anonyme, un meurtre. 3. Faites les revenir dans l’univers d’une série américaine à succès, A little rain must fall. 4. Saupoudrez le mélange de suspense, de mystère, de rebondissements. 5. Pour faire monter la mayonnaise, rajoutez régulièrement un drame, un crime, des fausses pistes. 6. Faites mijoter le tout à feu doux et vous obtiendrez un savoureux roman à consommer sans modération ! Mary Jane Clark maîtrise à merveille l’art du sucré-salé. Le sucré des pâtisseries et gâteaux confectionnés par Terrie Donovan dans la cuisine de La Cerise sur le gâteau. A New-York, sa renommée n’est plus à faire ! L’actrice vedette de A little rain must fall le sait bien en souhaitant que la mère de son amie Piper Donovan réalise son gâteau de mariage. Le salé, quant à lui, est laissé par le goût amer de crimes glaçants qui viennent perturber le studio où se tourne la série. Le drame ne se joue pas qu’à l’écran, il y a des Morts en coulisses. Chacun essaye d’être un excellent acteur, de cacher sa vraie nature mais « il est difficile de garder bien longtemps ses petits secrets ». Un secret, ça empoisonne la vie, c’est lourd à porter, ça n’est pas éternel. Tic tac tic tac… Le compte à rebours est lancé jusqu’au jour du mariage de Glenna Brooks et Casey Walden : « On ne sait jamais ce qui peut arriver ». Tic tac, tic tac… Prenez garde, « Il y a un malade en liberté » ! Son esprit malin peut à tout moment frapper ! Les raisons de sa colère sont bien dissimulées ! Quelle âme courageuse saura le démasquer ? Le mariage de nos deux tourtereaux sera-t-il célébré ? Les questions se bousculent, les pages se tournent, l’intrigue nous happe, et notre cœur bat la chamade ! Pièce montée est bien plus qu’un drame, qu’un polar haletant aux multiples coups de théâtre, c’est également un livre qui offre une analyse éclairante sur la nature humaine. La méthode est efficace et  classique : « plaire et instruire ». Instruire sur la soif inextinguible de reconnaissance, d’ambition, de réussite et d’argent de l’être humain. L’auteur nous interroge sur notre « servitude volontaire » face aux medias et aux réseaux sociaux. Mary Jane Clark essaye peut-être de purifier nos âmes en nous montrant le destin tragique de ceux qui ont fait de cette pensée d’Horace leur devise : « Gagne de l’argent ; la vertu vient après ». Mais qui peut changer l’homme ? Ce roman ? La littérature ? Voltaire vous répondrait « Sachez que le secret des arts est de corriger la nature ». Mais de toutes les passions, il semblerait qu’une soit plus difficile que les autres à purger : l’amour maternel. Il est puissant, bouleversant. Peut-on affirmer comme Agatha Christie que « L’amour d’une mère pour son enfant ne connaît ni loi, ni pitié, ni limite. Il pourrait anéantir impitoyablement tout ce qui se trouve en travers de son chemin » ?

Laurence Eibel

Editions l’Archipel

285 pages, 7,80 €

 
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Publié par le octobre 3, 2018 dans Uncategorized

 

Khalil, de Yasmina Khadra

Khalil et Ryan, d’origine marocaine, ont grandi ensemble à Bruxelles. Si Ryan a trouvé sa voie, Khalil se remue dans un milieu dont les bornes sont la famille, les copains, la rue, oubliant l’ambition. Il y a chez lui ce à quoi bon qui freine l’initiative. Peut-être se rabaisse-t-il sans en prendre conscience. Le temps passe. L’idée de goûter aux plaisirs de la vie lui semble relever d’un ensemble de dispositions qu’il ignore. Sans doute ne sait-on pas « exactement à partir de quel moment et sous quelle forme le rejet de toute une société » a germé en lui. Se rendant régulièrement dans une mosquée intégriste, il acquiert la conviction qu’il lui faut changer radicalement sa manière de vivre. Fini de tournicoter. Une mythologie souterraine s’empare de lui. Dieu attend un sacrifice. Souffrir et mourir. Khalil fait désormais partie d’un ordre nouveau. Il est en mesure de le revendiquer haut et fort. Le bon sens ou le bon Dieu ? Et pourquoi pas les deux ensemble? Un bon citoyen doit obligatoirement être un bon croyant. Comment concilier l’inconciliable ? Le voilà porté au stade de France de Saint-Denis, sa ceinture d’explosifs autour des reins, censé déclencher l’explosion dans une rame de RER. Il est prêt à se mettre en position. Le détonateur fait défaut. À partir de ce moment, Khalil est devenu son propre ennemi. Toute solution n’est au bout du compte qu’une de ces parties comme un coffre-fort dont on a oublié les derniers chiffres. La malchance poursuit celui qui ne périt pas. Khalil n’est plus qu’un fugitif. Il se tourne vers ses amis, à croire qu’une légende a été détournée pour lui conférer un autre sens. Lequel ? Khalil est à la fois le confessionnal et celui qui se confesse. Il a le sentiment que tout se fissure, les choses, l’affection, la mort. Il se voit divorcer avec une partie de sa vie. Il n’appartient plus au monde des vivants. Comment défendre l’indéfendable ? L’angoisse lui tord l’estomac. Disparaître ou renaître ? Et si à un moment donné il se voyait récupéré ?

Alfred Eibel.

Édition Julliard, 260 p., 19 €.

 
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Publié par le septembre 13, 2018 dans Uncategorized

 

Valère-Marie Marchand, « Le premier arbre et autres récits qui cachent la forêt »

Journaliste et femme de radio, Valère-Marie Marchand se laisse guider par ses coups de coeur littéraires tout en suivant des chemins de traverse avec un éclectisme joyeux dans son écriture. De Rousseau et Boris Vian au Facteur Cheval en passant par l’archéologie de l’alphabet et l’écriture des mathématiques, sa plume l’a conduite au pied des arbres. Arbre matière première du livre. Arbre de vie ou forêt à la touffeur fatale aux imprudents ? L’arbre en fil rouge de l’histoire des dieux et des hommes. Férue de mythes, elle tisse sa toile de conteuse sur laquelle se dessinent peu à peu des paysages aux couleurs fondues à la Watteau, des Cythère au goût de paradis perdus. Le premier arbre -Archaeopteris- puis le rameau d’or figure tutélaire de Virgile, le figuier stérile d’un certain Yehouda et l’olivier de Saint-Augustin sont dépeints avec une érudition gourmande mais légère piquetée d’humour. Plus près de nous, un pommier sauvage abrite les siestes de Thoreau près de l’étang de Walden et les baobabs de Tombouctou pleurent des autodafés dans un passé cruellement proche. Si « la forêt vaut toutes les bibliothèques », écrit-elle, on pardonnera aux bûcherons qui ont abattu les arbres destinés à constituer la sienne.

Françoise Monfort

Éditions du Cerf, 221 pages, 20 euros.

 
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Publié par le septembre 11, 2018 dans Uncategorized