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La « trilogie Treehorn », de Florence Parry Heide et Edward Gorey

27 Déc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. « Le Rétrécissement de Treehorn« 

« Mon enfant ne grandit pas ou Mon enfant pousse trop vite », fait partie des craintes légitimes que peut éprouver un adulte responsable Il est moins fréquent qu’un père ou une mère s’angoisse de voir sa progéniture rapetisser. Les cas de rapetissement sont même tellement rares qu’on ne saurait reprocher aux parents du jeune Treehorn de faire preuve d’une telle inertie face au rétrécissement accéléré de leur gamin. Tout juste pourrait-on les blâmer de ne jamais lui prêter la moindre attention, occupés qu’ils sont à poursuivre un trivial dialogue de sourds focalisé sur de minuscules problèmes domestiques.

Le médecin, qu’on finit par appeler, s’avoue dépassé. Quant à l’institutrice de Treehorn, elle se contente de l’admonester. Pleine de bon sens, et convaincue, comme le père, que « les gens ne rapetissent pas », elle exige de l’enfant qu’il se ressaisisse : « Ça ira pour aujourd’hui. Mais arrange ça avant demain. Dans cette classe, on ne rapetisse pas« . Réconfortant…

L’infortuné Treehorn ne peut donc compter que sur lui-même, ce qui n’est pas plus mal. Car, outre la télé dont il fait grande consommation pour tenir à distance le monde « adulte » et continuer de le contempler d’un œil sereinement indifférent, le garçon collectionne les jeux offerts avec les paquets de céréales. C’est dans sa dernière acquisition : « LE GRAND JEU QUI FAIT GRANDIR LES ENFANTS, qu’il trouvera la solution de son problème. Il cessera dès lors de rétrécir sans que nul n’en fasse cas… puis deviendra soudain VERT sans susciter davantage la surprise. À ce stade, ce philosophe né aura heureusement compris qu’il suffit de ne pas parler de soi pour avoir la paix et rester à jamais inaperçu…

 

 


 

 

 

 

 

 

2. « Le Trésor de Treehorn »

La chute du « Rétrécissement de Treehorn » en forme de « cliffhanger » laisse espérer au lecteur une série de nouvelles métamorphoses fantastiques, mais Florence Parry Heide néglige cette piste dès le second volume, paru quelques années plus tard. Treehorn, toujours féru de jeux cadeaux, est devenu un lecteur vorace de bandes dessinées… vorace au point d’avoir relu 19 fois chacun des 14 volumes de sa collection. Ses parents sont toujours aussi distraits et indifférents, le père pontifiant à longueur de journée, la mère ne songeant qu’à sortir s’acheter un chapeau vert, mais d’un vert très particulier. Le couple poursuit ses idées fixes – il est beaucoup question d’argent dans cette famille imprégnée d’idéaux puritains -, et le pauvre Treehorn aimerait bien que son père pense à lui donner le modeste dollar qui chaque mois lui revient. La manne à peine reçue, l’enfant est sommé de la mettre de côté : l’argent n’est pas fait pour apporter du bonheur, mais pour être économisé. Treehorn va donc cacher le dollar au creux d’un arbre, à l’intérieur d’une enveloppe libellée « Instant Magic ». La magie opère, en effet, car bientôt les feuilles de l’arbre se changent en beaux billets de 1 dollar. Treehorn court annoncer ce miracle, mais, une fois encore, personne ne se donne la peine de l’écouter. Il file s’acheter un tas de BD, mais, au retour, son père a la brillante idée de lui redemander le dollar original pour le placer sur un livret d’épargne. Les billets poussés entre-temps sur l’arbre s’effacent alors en quelques instants. Fini le rêve, adieu le trésor, mais il en faudrait plus pour démoraliser le placide garçonnet…

La surdité des adultes aux demandes des enfants, et plus encore à leur parole s’impose comme le thème clé de cette trilogie candide, avec pour pendant l’affirmation de la résilience instinctive de l’enfance. Parry Heide et son excellent illustrateur Edward Gorey observent avec un détachement amusé les entrecroisements aléatoires de ces trois êtres qui semblent n’avoir à peu près rien en commun. Grave et appliqué, Treehorn continue d’évoluer dans son monde, sans ressentiment à l’égard de ses géniteurs, sans réelle surprise à l’égard des miracles qui lui adviennent et, surtout, sans regret de les voir se dissiper. Demain est un autre jour…

 

 


 

 

 

 

 

 

3. « Le souhait de Treehorn« 

Dans ce volume final, c’est un génie sorti d’une jarre poussiéreuse qui permet à Treehorn de savourer le gâteau d’anniversaire que ses parents ont « oublié » de lui offrir. Une fois de plus, Parry Heide évite le double piège de la noirceur et de l’apitoiement pour fonder son récit sur un merveilleux teinté d’ironie : le lecteur sait bien qu’aucun génie, aucun arbre magique ne peut changer durablement une vie d’enfant. Les prodiges n’ont qu’un temps, soyons prêts à les accueillir et acceptons sereinement qu’ils s’achèvent. Une morale toute simple, que résument bien les dernières lignes du récit, lorsque Treehorn se retrouve seul face à son gâteau et, après avoir épuisé ses trois vœux traditionnels, fait un dernier souhait, puis souffle les bougies :

« Voilà. Il était sûr que son vœu se réaliserait. Et si ce n’était pas le cas, peut-être qu’il trouverait un jour une autre jarre, avec un autre génie dedans. Voire avec le même génie.

Et puis, il lui restait le gâteau. Treehorn retira les bougies et commença à couper la première part.« 

Olivier Eyquem

 

 


 

« Le Rapetissement de Treehorn », « Le Trésor de Treehorn », « Le Souhait de Treehorn » de Florence Parry Heide, dessins de Edward Gorey, éditions Attila, 2009-2010

http://www.editions-attila.net

 

 

 

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Publié par le décembre 27, 2010 dans Uncategorized

 

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