RSS

QUATRIÈME CHRONIQUE DU RÈGNE DE NICOLAS 1ER, de Patrick Rambaud

12 Jan

2010, quatrième année du règne du Nerveux Souverain, a été un bon cru, long en bouche, avec un arrière-goût persistant de querelles saumâtres, de scandales puants, de racisme à la sauce auvergnate, de fausses manœuvres et de basses intrigues. Qu’on en juge plutôt à cette énumération sommaire : fiasco de la campagne de vaccination de Mme Bachelot, sortie pour le moins malheureuse de M. Hortefeux sur le « petit Arabe » de l’UMP, procès Clearstream, chasse aux exilés, clip débile du parti majoritaire, tentative de lancement de l’ineffable Jean Sarkozy, affaire Woerth/Bettencourt… Il y avait de quoi alimenter la verve assassine de Patrick Rambaud, satiriste autant que fin politologue, dont on admire une fois de plus les portraits au vitriol de la classe régnante. Quelques échantillons « gracieux »? Voyez plutôt ce qu’il nous dit de l’étonnante Roselyne : « C’était, avec une taille courte, une femme sans trop de rouge, sans rubans, sans dentelles ni aucune sorte d’ajustement, vêtue de rose en tout temps, portant des chaussures fluo de plage dès les beaux jours » avant de détailler son art d’ouvrir le parapluie et de claquer 800 millions d’euros pour rien. Le « comte Chatel », maintenant : « boudin de figure, sans attraits remarquables, le cheveu rebelle même aplati, une allure bonhomme et une voix sans intonations« . Un homme désespérément neutre et incolore, qui « ayant travaillé dans l’industrie des cosmétiques, excellait dans le replâtrage ». Et « Hortefouille », « roux de poil et roussi du bulbe, au teint vite écarlate par les joues« , qualifié imparablement de « plus ancien souffre-douleur et plus fidèle perroquet de Sa Majesté » Trouvez-vous le portrait excessif ou trop rosse? Certaine déclaration « humoristique » saisie au vol vous fera peut-être changer d’avis : « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes« . Bon à rappeler pour prendre la mesure du bonhomme et de son entourage. Le procès Clearstream nous vaut aussi sous la plume de Ramband quelques belles lignes sur Villepin et un dégommage hilarant du général Rondot, cet homme « voué au secret (qui) avait néanmoins pris l’habitude mauvaise de tout noter dans ses carnets« … sans savoir distinguer entre affirmations, ragots et interrogations (p. 39). Admirons ensuite le marquis de Valois, alias Monsieur Fredo, « grand héron mélancolique tout à la fois réservé et dandy« , auquel un soutien précipité à Roman Polanski vaudra d’odieuses attaques venues de la droite extrême. La candidature à l’EPAD du médiocre étudiant Jean Sarkozy fut en soi tellement ubuesque, et souleva un tel scandale que Rambaud n’a nul besoin de forcer le trait. Plus utile est son rappel des ahurissantes déclarations d’un Eric Raoult, invitant Marie N’Diaye à taire ses critiques après avoir reçu de « nous » (la France blanche?) le Goncourt (p. 68). La dame, il est vrai, a choisi de vivre à Berlin… ville dont notre Souverain aurait contribué, comme chacun sait, à abattre le mur… à une date sur laquelle aucun « témoin » ne réussit à s’accorder. Le racisme rigolard, composante fondamentale de ce régime, resurgit en catimini dans les fines plaisanteries du président à Dany Boon, né Hamidou (p. 77). Mais on s’amuse encore plus du clip surréaliste « Tous ceux qui veulent changer le monde » (p. 79) qui verra se dandiner lourdement les caciques sous l’œil effaré d’un Luc Ferry habituellement enclin à beaucoup pardonner à ce régime. La quatrième chronique rappelle aussi, s’il en était besoin, les grandes obsessions d’un Sarko resté flic dans l’âme et, plus encore, chef de clan : la haine et le mépris de la presse, la fixette sécuritaire alimentant une très douteuse réflexion sur « l’identité nationale » sous la houlette du Transfuge Besson. Enfin couronnant le tout viendra l’affaire Woerth-Bettencourt, où se conjugueront au plus haut degré le grotesque et le pathétique. Que demander de plus pour une seule année? Courage, Patrick Rambaud, encore une Chronique, et vous pourrez, nous l’espérons, pousser avec nous un grand « ouf » de soulagement. Entre-temps, merci du fond du cœur de nous aider à survivre…

Olivier Eyquem

Patrick Rambaud : « Quatrième chronique du règle de Nicolas 1er », Grasset , 14 €

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le janvier 12, 2011 dans Uncategorized

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :