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Youssef Ishaghpour : Le poncif d’Adorno. Le poème après Auschwitz

28 Oct

« Écrire un poème après Auschwitz est barbare », telle est l’affirmation d’Adorno à son retour en Allemagne après son exil américain. Est-ce un avertissement, une menace ou faut-il interpréter ces mots plus largement ? Ne serait-ce pas au bout du compte le fait que les mots ne font plus le poids ; que ce qui devait être exprimé ne le peut plus ? Cet ouvrage à caractère philosophique envisage la possibilité de soustraire à cette déclaration ou comment la contourner. Avec Theodor W. Adorno (1903-1969), Paul Celan (1920-1970), Martin Heidegger (1889-1976). Si Adorno figure la statue du commandeur, Paul Celan qui échappa à l’extermination nazie, ce qui ne fut pas le cas de sa famille, et enfin Heidegger et son tournant et non son tourment qui a fait cas de Mein Kampf et qui n’a jamais renié le nazisme, le travail d’Ishaghpour, digne d’être remarqué, souligne ce qui lie, unit, différencie et oppose ces trois personnages. Pour Adorno, la culture ressuscitée après la guerre lui semble creuse. Elle met en évidence la décrépitude de l’art ou alors fait un grand bond en arrière, se réfugie dans l’allégorie ou préconise la renaissance d’une Europe réconciliée ou se perd dans une forme mythique de la poésie. Paul Celan, qui a fini par se donner la mort à Paris, a compris que la poésie ne pouvait être un tour de passe-passe qui se joue de nos sens ou de notre esprit. Les mots ordinaires ne peuvent plus exercer d’influence. Il faut trouver ceux qui n’ont pas encore été soumis à un trop grand usage ; qui conserve encore leur pulpe intacte. Fugue de la mort de Paul Celan est un poème dirigé contre l’affirmation de Theodor W. Adorno. Toute affirmation n’est qu’une espérance fondée sur une confiance personnelle. Quant à renouveler le poème après le grand désastre, voyons du côté d’André du Bouchet (1924-2001) qui publie ses recueils qui sont autant de mots lancés sur la page, mots censés resplendir comme une lumière et portant un aspect visuel. Voilà sur quoi on débouche quand toutes les valeurs se sont effondrées.

Alfred Eibel.

Éditions du Canoë, 91 p., 15 €.

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Publié par le octobre 28, 2018 dans Uncategorized

 

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