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Archives du septembre 13, 2018

Khalil, de Yasmina Khadra

Khalil et Ryan, d’origine marocaine, ont grandi ensemble à Bruxelles. Si Ryan a trouvé sa voie, Khalil se remue dans un milieu dont les bornes sont la famille, les copains, la rue, oubliant l’ambition. Il y a chez lui ce à quoi bon qui freine l’initiative. Peut-être se rabaisse-t-il sans en prendre conscience. Le temps passe. L’idée de goûter aux plaisirs de la vie lui semble relever d’un ensemble de dispositions qu’il ignore. Sans doute ne sait-on pas « exactement à partir de quel moment et sous quelle forme le rejet de toute une société » a germé en lui. Se rendant régulièrement dans une mosquée intégriste, il acquiert la conviction qu’il lui faut changer radicalement sa manière de vivre. Fini de tournicoter. Une mythologie souterraine s’empare de lui. Dieu attend un sacrifice. Souffrir et mourir. Khalil fait désormais partie d’un ordre nouveau. Il est en mesure de le revendiquer haut et fort. Le bon sens ou le bon Dieu ? Et pourquoi pas les deux ensemble? Un bon citoyen doit obligatoirement être un bon croyant. Comment concilier l’inconciliable ? Le voilà porté au stade de France de Saint-Denis, sa ceinture d’explosifs autour des reins, censé déclencher l’explosion dans une rame de RER. Il est prêt à se mettre en position. Le détonateur fait défaut. À partir de ce moment, Khalil est devenu son propre ennemi. Toute solution n’est au bout du compte qu’une de ces parties comme un coffre-fort dont on a oublié les derniers chiffres. La malchance poursuit celui qui ne périt pas. Khalil n’est plus qu’un fugitif. Il se tourne vers ses amis, à croire qu’une légende a été détournée pour lui conférer un autre sens. Lequel ? Khalil est à la fois le confessionnal et celui qui se confesse. Il a le sentiment que tout se fissure, les choses, l’affection, la mort. Il se voit divorcer avec une partie de sa vie. Il n’appartient plus au monde des vivants. Comment défendre l’indéfendable ? L’angoisse lui tord l’estomac. Disparaître ou renaître ? Et si à un moment donné il se voyait récupéré ?

Alfred Eibel.

Édition Julliard, 260 p., 19 €.

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Publié par le septembre 13, 2018 dans Uncategorized