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Archives du janvier 14, 2017

Un troubadour à la RATP

 

Poète du comportement, poète de la plume, Jean-Claude Balland s’attendrit après réflexion. Regrets, la fuite du temps, le temps perdu pour lequel il n’existe pas de consigne aux objets trouvés. Si bien que sa poésie a quelque chose d’effacé. Elle suggère une écriture cunéiforme des temps anciens. Obligé de se soumettre aux devinettes quand celles-ci font défaut. Par exemple : « Dans les temps /tout était / beau / et se parait de mille couleurs / Les gens s’ouvraient /en ce temps-là / avec des perspectives / tant / si bien que l’on attendait / l’autre face / épelée, appelée, happée / le temps venu / Jamais ». Jean-Claude Balland est bousculé par la vitesse des âges tendres, par les doyens pressés, pas pour dépasser, non, pour rester dans les temps. « La vie s’éloigne sur un cheval arabe » écrivait André Laude (1936-1995). La crainte du père Balland tient à ce galop trop vite. Il lui a pris l’envie de chanter dans le métro, sa manière à lui de s’imposer, célébrer Georges Brassens le poète. Rien de ce qui est humain ne lui échappe des réactions des passagers souvent imprévisibles. Le temps de ruminer un nouveau poème. Cela fait six ans qu’il a rendez-vous avec Brassens, toujours sur la même ligne. Il règle minutieusement la mesure de chaque chanson, s’échappe d’un wagon, saute dans le suivant, se dissipe, puis se manifeste dans le wagon d’après, ainsi de suite en chantant J’ai rendez-vous avec vous. De son expérience, il en a tiré une brochure : Je chante Brassens dans le métro. Il est à la recherche d’un dessinateur capable d’illustrer son rôle dans cette affaire. On peut le joindre au 06 03 49 54 25. On s’apercevra que l’habitué du métro n’attendait que Brassens pour chanter la France.

Alfred Eibel.

 

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Publié par le janvier 14, 2017 dans Uncategorized

 

Sylvie Payet, À fleur de peau

Premier recueil de nouvelles de Sylvie Payet. Quinze nouvelles courtes et une longue dans lesquelles se débattent des errants au sein d’un paradis qui exerce une maligne influence, quoique d’apparence délicieuse. Wilhelm Busch (1832-1908), poète satirique, a écrit : « Tout vient à point, non comme on l’espère ». Qui aurait pensé qu’un jardinier soit en désolation avec soi ; ou un jeune homme qui n’est pas dans la même position, dans le même état, qui change de comportement subitement et pourquoi tant de jeunes femmes perdues dans la foule ne voient-elles rien venir des chausse-trapes qui leur sont tendues. Sylvie Payet imagine un monde miniaturisé, un retour à l’adolescence et pourquoi pas à l’enfance, un monde fragmenté de diverses couleurs, une variante, lieu de délice et de bonheur tranquille avec un âge tendre et ses jouets et derrière un verger, camouflées, les turpitudes. Les âmes noires guettent cette fraction du temps où la jeune personne va mordre à l’hameçon. Est-ce l’enchaînement des épisodes qui mène irrésistiblement à un fiasco ? Une heureuse rencontre comporte (forcément) un envers sombre. Le coupable ne sait pas encore qu’il le sera, à cause de la force qui est en lui et qui est purement organique. Sous des airs de ne pas y toucher, un style du premier mouvement, sans délibérations, Sylvie Payet joue la vie de ses personnages à pile ou face et c’est bien cette inclination qui fait son originalité.

Alfred Eibel.

Éditions L’Harmattan, 109 p. 13,50 €.

 
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Publié par le janvier 14, 2017 dans Uncategorized

 

Margarita Meklina, Poussière d’étoiles, traduit du russe par Mélanie Mésager et L. Roy.

Refusé en Russie ce petit livre parce qu’il contenait des textes érotiques évoquant des amours homosexuelles. Le lecteur n’y trouvera pas les cachets habituels d’obscénité. Cette traduction est empreinte de beauté et de tours d’adresse. Le saphisme devient un exercice de haute voltige parce qu’il donne satisfaction du point de vue spirituel, sans véritablement s’opposer à la sensualité. L’auteur est son propre sujet d’expérience ; mêmement se sent figure entière, de plein relief, à la recherche d’une effervescence, d’un transport d’âme, d’une augmentation de l’action vitale. Les mots suffisent-ils ? Le lecteur y pourvoira et comprendra que « l’union de deux êtres avec l’impossible » s’accompagne d’humour sans se priver du plaisir donné. Margarita Meklina rallie à sa manière Blason d’un corps de René Etiemble (1909-2003), ce grand explorateur qui publia ce livre en 1961. Poussière d’étoiles rappelle ce qui est sous tendu par éblouissement (Poussière de soleil de Raymond Roussel (1877-1933). Pages énigmatiques, jeux de langage, amplification de la phrase matricielle, ornement sculptural. « C’est dans le répit que se cache le désir », note Margarita Meklina si proche à certains égards du Journal de Mireille Havet (1898-1932) qui écrit : « J’ai vu ton visage nouveau, ton sourire. J’ai entendu ta voix qui me soumet et se brise vite dans les larmes parce que le plaisir à ce degré ne peut plus s’épancher que par la joie égale à la douleur ». Tout est rupture, tremblement ; tout s’attache, s’embrasse et s’embrase parce que Margarita Meklina a le pas sûr. Elle sait qu’elle va l’emporter.

Alfred Eibel.

Imprimerie Villière, TA du juge Guérin, Route d’Annemasse – 74160 – Beaumont – 76 p, 14 €.

 
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Publié par le janvier 14, 2017 dans Uncategorized