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Le mineur et le canari, de Catherine Safonoff

11 Sep

Catherine Safonoff est née à Genève en 1939. De cet auteur réservé, on ne sait pas grand-chose. Elle a fait du journalisme, travaillé pour le cinéma. Autrement dit, il faut la débusquer dans ses livres : Au nord du capitaine, La part d’Esmé, Autour de ma mère, Comme avant Galilée. De quoi s’agit-il dans ce livre ? Ne cherchez pas le mineur, ne cherchez pas l’oiseau. N’attendez pas de cet auteur d’avoir de la suite dans les idées. Elle s’attache à des détails pour nous indifférents. Elle enchaîne les idées comme des plans fixes au cinéma. Elle n’aime pas s’attarder sur une actualité. Passer outre, oui, sans tarder. Des hésitations, de la tromperie, du trébuchement, rester en carafe, c’est ce que nous offre ce livre. La narratrice s’éprend de son thérapeute, le docteur Ursus. « Vos ennuis, explique-t-il, ne font pas de vous une héroïne et je ne suis pas le miraculeux guérisseur que vous imaginez ». Le meilleur est dans les commencements, suggère Catherine Safonoff. Un souvenir tend inévitablement vers un inventaire. Tandis qu’Ursus se penche sur sa patiente, la plume de Catherine Safonoff s’active, étudie à son tour le cas du Dr. Ursus. Elle est dans la position du peintre qui ne cesse de retoucher son tableau, d’imaginer des frontières imaginaires, indicibles, infranchissables, l’esprit anxieux ; des tracés semblables ceux qu’on fait sur une vitre embuée, quelque chose d’énigmatique. Ce qui est exprimé donne le vertige, une toupie qu’on fait tourner sur sa pointe. Toute question ressemble à une hypothèse signifiant à quoi bon approfondir. La question qui taraude la patiente du docteur Ursus : comme faire pour ne plus se sentir coupable ? Le lecteur est embarqué dans une série de points de suspension. Il y a du funambule chez Catherine Safonoff avec ses sauts de puce qui l’amène à changer de paysage chaque fois que possible. Qu’est-ce qui est dévoilement et qu’est-ce qui n’est que comédie ? Une forme d’insatisfaction apparait qui se traduit par une impuissance à vivre. « Retrouver le sommeil et le rêve ». Fuir autant que possible la cohérence, un diktat. Il n’y a pas d’instant crucial, il n’y a que des instants brodés sur la tapisserie de l’existence. Une visite, une balade, un achat, une rue, une bicyclette, un propos malheureux, un écho qui se répercute loin après, le refus de prendre parti à cause du mot parti qui gêne.

Catherine Safonoff semble écouter aux portes et nous en fait part : « Les fluides, les courants, les ondes qui passent entre nous dans le bureau échappent aux graphiques du rendement économique ». Disserter, confronter les points de vue, cela fatigue. « Je me suis attachée à Ursus, dit la narratrice, comme le client à son dealer ». Catherine Safonoff possède le style qui sait mettre en scène ; elle sait aussi, comme au théâtre, faire le souffleur pour ses personnages.

 

Alfred Eibel.

Éditions Zoé, 180 p, 18 €.

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Publié par le septembre 11, 2016 dans Uncategorized

 

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