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Louis-René des Forêts, Œuvres complètes

14 Sep

Si on peut regrouper autour d’un même axe Georges Bataille, Maurice Blanchot et Michel Leiris, Louis-René des Forêts (1919-2000) se détache par ses multiples activités, romancier, nouvelliste, musicologue, poète, peintre. Il a publié trois romans régulièrement réédités : Les mendiants, Le bavard, La chambre des enfants. Avec chaque livre, il tente de pénétrer des nouvelles strates de la conscience, loin de la psychologie, parfois jusqu’au ressassement, à la recherche de la vie secrète de ses personnages. Pour ce faire, il adopte une langue abrupte, dense, pour mettre à jour des éléments qui, par le truchement de la voix, n’ont pas encore été modulés. Le lecteur reste dubitatif devant un je non relié au narrateur, qui s’invite de l’extérieur sans y avoir été convié, partageant l’histoire entre exaltation et sérénité sans qu’un camp l’emporte sur l’autre, sans conclure. Louis-René des Forêts ruse avec le lecteur, lui fait comprendre que dans la vie il n’y a ni happy end ni unhappy end, au point que reprenant la même histoire à son début on découvrirait des chemins différents. Le bavard est à ce titre exemplaire. Il parle pour ne rien dire, espère quand même apporter sa contribution au cours d’une suite de paroles, qu’il reconnait sans grand intérêt, néanmoins poursuit sa logorrhée persuadé qu’une parcelle de vérité se glisse malgré tout dans ce qu’il exprime. Sa confession ressemble à une auto-flagellation ce qui le ravit. Le bavardage est une moustiquaire qui protège le bavard de ses semblables. L’humour sous-jacent stimule l’ensemble. Les discours, les boniments, les dires, dont le bavard nous abreuve, se dissipent parce que les mots ont perdu leur noyau dur.

Que ce soit dans Les mendiants ou La chambre des enfants, l’écrivain nous fait savoir que la réalité visible est un leurre ; que les fluctuations d’opinions se volatilisent ; que le flair, l’écoute, le regard, la retenue, la rétention et les réticences s’assemblent pour nous offrir une opération dont on s’approche sans l’atteindre. La fin de quoi que ce soit est forcément une duperie.

 

Alfred Eibel

Quarto/Gallimard,

1344 p. 28 €.

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1 commentaire

Publié par le septembre 14, 2015 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Louis-René des Forêts, Œuvres complètes

  1. momo

    janvier 12, 2016 at 12:41

    louis rene est ne en 1916.

     

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