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Jean-Patrick Manchette : Chroniques cinéma

14 Sep

Il ne faut pas être grand cinéphile pour se glisser entre les images, séquences et raccords. Ce que fait Jean-Patrick Manchette (1942-1995) dans ses chroniques publiées dans Charlie Hebdo entre 1979 et 1981, constatant que le cinéma se répète, se dégrade, affirmant que l’enregistrement du réel est l’enregistrement du mensonge. Ne cherchons pas dans un film une logique, soyons sensible au tempo, rythme, au contenu, ce que recommandait l’écrivain allemand Arno Schmidt (1914-1979) ; faisons table rase du délire et de l’admiration. Soyons persuadé qu’un film n’est ni un roman ni une peinture. L’estime et le plaisir se rejoignent si l’on est dans les bonnes dispositions. Un chef-d’œuvre peut avoir des défauts, il n’en demeure pas moins un chef-d’œuvre ; un produit de série peut être passionnant, il n’en demeure pas moins un produit. « Plus le cinéma est négatif, meilleur il est » affirme brusquement Manchette qui aligne une série de metteurs en scène qui ont ses préférences, Kubrick, Nicholas Ray, Walsh, Ford, Hawks, Orson Welles, Fritz Lang, Erich von Stroheim, j’en passe et des meilleurs. En dépit de défaillances, de crispations, d’un rien de désinvolture, les films de Rainer Werner Fassbinder (1945-1982), réalisateur polyvalent, ont l’approbation de Manchette attiré en particulier par Le mariage de Maria Braun parce que Fassbinder joue à fond le mélo, qui n’est pas une facilité, qui est un genre et comme le roman policier, possède une ligne dramatique forte à condition, bien entendu, de passer outre les sentiments emphatiques. Le réalisateur allemand, souligne Manchette, sait fondre les rapports sociaux avec les passions du cœur. Il y a un empressement de Manchette à communiquer avec le lecteur, soit revenu de son film, soit sur le point d’y aller. Il fait son siège : qu’il s’affranchisse de ses partis pris. Sa prose vaut bien celle de la cavalerie légère tant prisée. Sa danse du scalp tourne autour de ces spectateurs qui déclinent à dépouiller les films de leur écorce.

Alfred Eibel

Rivages Noir, 171 p. 8,50 €.

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Publié par le septembre 14, 2015 dans Uncategorized

 

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