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Les trous de conjugaison, d’Ingrid Nahour

18 Août

Trois grandes gueules, la Trinité avec sa « météorologie intérieure instable », Berthe et son chat, Simone l’autoritaire, liées d’une amitié indéfectible. Elles élèvent de violentes protestations contre la rigueur imposée par la société. Elles ont compris, comme le recommandait Marcel Duchamp, que la vie c’est aller vite. Âmes sensibles et révolutionnaires de surcroît, elles savent ce qui empoisonne l’existence, à savoir les petits rongeurs psychologiques qui fissurent le lissé d’une journée sans histoire. Elles possèdent le don de la répartie, clouent le bec aux assimilés de la médiocrité ambiante. Le monde du constat étend ses tentacules, Trinité et ses copines n’en font qu’à leur tête loin des hygiénistes imposés par la société. Au fond tout est risible dans ce monde de ploucs. C’est pourquoi elles ont le mot qui déconcerte à la bouche dès lors qu’on voudrait leur faire entendre raison ; car la raison, ce faux rapport entre deux grandeurs, leur répugne. Elles entonnent le chant des partisans de l’intranquillité, se repassent des joyeusetés dans le but de rehausser la banalité d’un jour sans lendemain. Compagnons de la débrouillardise, mousquetaires sans lames, réfractaires à tout établissement, leurs discours étincellent. Elles repoussent ceux qui voudraient décider à leur place. Un outrage à leurs yeux. Ce sont des bons vivants ; forcément sinon ces dames ne seraient ni bonnes ni vivantes. D’ailleurs le cimetière n’est qu’une décharge publique pour ferrailleurs consternés. Mieux vaut avoir des rêves de cerf-volant que d’être à l’ordre du jour. Trinité tient le crachoir, Simone a tendance à délayer ses discours et Berthe est empêtrée dans la religion. Toutes trois sont des prolétaires membres d’une famille unie. Dans ce livre qui stimule et rend plus vives les choses de la vie, « on crie et on s’interpelle dans tous les sens ». On y retrouve le coq des Plaideurs de Jean Racine et Léonce et Léna de Georg Büchner. Ce qui n’est déjà pas si mal.

 

Alfred Eibel

Le Cherceh-Midi Éditeur.

112 p. 11,80 €.

En librairie le 3 septembre 2015.

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Publié par le août 18, 2015 dans Uncategorized

 

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