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Les tigres parfumés. Voyage au pays des Maharajahs, de Maurice Dekobra

29 Juil

Maurice Dekobra (1888-1973) serait-il un Paul Morand moelleux ? Une chose est sûre, son œuvre ne doit en aucun cas tomber dans l’oubli. Ses livres de voyages valent ceux de ces écrivains qui, lors d’une quinzaine de jours à l’étranger, se croient autorisés à pondre un livre, parlant de leur rhume de cerveau plutôt que des habitants. Au pays du fox-trot, Confucius en pullover, Samouraï 8-cylindres, Sept ans chez les hommes libres sont le résultat de longs séjours d’un écrivain qui sait s’oublier lorsqu’il parcourt l’Inde ou lorsqu’il s’approche de l’Afghanistan. Nous sommes en 1929. Qu’est-ce que l’Inde ? Un pays ? Dekobra répond qu’il faudrait dire un continent. Il explique : il faudrait parler des Bengalais, des Punjabis, des Davidiens, des Parris, des Siks, des Malabars. On n’en finirait pas de les nommer tous. Dekobra constate qu’il y a d’une part les riches qui ont des terres et d’autre part les pauvres. Ceux-là ne disposent que d’une poignée de terre. Notre voyageur n’oublie pas les progressistes et les réactionnaires. Les réactionnaires s’arc-boutent sur une vaine imagination. Les progressistes cherchent à se défaire du poids du passé, préférant la raison, le bon sens. Quant à l’émancipation de la femme, elle sera sans doute difficile, écrit Dekobra. En parcourant Bénarès, Bombay, Delhi, Calcutta, notre globe-trotter constate qu’à côté d’une société de riches bourgeois, prospèrent des parasites et des femmes fatales. Les Anglais, pleins d’ostentation aux Indes, leurs femmes s’ennuient parce que leurs maris officiers sont en mission. Ces charmantes créatures pratiquent le flirt pouvant parfois mener plus loin que prévu. « L’Inde est le paradis des Anglais moyens ». Leur vocabulaire, proche de celui des politiciens, est comme le tarif des brocanteurs. Il faut réduire de 75% pour en estimer la juste valeur, conclut Dekobra. Pendant que les vaillants chasseurs s’attaquent aux animaux sans défense, prêts qu’ils sont à faire disparaître certaines espèces, lion, éléphant, antilope noire, les soldats anglais se croyant en sécurité, tombent dans des embuscades sous les balles des bandits. Pendant ce temps, les tribus afghanes rivales se disputent le trône de Kaboul à coups de fusils. Dekobra n’appartient pas à ce type de voyageur qui s’extasie devant la vétusté des cultures antiques, les commentant comme grandioses. À propos du fanatisme religieux, il écrit : «  Tous les prophètes, tous les Messies ont malheureusement des commis voyageurs cupides qui s’arrogent le droit exclusif de faire de l’exégèse de leur enseignement, de terroriser les fidèles au nom de la divinité absente, d’exploiter enfin leur crédulité ou leur générosité pour en tirer un profit personnel ». En 1947, Maurice Dekobra note dans la réédition de ce livre : «  Les pessimistes, qui n’ont plus aucune illusion sur la modération et la sagesse des masses fanatisées, entrevoient une ère de guerre civile endémique. Si tel devait être le cas, au-dessus des étendards de l’Hindoustan et du Pakistan, un autre flotterait bientôt, avec pour symbole, sur champ écarlate, le masque terrifiant de Kali, amazone de cruauté, déesse impitoyable de la guerre et de la mort ». Il déplore par ailleurs que la logique des Occidentaux, lorsque ceux-ci abordent l’Orient dit compliqué, que leur logique façonnée par une forme particulière de psychorigidité, ressemble à un oiseau en cage qui tourne perpétuellement en rond. Disons pour finir que « Les tigres parfumés » surpasse la plupart des guides disponibles.

 

Alfred Eibel

Éditions KailasH

218 p.15 €.

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Publié par le juillet 29, 2015 dans Uncategorized

 

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