RSS

À l’enseigne du cœur épris, de Jean-François Pigeat

29 Juil

Premier roman d’un auteur né au milieu du XXe siècle dans la région parisienne. On le suppose avoir infusé ses nombreuses lectures. Ici et là on le sent bagage à la main. Cela dit, on n’y pense plus dès qu’on franchit les premières pages. Alors, on le suit, plutôt on le piste dans ses connaissances suivant une certaine dérivation ; on lui donne quitus d’avoir poursuivi sa voie sans lorgner du côté des chemins de traverse et enfin d’avoir misé sur un lecteur susceptible d’accepter un phrasé des plus enchanteurs. C’est sur un site de rencontres que Stéphane fait la connaissance de Geneviève. On ne triche pas, on annonce la couleur. Stéphane a la conscience d’être lui-même, il attend de la femme remarquée d’être à l’identique. Bref, les caractères passent au scanner. On se raconte des histoires tendres, on sort des lieux communs, on se complimente. Stéphane attend que Geneviève soit à l’unisson avec lui et Geneviève se veut en conformité intellectuelle avec Stéphane. Un léger décalage apparaît lorsque le domicile de l’un et de l’autre se différencie par le cadre de vie. On sait, la déco est un révélateur. Qui s’installe semble dire à l’instar des Anglais my home is my castle. Et ce qui étonnera Stéphane qui aime les étiquettes, qui veut prendre en compte les plus infimes vibrations de Geneviève, épingler les dits et redits les plus futiles avec l’intention de les analyser, persuadé que ces propos sur un même sujet répétés ont plus de conséquences qu’il n’y paraît à premier abord. Il s’aperçoit que Geneviève ne joue pas la même partition. Elle ne coupe pas les cheveux en quatre. Dans sa conception du monde, donc de leurs relations communes, au cours de problèmes évoqués en commun, tandis que Stéphane épluche chaque proposition, ce qui ralentit la vie, néanmoins permet de mélanger les contraires, d’explorer en profondeur ce qui le rapproche de Geneviève. Elle, au cours du discours qu’on tient, des échanges de vues, l’air de n’y pas toucher, dans sa belle humeur franche et communicative, trouve la porte dérobée qui lui permet d’évacuer ce qu’elle considère comme noué dans l’esprit de Stéphane, afin de réduire à la partie la plus simple et la plus dense, ce qui laisse Stéphane quelque peu interdit. Tandis que l’amour se fortifie, que les conversations sans réelles utilités se multiplient, qu’un brin de persiflage donne de la couleur à ce duo au comportement obligé, que les progrès en amour assez lents s’affermissent, apparaît le fils de Geneviève, Yann vingt-huit ans, enfant à sa maman, issu d’un passé que Geneviève, semble-t-il, avait occulté. Ce jeune homme sans gêne, de retour de Londres, instille le doute dans l’esprit de Stéphane, ce qui aura des répercussions su ce vivre ensemble, c’est-à-dire sur les préparatifs à leur installation dans le bonheur. L’écriture de Jean-François Pigeat reproduit le flux de la conscience de ses personnages, faisant entrevoir au lecteur ce qui est exprimé au-delà de cette rencontre. Certes il n’y a guère d’intrigue dans l’exploitation de cette science de l’âme car, les filiations ici établies, le vif éclat de lumière de la prose de Jean-François Pigeat captive et charme le lecteur. Il est bon parfois de sentir un écrivain s’ébrouer dans sa langue et qu’au bout du compte une analyse psychologique n’est pas forcément vaine pour ce qu’elle ambitionne, à savoir le ciel dans la fenêtre comme l’écrivait Jacques Chardonne.

 

Alfred Eibel

Le Dilettante

224 p.18 €.

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le juillet 29, 2015 dans Uncategorized

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :