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Alfred Eibel : « Jean-Pierre Martinet, le Ventriloque »

09 Juin

Souvenirs épars…

 

« Ennuyé, fatigué comme je le suis de presque toutes choses et de presque tous les hommes, il n’est pas étonnant que je finisse ma carrière par être ennuyé et fatigué par moi-même. »

Joseph GORANI (1740-1819), Mémoires

« Les souvenirs sont du vent, ils inventent les nuages. »

Jules SUPERVIELLE

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Voici une vingtaine de pages d’une histoire qui en comportera une centaine. Elles donnent le ton de l’ouvrage…

L’auteur (Alfred Eibel) est à la recherche d’un imprimeur susceptible de s’improviser pour l’occasion éditeur, en tant que partie prenante. Figureront également sur la couverture Eibel, Vallat & Schmitt, mes collaborateurs.

L’argument : Voisins de palier de dix ans, une amitié indéfectible, une complicité qui nous mena sur des chemins qu’on ne recommande pas. Mise à nu des protagonistes, ces souvenirs seront parcourus de fourmillements, de rencontres nocturnes ; d’ébriété, d’errances, de conduites perverses, d’érotisme, d’invectives, de prises de bec dont l’œuvre de Jean-Pierre Martinet porte les stigmates. La littérature y prendra sa part, dans ce qu’elle a de plus secret, mais aussi de plus futile. Enfin, l’humour, la dérision, l’ironie, couronneront cet ensemble. A.E.

(…) « Quand nous avons appris le suicide de Grégoire T., dans une chambre de bonne rue de la Clé, nous sommes surpris Jean-Pierre et moi. Joyeux drille, c’est ainsi que nous l’avons qualifié. On se moquait gentiment de lui parce qu’il emportait dans sa musette un bouquin de Brasillach et de Drieu partout où il allait. Maintenant il est trop tard, on ne récupérera jamais les deux mois de loyer qu’il devait à son propriétaire.

Chevalier à la bourse plate, on a trouvé quelques pièces dans son porte-monnaie et une note écrite de sa main : « Je mets fin à mes jours à cause de la citation de David Goodis sur la première page de Ceux qui n’en mènent pas large, le livre de Jean-Pierre Martinet. Goodis c’est qui ? Goodis c’est quoi ? » Comment est-ce possible, dis-je à Jean-Pierre, involontairement responsable. Un sale con ? Je lui répète un sale con ? C’est triste, dit Jean-Pierre, on n’y peut rien. Ah ! Goodis ! Les mannes de Goodis !

Car l’étonnement est ce qui nous constitue, ce qui nous oppose Jean-Pierre et moi à ceux qui ont des certitudes ou la parole révélée. Qu’est-ce que c’est beau la parole révélée ! D’autant qu’elle déclenche en nous des fous rires inextinguibles.

Que nous soyons de grands angoissés, nous l’admettons. Valery Larbaud s’inquiétait de ceux qui aiment trop leurs angoisses qui riment parfois avec poisse. Les grandes passions nous énervent. En chœur nous répétons devant ceux qui étalent devant nous leurs passions à la manière de ces bonimenteurs à la sortie du métro qui vantent des produits miracles, nous leur répétons que les passions sont des incendies sur lesquels il faut jeter des seaux pour les éteindre. On aime bien scandaliser ceux qui se confient à nous en espérant une parole apaisante.

Mais alors, nous dit-on, vous n’adhérez à aucune cause ? Nous leur répliquons du tac au tac : non seulement on nous a exemptés d’une quelconque passion, nous n’avons pas non plus attendu Nicholas Ray pour nous faire la leçon.

A Jean D. souffrant de son amour sans retour pour une actrice de cinéma, très belle, nous conseillons d’aller aux putes. La chair est faible et là, contre espèces sonnantes et trébuchantes, nous lui répondons Jean-Pierre et moi, que le boucher te fait voir une belle pièce de viande avant de l’emballer. Tu n’as pas besoin de l’emballer. Elle s’emballe d’elle-même, elle attend de toi le désir à affirmer.

Jean D. n’était pas convaincu. Mes enfants, dit-il, je vous invite au restau « Aux cheveux d’or » dans le VIIe arrondissement. Arrivés, installés à la fameuse table réservée à Jean D., Jean-Pierre et moi attendons qu’on nous apporte la carte. C’est alors que Marcel arrive présentant la carte, d’abord à Jean D., l’appelant monsieur l’érudit, puis à Jean-Pierre et à moi avec tous les égards.

Qu’on arrête de nous casser les couilles avec la notion de style, dit Jean-Pierre, affirmons plutôt qu’un maître d’hôtel a du style. C’est le cas en ce moment. Ce qui ne doit pas nous empêcher de passer commande d’une bonne bouteille de brouilly.

La générosité nous prend au dépourvu. Venez manger à la maison, nous dit Alain, appelé aussi Alinus. Ma femme s’y entend en gratin dauphinois. Alain ne nous a pas demandé si nous aimons le gratin dauphinois. Tout dépend, dit Jean-Pierre, de la préparation. Après les présentations et la ravissante épouse qui nous salue, on s’est mis à table.

Surgit alors d’une porte dérobée (Jean-Pierre et moi avons toujours aimé les portes dérobées) un garçon de 14 ans, neveu de madame. Il nous salue avec tout le respect qui nous est dû, puis s’assoit en face de nous. Nous avons immédiatement compris que ce charmant bambin, faible d’esprit, pas con du tout comme tous les arriérés, allait nous poser des questions qui, malheureusement pour nous, n’appellent aucun commentaire. Faut-il aimer les fruits ? Mais quels fruits faut-il aimer ? Et vous, aimez-vous les fruits ?

Jean-Pierre répond avec cet air de ne pas y toucher qu’il aime la grenade. Alors le visage du neveu s’illumine. La grenade, moi aussi je l’aime, tant mieux dit Jean-Pierre nous sommes deux à l’aimer, et, conclut Jean-Pierre, nous n’avons pas besoin de la dégoupiller. Et le rire fusa.

Ah ! Le rire qui est une façon de ne pas approfondir, le rire étant un grand drap noir semblable à celui qu’on jette sur la cage du perroquet pour le faire taire. Ne pas approfondir, telle est la devise de ceux qui nous entourent, de ceux qui nous obligent à vivre parmi eux, dit Jean-Pierre.

Rentrant chez nous un soir Jean-Pierre et moi trouvons sur le paillasson du 3e étage le docteur Galgi en plein délire. A cet instant précis la mère Falaise arrive sur le palier et constate qu’un médecin compétent peut aussi être complètement pété. Elle lui demande s’il n’a pas honte de se donner en spectacle, lui si droit, si thétocospique, en spectacle lamentable.

Jean-Pierre ne savait pas quelle attitude adopter. Il parle de ce qu’il s’est mis en tête depuis son enfance, que rien de ce qui est humain ne lui est étranger. C’est la partie visible de l’iceberg, a-t-il répondu. La partie cachée a fondu dans son verre de scotch.

Voulez-vous des gâteaux secs, lui demande la mère Falaise prête à venir en aide dès lors qu’un locataire est en difficulté. Remis sur pieds non sans mal le docteur Galgi s’appuie sur le mur, étonné de nous trouver là pour le secourir. Il éclate brusquement de rire. Je viens de vivre le plus beau jour de ma vie ! Il avait pratiqué un restaurant du XVe arrondissement, décidé, maintenant qu’il est veuf, à manger ce qu’il a toujours désiré, ce que lui a toujours été refusé par sa femme, une vieille toupie qui donnait le tournis par ses incessantes recommandations.

La langue pâteuse mais la mine réjouie, le docteur Galgi s’adresse à Jean-Pierre, lui dit qu’il vient de faire un gros héritage grâce à la mort prématurée de son ancienne maîtresse. Ce qui prouve que l’infidélité peut avoir de bons côtés.

C’est alors qu’arrive dans l’immeuble l’homme à la langue à double pale. Il ne cesse d’affirmer, il a d’ailleurs passé sa vie à affirmer. Depuis qu’il a vu le film de John Boorman il n’arrête pas de répéter Zardoz. Si je dis Zardoz c’est que c’est Zardoz. Son organe a du mal à déglutir. Jean-Pierre rassure l’énergumène, comme l’appelle son père, en disant qu’il a enregistré le message et que demain à coup sûr il ira voir Zardoz.

Retour dans l’appartement de Jean-Pierre qui après m’avoir servi un verre de saint-émilion me dit qu’il préfère encore se taper Zardoz plutôt que d’entendre l’ami Falbala répéter, je me sens investi d’une mission et j’irai jusqu’au bout. Déjà, me souffle Jean-Pierre, il faudrait qu’il aille jusqu’au bout du trottoir sans faire la culbute.

Notre ami Eric Laisselela que nous retrouvons dans un de ces bistrots mal famés qui par chance existent encore, nous explique, une chope de bière à la main, avoir été très marqué par la lecture du roman de Dino Buzzati, Le Désert des Tartares que Jean-Pierre considère comme un grand livre.

Il y a des jours terribles dans ma vie, nous dit Eric Laisselela, des jours de tristesse. Ces jours me hantent, je suis hanté par Le Désert des Tartares et je me sens obligé, marchant dans la rue, la main en forme de visière, la tête légèrement penchée, de scruter l’horizon, et ce qui m’inquiète le plus c’est que je ne vois rien venir. Jean-Pierre flegmatique a du mal à suivre Eric. Je ne vois rien venir, insiste Eric, profitant de ce moment pour se faire servir une autre chope de bière.

Le bistrot est sombre, le jour commence à tomber, Eric se lève pour gueuler, j’en ai par-dessus la tête, la nuit prend feu, la nuit prend feu ! Calme-toi, lui dit Jean-Pierre. Pense plutôt à Emily Dickinson. La drogue et l’alcool n’arrangent pas l’humeur d’Eric. Il finit par nous confier que son amie vient de le quitter et que sa vie est foutue. Jean-Pierre et toi vous êtes de vrais amis !

Nous le prenons chacun par un bras, nous l’amenons à une station de taxi. Hé là ! Les gars ! Votre ami est bourré, je n’en veux pas, il va dégueuler. Je me retourne vers Jean-Pierre, nous qui le connaissons si bien, l’as-tu vu une seule fois dégueuler ? Jamais, dit Jean-Pierre affirmatif (les ambulanciers disent affirmat). Monsieur, vous pouvez nous faire confiance, je le connais depuis plus de dix ans, je ne l’ai jamais vu vomir.

Je viens de lire La Marche du lierre de Gérard Legrand, me dit Jean-Pierre surpris par le titre, par le texte, par ce qu’il comprend, par ce qu’il exprime, sur des morceaux qui sont des coffres-forts. Le titre nous plaît. Nous ne cessons de le redire dès que s’engage une de ces conversations littéraires qui mènent au déraillement. Nous avons du mal à répondre à cette sortie des voies. Sans doute n’avons-nous pas les bons interlocuteurs, tourmentés par la chose littéraire, qui ne vaudra jamais une de ces tambouilles mijotées par la Palestinienne. Alors, pour couper court à ces discussions qui ne sauveront pas la France, nous encourageons la Palestinienne à lire La Marche du lierre. On en reparlera.

Pourquoi avons-nous appelé cette brave dame aux plats préparés, la Palestinienne ? Parce qu’à chacune de nos visites à Jean-Pierre et à moi, Jean-Pierre achetant du museau, moi une salade de pommes de terre noyée dans une sauce aux oignons, elle veut notre avis sur le conflit israélo-palestinien. Jean-Pierre embarrassé ne sait que dire, moi de même, la brave dame insiste, nous, pour calmer le jeu, disons c’est une tragédie. Le mot est lancé. Une tragédie, vous avez raison, dit la Palestinienne. Elle ne nous lâche plus.

Mon fils, j’ai des soucis avec mon fils, il a du mal à trouver du travail. Je n’arrête pas de lui donner de l’argent, en attendant, seulement voilà, il sort un peu trop souvent avec sa fiancée, une bonne copine, rien d’autre croyez-moi, il faut bien que jeunesse se passe. Il faut doubler le prix de vos plats de macédoine, ça compense. Ce n’était pas La Marche du lierre, c’est une façon d’augmenter le chiffre d’affaires, il le faut, ce mélange prisonnier de la mayo (il ne faut plus dire mayonnaise, il faut dire mayo). Vous allez faire des heureux et votre fils en tirera les bénéfices. Ah ! cette Palestinienne ! répétait Jean-Pierre.

Un sentiment étrange nous étreint à des moments précis de notre existence, à des moments clairement attestés. La risée du quartier nous embarrasse, on se sent oublié, cerné par la glace et la solitude. L’odeur de la rue nous enveloppe de son manteau troué, les passants nous lancent des regards obliques ou esquissent des sourires de pitié, constatant notre indifférence à leurs mimiques. Un rasoir posé sur un bol de lait porté à la manière d’un encensoir les aurait estomaqués. Nous aimons étonner les naufragés du zinc que nous côtoyons devant un verre de blanc, tandis que la parlote va bon train. Vaine est la parole, nous le savons.

Nous évoquons Jean-Pierre et moi quelques navets qui ont profondément marqué, précisément parce que ce sont des navets. Nous inventons une ville où seule s’agite la parole. Quel soulagement ! Le phraseur empêche la digestion. Nous avons tous lu Le Bavard de Louis-René des Forêts. Il nous arrive après avoir bien éclusé de nous donner la réplique. Jean-Pierre prend les dix premières lignes, j’enchaîne avec les dix suivantes et ainsi de suite jusqu’à ce que le garçon se plante devant et nous dise, je vais vous apporter deux verres de verveine. Vous n’y pensez pas dit Jean-Pierre. Il nous faut du rouge. Je règle d’avance. Connaissez-vous beaucoup de clients qui règlent d’avance leurs consommations ? Je m’incline, dit le garçon.

Nous avons l’art de transformer la clientèle du restaurant « La Belle Rivière » où nous attend notre table, en pantins, en personnages burlesques. Nous ne leur prêtons pas d’existence. Ce sont des ombres. Peut-être que Richard Strauss aurait pu en tirer un opéra.

Jean-Pierre me dit pitié pour les personnages falots. Notre drame à tous deux, ne pas croire à l’existence de nos contemporains. Nous ne sommes que des mains ; c’est quoi serrer des mains ? Non plus ces embrassades qui ne sont que des baisers volés, des baisers mouillés. Je me souviens d’un homme pris de boisson répétant, vous n’existez pas pour moi, vous n’existez pas pour moi.

Pour nous c’était un peu ça. Nous n’arrivons pas à nous incarner. Devenir chair, devenir homme. Il y a belle lurette que nous avons abandonné toute espérance. On nous l’a souvent reproché. Croire en l’homme veut dire solidarité. Nous préférons embrasser un arbre, c’est du concret. Le reste n’est que fantômes de passage. Nous nous amusons à citer les slogans lus dans le métro. Moi, dit Jean-Pierre, je ne suis pas très jus de raisin. Notre impuissance à créer une dimension nous vaut des quolibets. L’humanité est peuplée d’épouvantails fixés dans les champs, chapeau cabossé, qu’un ventriloque habile réussit à faire parler.

Jean-Pierre est un ventriloque dans son genre, prêtant sa voix à Doussandre, à Solange et à combien d’autres, des voix aux inflexions multiples. En réalité, Jean-Pierre en coulisse change de costume et d’habitudes avant d’apparaître sur scène devant un public censé admirer un nouveau personnage.

Tandis que je rumine des pensées obscures, Jean-Pierre triomphe, me tend un livre d’Henri Michaux, Voyage en Grande Garabagne. A notre tour, dit-il, dans un lieu dont nous changeons l’enseigne, le personnel, le menu, en projetant sur le personnel dans son ensemble nos fantasmes et notre propre langue.

A « La Belle Rivière » servait une belle Vietnamienne dont le jean très ajusté souligne les lignes divines de son corps sublime. Elle plaît aux hommes, elle le sait. La clientèle masculine touche à peine aux plats, observe l’évolution de la jeune Vietnamienne, sa grâce infinie. Nous on se pose la question comment une culotte peut encore trouver un espace entre son jean et son corps.

Et nous nous sommes posé la question, reprenant à notre compte la parole d’un célèbre photographe de starlettes des années 60. Désignant l’un de ses modèles dont il assure le press-book, belle disait-il, mais paresseuse en amour, avait-il souligné. Si notre gironde Vietnamienne une fois débarrassée de ce qui met en valeur sa silhouette, ne serait-elle pas lors de sa contribution aux exercices de l’amour d’une inertie à décourager l’amoureux de service ?

Nous décidons de rendre visite à Patate. Jean-Pierre me dit allons-y sans tarder. Dans sa minuscule boutique mal éclairée, celle que nous appelons ainsi parce que pas futée pour un sou vend des chocolats sous les formes les plus incongrues.

Arrivés sur place, Patate commence à se lamenter. On me vole, dit-elle, on me vole, à peine ai-je le dos tourné, des gamins se servent dans ma caisse. D’une seule voix nous lui conseillons de ne plus tourner le dos à la caisse. Comment faire ? demande-t-elle. C’est un exercice, chère madame, c’est un exercice.

Pauvre Patate me dit Jean-Pierre, elle n’est pas faite pour ce métier, elle avait la possibilité de prendre sa retraite. Depuis, Patate a engagé une jeune femme qui cherchait du boulot. Depuis son arrivée les gamins de l’avenue Félix-Faure se gardent bien de venir chaparder chez Patate. Quelque temps après, passant devant chez Patate nous constatons les volets tirés. Elle a dû en avoir marre me dit Jean-Pierre, elle a jeté l’éponge. Que d’éponges jetées dans le quartier !

Ce n’est que plus tard, croisant par hasard Patate dans la rue, audacieux comme nous sommes nous l’interpellons, alors Patate, que vous est-il arrivé ? Figurez-vous que mon employée, sous des airs de ne pas y toucher, n’a pas cessé de me voler. Ce n’étaient pas des petites sommes. Je suis dégoûtée. Patate tourne les talons, s’en va. Nous qui aimons tant donner des sobriquets aux commerçants du quartier, en voilà un devenu hors d’usage.

Il faut ici introduire un personnage de femme frappée d’avarice qui aurait mérité de finir comme dans Crime et châtiment. Occupé depuis des mois à sortir Linda de ses alcools, découragé parce que sonnant à sa porte un matin Jean-Pierre découvre une jeune femme peu assurée sur ses deux jambes. Ma pauvre Linda, dit-il, tu t’es encore fait flinguer par Jack Daniel’s. Pas du tout, pas du tout ! Tu parles ! Il y a un moment où il ne faut pas trop aimer son angoisse.

Il est temps de me désangoisser, répète Jean-Pierre, tirer un trait, faire de son présent un passé sans espoir de retour, il est temps de changer de campement ; un miracle, l’appartement en face du mien allait bientôt se libérer. Occupé par Patricia, une belle Américaine peu farouche, dont un ami commun à Jean-Pierre et moi dit que le nombre de ses amants ne tiendrait pas dans un annuaire du téléphone. Il faut avouer qu’on s’en était bien aperçu, la fermeture Eclair de son pantalon passablement usée l’attestait sans qu’il soit besoin d’expliquer. Dommage que tu nous quittes Patricia, toi qui ne cessais de nous demander s’il y avait encore de la place dans nos lits.

C’est alors que je m’adresse à la propriétaire de l’appartement du XVe vivant dans une rue chic du XVIe, pas loin de Passy, un appartement trop grand pour elle. A 70 ans passés elle bat encore le pavé une canne à la main, je la considère comme redoutable. Elle passe ses journées derrière son bureau à attendre d’éventuels patients. Chère croquemitaine, chère doctoresse à la retraite !

Elle m’avait prévenu quand je lui ai téléphoné pour prendre rendez-vous qu’elle a une gouvernante originaire, dit-elle, des îles lointaines. Elle est aguerrie et bien élevée, me dit-elle, inutile d’évoquer devant elle le nom de Saint-John Perse, elle ne sait pas qui c’est.

Elle, derrière son bureau, son sac à main bien en évidence. Elle me demande si Jean-Pierre a un métier. Mais madame, il est salarié à la télévision. Très bien, très bien, me dit-elle rassurée. J’espère qu’il n’appartient pas à cette catégorie d’individus qui le soir venu ramènent des créatures, vous voyez ce que je veux dire. Je vois très bien madame, quand on exerce ce métier, on l’a dans la peau, on ne pense pas à autre chose.

Avant de la quitter je jette un coup d’œil sur la moquette passablement usée. Connaissez-vous quelqu’un qui serait preneur ? Je vois bien quelqu’un. Cela coûte ? Je ne le pense pas. Tant mieux. Je ne veux pas qu’on m’en débarrasse, dit-elle d’un ton agressif. Ah bon ? Je veux en faire cadeau à ma petite nièce pour son anniversaire. Madame, cette moquette est usée jusqu’à la trame. Peut-être, me dit cette vieille carne, il n’en demeure pas moins que c’est une moquette et qu’elle restera moquette ! Cher Raskolnikov ! Et c’est ainsi qu’Allah est grand. Pas en la circonstance. Et c’est ainsi que Jean-Pierre devient pour une longue période mon voisin de palier.

Madame Falaise, dont j’ai déjà parlé, Jean, son mari, au teint urineux, vient de disparaître. Le rôle de veuve n’est pas aisé à tenir. Elle dit toujours quand elle me voit que Jean est un homme bon, j’insiste, un homme bon. On n’en a rien à branler qu’il soit bon, me dit Jean-Pierre, grand diplomate, il met fin aux lamentations et répond qu’il est profondément convaincu que Jean est un homme bon.

Aimez-vous les chats ? demande Jean-Pierre. Je possède un chat dit madame Falaise. Nous, dit Jean-Pierre, on adore les chats, nous les aimons vraiment, malheureusement je n’ai pas de chat. Cela dit, une journée sans avoir caressé un chat est une journée perdue. Jean-Pierre songe au metteur en scène Jean-Pierre Melville, grand amateur de félins. Moi, j’avais un chat appelé Boubouche, et non pas Boubouroche comme le répétait en se moquant un ami grand admirateur de Georges Courteline. Madame Falaise gâte Boubouche avec ses plats mitonnés au point que les moustaches de Boubouche ne cessent de s’allonger.

Au dernier étage vit un couple, les Padinet, qui n’ont pas compris qu’ils sont ridicules. Une caricature dit Jean-Pierre quand il voit descendre monsieur Padinet dans son manteau en poil de chameau serrant la main de son épouse – tu parles – emmitouflée dans un manteau de fourrure, col remonté, une sorte de vache laitière qui se serait égarée dans un vison.

Un couple modèle, petit, petit bourgeois satisfait, fiérot d’exister, sortant le soir. On s’est souvent demandé avec Jean-Pierre où les Padinet pouvaient bien aller. Au restaurant, cela ne fait pas un pli, chicos n’est-ce pas, pour montrer à sa rombière qu’il connaît les bons coins. Padinet est d’une suffisance à peine croyable, architecte sur le papier n’ayant jamais rien construit de sa vie, pas même un clapier à lapins, mais bardé de diplômes qu’il s’est empressé de faire figurer sur sa carte de visite. Il renifle quand on l’appelle monsieur l’architecte. Il vit son titre comme un roi sans couronne.

Expert en appartements, il plaque contre le mur un appareil compliqué, observe une aiguille qui n’arrête pas d’osciller et finit par dire d’un ton sentencieux, je sens une réponse humide. Et nous qui entendons ce verdict, nous n’hésitons pas à imaginer des scènes cochonnes les unes plus que les autres, la main de l’architecte égarée dans les dessous de son gros tas, constatant une réponse humide !

Au 4e étage vit une sorte de Noël Roquevert d’une humeur massacrante, l’insatisfait permanent, refaisant le monde à tour de bras, à qui surtout il ne faut pas demander un service. Il expédie celui qui le sollicite sur les roses, prétendant qu’il n’est le valet de chambre de personne, ni domestique, ni bonne à tout faire, encore moins mécanicien. Mettez-vous ça dans le crâne.

Un jour la salle de bains est inondée. Jean-Pierre s’adresse à ce gueulard faute d’aller voir un plombier. Qu’est-ce que je vois, dit-il. Vous me prenez pour un con ? C’est quoi votre truc ? J’accompagnais Jean-Pierre, je le pousse du coude en lui faisant remarquer que de ce Noël il n’y a rien à tirer. Une demi-heure plus tard il sonne à la porte de Jean-Pierre. Montrez-moi cette fuite nom de dieu de bordel de merde ! A la main un sac plein d’outils. Habile de ses mains, il fait merveille. Jean-Pierre est soulagé, ne sait comment le remercier, ne trouve pas ses mots. Il ne veut surtout pas passer pour un ingrat. Le Noël du coin prend congé de mon ami ne cessant de dire, ça va, ça va, ça va, on ne va pas en faire un fromage ! Un fromage certainement pas, mais nous éprouvons un grand soulagement.

Jean-Pierre par lassitude en tire une philosophie. L’humanité étant ce qu’elle est bien malin celui qui se met en tête de l’améliorer. Jean-Pierre n’arrête pas de déclarer qu’il est domestique à son compte et que finalement surnage, sur l’océan des déceptions, la bagatelle, à condition de ne pas s’enferrer, encore que l’accouplement tourne la plupart du temps à une bouffonnerie de l’effroi.

Je suis un esprit contemplatif, me dit Jean-Pierre, c’est la raison pour laquelle j’adore les chats, je les contemple et ils me contemplent. Jean-Pierre Melville ne disait pas autre chose dans ses films. J’ai toujours, me dit encore Jean-Pierre, lu avec plaisir, non sans émotion, les poèmes de Jean Follain, ses petites touches, les frémissements qu’il décrit à propos d’une tasse de porcelaine. J’aime cette expression de Georges Perros lorsque quittant Paris pour s’établir à Douarnenez, il parle d’une retraite sans flambeaux. La liberté intérieure, il n’y a que ça qui compte.

Je dois dire que par moments Jean-Pierre avait l’impression de vivre dans un asile d’aliénés. Ses emmerdements familiaux, un héritage problématique, et le sentiment de vivre de plus en plus sous le règne de l’indifférence.

Il nous arrive de parler littérature à la façon dont on parle de gastronomie. La Ligne d’ombre de Joseph Conrad compte pour nous. De Friedrich Büchner, Jean-Pierre retient cette phrase à graver dans le marbre tirée de Woyzeck, quand le capitaine s’adressant à Woyzeck dit : « Woyzeck, je suis pris de frissons quand je pense que le monde met une journée à tourner sur lui-même, quel gaspillage de temps, où cela nous mènera-t-il ? Woyzeck, je ne peux plus voir une roue de moulin sans tomber dans la mélancolie. »

Nous passons notre vie à nous méfier de nos semblables. Nous avons du mal à croire ce qu’on nous raconte. Jean-Pierre se souvient du Capitaine Patch de Theodore Francis Powys, ce vantard en uniforme racontant ses exploits alors qu’il n’avait jamais quitté le quai. Nous voyons le monde ainsi, une société d’affabulateurs, d’arracheurs de dents, de bluffeurs, de hâbleurs, de simulateurs, d’emmerdeurs programmés, au point me dit Jean-Pierre que la sincérité passe pour le comble de la duplicité.

De temps en temps nous voyons passer avenue Félix-Faure un homme au chapeau froissé, une écharpe rouge autour du cou, vêtu d’un imperméable, un bandeau sur l’œil, André Dhôtel qui enlève son bandeau sur l’œil lorsque nous nous sommes trouvés face à lui pour faire un tour d’horizon du roman policier.

A cette époque la rencontre avec Pierre Rissient, cinéphile de haute volée, metteur en scène d’un court métrage intitulé La Passe de trois, nous amène à Georges Bataille, à son roman Le Bleu du ciel. La partie intitulée « Durty » nous impressionne. Par je ne sais quels détours, ce livre nous ramène à Martine à la chevelure noire. Elle a 30 ans, respire l’amour par tous les pores, plaît aux hommes, sans parler des hommes qui ont très envie d’elle. La difficulté vient de ce qu’elle n’est pas sensible aux séducteurs. De plus, nous ne sommes pas des séducteurs.

Ce n’est qu’au restaurant après deux bonnes bouteilles de saint-émilion que Martine commence à se lâcher. Pas encore à notre entière satisfaction, pas suffisamment pour que son corps glisse entre nos bras. Elle nous regarde droit dans les yeux. Elle nous observe, elle nous scrute, elle se penche légèrement en avant et la main de Jean-Pierre sur sa cuisse sous la table ne bouge plus. A mon tour je tente le hasard. Au moment où ma main se pose sur son autre cuisse, Martine commence à se raidir. Eh ! Les gars un peu de tenue !

Je me tourne alors vers Jean-Pierre. Qu’allons-nous faire maintenant alors qu’il est question que Martine regagne ses pénates ? Nous prenons donc la bonne décision de la ramener chez elle. Je me rends ! dit Martine. Inutile d’en dire davantage. C’est alors que Jean-Pierre se rappelle Folies de femmes d’Erich von Stroheim.

Le cinéma muet, la grande passion de Jean-Pierre, l’idée fixe, la neige qui recouvre ces films, la neige l’ultime personnage. Ce n’est évidemment pas tout à fait cela, mais bon, la neige domine. Jean-Pierre avait cette obsession du blanc, nappe immense immaculée, sur laquelle s’achève tout rapport ou conflit.

Nous usons parfois de formules toutes faites telles que le monde n’est qu’un lupanar. La foi aveugle dans le progrès ressassé nous agace, surtout ceux qui le proclament dans les bistrots. Ils n’ont même pas trois sous cinquante sur eux et ne cessent de se priver de tout.

La doctoresse du XVIe arrondissement, rabougrie plutôt que chétive au point de tomber en poussière, on le sait depuis longtemps. Les femmes chétives ont cette caractéristique de vivre plus que leur mari. D’ailleurs la doctoresse avait enterré son mari depuis une éternité. Elle avait déposé sur sa tombe une couronne de houx avec ses piquants bien en évidence. Bon débarras ! dit-elle quand par hasard on évoque son mari.

Plate comme une planche à repasser, vêtue de noir, elle passe ses journées à faire ses comptes d’apothicaire. Elle tient d’une main sa sacoche et de l’autre un crayon mal taillé. Quelle mouche l’a piquée quand elle s’est mise à téléphoner à Jean-Pierre soi-disant pour prendre de ses nouvelles. En réalité, pour lui suggérer une augmentation de loyer. Vous bénéficiez d’un joli appartement avec balcon situé plein sud, un trois pièces des plus agréables, une salle de bains spacieuse, des miroirs de deux mètres de haut.

Jean-Pierre me raconte la suite quand enfin l’horrible grognasse cesse de vanter ce qu’elle désigne sous le terme de bonbonnière. Ce n’est pas une bonbonnière non plus, non plus un nid d’amour douillet, comprenez cela. Les miroirs dont vous parlez n’ajoutent rien au studio d’une banalité à pleurer. Et puis, pour vous dire franchement les choses, ce n’est quand même pas le Palais des glaces ! A ce moment précis au téléphone Jean-Pierre entend un hoquet. Cette espèce de chauve-souris ratatinée émet une contraction spasmodique du diaphragme, avec secousses brusques et bruits inarticulés.

Son frère Gaston, dit le Gastounet, n’arrête pas de lui répéter Cécile, le mince fil d’amour qui te relie à tes contemporains risque de se rompre ! Montre-toi, Cécile, sous ton meilleur jour. Un sophisme selon Jean-Pierre. Par chance la mort ne rate pas Cécile pour notre bonheur, l’augmentation de loyer passe à l’as, heureusement pour Jean-Pierre.

Quand il écrit qu’un « véritable écrivain ne fait jamais que dialoguer avec son ou ses doubles », il justifie le titre de ce recueil de souvenirs. Jean-Pierre avait de l’oreille, il sait se faire passer pour un autre imitant aussi bien une voix de femme qu’une voix d’homme. Il avait le syndrome de Psychose.

Nous aimons particulièrement le comédien Jacques Morel, son timbre de voix, sa diction, son nez qui aurait ravi Cyrano de Bergerac. Jacques Eyrault aussi, second couteau de la télévision française, fait partie de nos comédiens préférés. Eyrault accompagne toujours le commissaire et entre deux enquêtes chante Marinella. Stupéfiant disons-nous, il est vrai que nous avons un verre dans le nez.

Goûtez-moi ça, nous répétait Albert t’Serstevens quand nous lui rendions visite à l’île Saint-Louis. Un modèle de caravelle qui lui a probablement inspiré L’Or du Christobal est suspendu au-dessus de son bureau. J’espère que vous n’êtes pas venus me voir pour me parler de littérature. Il faut savoir se foutre de la littérature, dit-il, s’arracher à la fascination des livres. Nous vivons dans l’éternité absolue de la bêtise.

Grand farceur, il aimait blaguer et nous raconter des histoires. Arrivé à Paris de sa Belgique natale, t’Ser, comme l’appelle Blaise Cendrars, avait réussi à capturer des mouches qu’il introduisait dans une sarbacane, qu’il soufflait ensuite dans la serrure de l’appartement d’André Suarès qui se plaignait de tant de mouches en été. C’est la saison ! lui faisait remarquer t’Ser, puis il éclate de rire. Jean-Pierre et moi rions avec passion, imaginant la tête d’André Suarès, ce grand condottiere, devant cette épidémie qui n’avait rien à voir avec la prolifération des pigeons place Saint-Marc à Venise.

Nous nous souvenons du journal Matulu où travaille un garçon fort sympathique, belle gueule estimait cette chanteuse attirée par les beaux garçons, qu’on rencontre tous les soirs dans un café de la rue Quentin-Bauchard seule à une table dans l’attente qu’un mec s’intéressât à elle, lui règle par la même occasion ses deux loyers de retard.

Stéphane, le garçon en question, se plaignait des filles qui lui lançaient des regards énamourés. Rien à faire pour les décourager, nous dit-il, je cherche un autre moi-même. Je suis désolé de n’avoir pas assez de mouchoirs pour essuyer les larmes de mes soupirantes. Il avait lu La Somnolence. Il avait quelques relations dans le monde de l’édition. Il trouve le livre formidable et le personnage de K. crédible. Je me suis demandé si Jean-Pierre ne s’était pas inspiré du personnage de la doctoresse.

Dans notre rue nous croisons régulièrement une clocharde que nous avons surnommée « la femme aux trente chiens et aux trente chats ». Ah ! Vous ne pouvez pas imaginer l’odeur, nous dit chaque fois la concierge quand nous passons devant son immeuble. Les chiens ne cessent d’aboyer et les chats de miauler, quel charivari, la dame vient d’un bon milieu. Elle ne sort pratiquement plus. C’est son petit zoo de Vincennes ! dit la concierge en rigolant. A cet instant précis je m’aperçois qu’il lui manque une incisive côté droit.

Vers minuit environ, rue de Pontoise, se dissimule sous une porte cochère une femme d’un certain âge, le visage fatigué, dans l’attente de chalands. Elle amène ses clients dans un hôtel sordide, fait monter une bouteille de champ, sans tarder se met à l’ouvrage. Passant devant, elle nous murmure, vous ne trouverez jamais une pipeuse ès qualité de mon espèce. Je suis la reine des hauts-fourneaux. Les plus résistants finissent par ouvrir les écluses. Alors mes chéris, ça ne vous dit rien ? De plus je ne suis pas cher !

Le quartier est hanté. Lors des douze coups de minuit, des messieurs se pressent entre une fausse blonde qui se donne des airs de grande vicieuse et une brune au teint mat bien moulée et une femme qui cherche à se faire passer pour une dame, lèvres brillantes, le rouge est mis, jolie fourrure et escarpins. Si tu n’as pas de parachute, j’en ai. Nous ne pouvons pas vous suivre ; par contre vous êtes bien bronzé, est-ce l’effet Charles-of-the-Ritz ? Rien n’est jamais perdu dans la vie, lui répond Jean-Pierre, l’important est dans la bagatelle. J’en conviens avec vous. A la revoyure ! J’adore cette expression.

Je me souviens de ce titre d’Albert Paraz, Valsez saucisses, que Jean-Pierre assène lors d’une conversation qui bute sur un obstacle infranchissable. Confidence pour confidence, dit Jean-Pierre, chargé de s’occuper d’une actrice en vue pour une série télé, celle-ci lui demande de rapprocher de sa coiffeuse une bouteille d’eau minérale qui traînait sur un canapé. Plus elle boit d’eau, plus ses joues sont rouges, une fleur en plein épanouissement. A ce moment-là, me dit Jean-Pierre, je commence à avoir un doute. Dites-moi Anne-Lise, ne voyez-vous pas venir une chose à laquelle vous ne vous attendiez-pas ? Que voulez-vous dire ? Elle se lève avec précaution, sa main prend appui sur la chaise. Ma parole, ce n’est pas de l’eau que vous buvez, mais de la vodka ! Vous êtes bourrée comme un coing ! Vite, vite, une cafetière de café fort, fort de café !

Ah ! La politique, je ne sais pas si la politique participe à ses fantasmes. Contre l’idiotie des idéologies, les raisonnements abstraits, Jean-Pierre se méfie des absolus. Ceux qui le bassinent à tout propos, se réclament de la gauche, les voir vivre, quel exploit, il les traite de gauchistes en mie de pain. A l’autre extrémité les grands lyriques du triomphe et de la volonté, la domination par la violence et l’esclavage, en deux mots, le fascisme, ils ne sont pas de son église. Il lui semble que sous le mot démocratie on fourre un peu n’importe quoi, et se pose la question si pour être républicain il faut marcher au pas de l’oie. Billevesées, dit Jean-Pierre, ces discours lénifiants sont destinés à domestiquer la bête. »

 

Ecrivain et journaliste, Alfred Eibel a été le premier éditeur de Jean-Pierre Martinet, pour Un Apostolat d’A. t’Serstevens. Misère de l’utopie (1975). Il a préfacé la réédition de Jérôme (2009). Les lettres que lui a adressées Jean-Pierre Martinet entre 1979 et 1988 ont été publiées par la revue Capharnaüm (n°2, été 2011) sous le titre Sans illusions…

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Publié par le juin 9, 2015 dans Uncategorized

 

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