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L’Ange gardien, de Jérôme Leroy.

21 Sep

Dans une prose d’accusateur public volontairement choisie, Jérôme Leroy a construit un roman noir destiné à ébranler quelques certitudes. Ce qui se joue sur la scène politique n’est pas la vraie pièce. Dans les coulisses, elle est corrigée, revue, augmentée et jamais représentée devant le public. Et pour cause. Ceux qui participent à son écriture sont les « souffleurs » des hommes politiques. Parmi ces esprits figure un nommé Berthet dont on annonce chapitre après chapitre sa prochaine liquidation.

Berthet à Paris, Berthet à Lisbonne. C’est un homme aux convictions atrophiées, un homme seul, amateur de poésie, un intellectuel. (Staline, note son biographe britannique, était un intellectuel et poète). Berthet tue à mains nues comme Robert Walker dans l’Inconnu du Nord Express. Qu’importe la personnalité de l’homme ou de la femme à exécuter. Primo, Berthet aménage la surprise ; secundo, il passe à l’action. Le dégoût n’est pas son affaire.

La soixantaine assumée, considéré par les membres de l’Unité, un état dans l’État, comme un bon serviteur de la cause, Berthet fatigué est promis à la liquidation. Ses pensées, un drone survolant ses désirs, spectateur d’Henri Michaux, de Georges Perros, ou Rimbaud. Cruel et meurtrier à la fois, après une mission, Berthet songe à baiser, réflexe normal, n’importe quel tueur à gages pourrait le confirmer. À la recherche de la femme perdue, en collectionneur averti, loin d’un d’Artagnan amoureux, Berthet se retrouve face à Kardiatou Diop, une jeune belle noire ministre icône de l’intégration. Le voila perdu.

Jérôme Leroy nous avait habitués avec Une si douce apocalypse à un pessimisme réfléchi. Plus offensif dans l’Ange gardien, il déplore que les convictions fondent comme neige au soleil, que le fric n’a plus de frontières, que les criminels restent impunis, qu’on nous dissimule l’envers de l’histoire contemporaine.

Jérôme Leroy se souvient au passage de Milena si proche de Kafka, et des premières lignes de Lolita. Il n’y a pas un instant à perdre, ouvrez la boite de Pandore de ce roman inspiré.

Alfred Eibel.

Gallimard, Série Noire, 331 p., 18,90 €.

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Publié par le septembre 21, 2014 dans Uncategorized

 

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