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HITCHCOCK, ROMAN, de René Bonnell

27 Mai

VERTIGO PLONGÉE
Que serait devenu Alfred Hitchcock sans le cinéma ? Et surtout : que serait devenu le cinéma sans Hitchcock ? Il aurait sûrement continué d’exister, sous toutes les latitudes, avec des bonheurs divers, mais sans ces pincements, ces délicieux frémissements, ces fulgurances prodigués par le Maître.

Rêver « avec » Hitch, se laisser bercer par ses visions perverses, leur inventer des prolongements fictionnels est une tentation naturelle pour le cinéphile/écrivain. Certains s’y sont sans doute déjà essayé en secret, hésitant à se mesurer à visage découvert à celui qui fit un art de ses dissimulations…

Cinéphile émérite, romancier, homme du sérail, René Bonnell connaît son Hitchcock sur le bout des doigts. Il lui suffit de poser les prolégomènes d’une intrigue « hitchcockienne » pour que s’enchaînent, en une divertissante combinatoire, les réminiscences de l’œuvre et de la vie du cinéaste. Soit à imaginer une rencontre entre un génial créateur à bout de souffle et une jeune fan, retorse et intrigante. La tentatrice – douterait-on ? – possède la minceur, la blondeur et la froideur d’une Tippi Hedren. Mais que cache sa dévotion au Maître ? Qu’attend-elle de lui ? Et lui, qui n’a jamais concrétisé ses fantasmes ailleurs qu’à l’écran, qu’espère-t-il ? Une conquête ? Il n’en fut jamais question, même lorsqu’il était en âge. Alors, que lui reste-t-il d’autre à inventer pour enrichir l’écran intime de ses siestes et de ses rêves? Jouer, une fois encore les Pygmalion auprès de cette petite Carol tombée du ciel ; avec sa complicité forcée,fouiller pour la dernière fois la blessure dont il ne s’est jamais guéri.

René Bonnell déroule avec un plaisir communicatif les étapes d’une séduction réciproque, et complexifie la donne en introduisant de nouvelles figures de la perversion. Qui sert qui dans ce jeu triangulaire ? Qui domine l’autre, et pour combien de temps ? La mort est au tournant, rien ne saurait l’arrêter, et chacun a en tête les pathétiques images d’un Hitchcock en fin de vie. Reste un immense héritage artistique, dont Carol saura un bref instant tirer profit. Marquée à jamais par le Maître, mais libérée de sa tyrannique emprise, Carol parviendra à s’accomplir avec ses propres armes. Elle connaîtra le succès, ses miroitements infinis, pour tomber dans un nouveau piège, tout droit sorti celui-là de l’éblouissant final d’ALL ABOUT EVE…

Olivier Eyquem

René Bonnell : « Hitchcock, roman », collection Vert Paradis, éditions Hermann, 2013, 18, 50 €

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Publié par le mai 27, 2014 dans Uncategorized

 

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