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HITCHCOCK ET SES BLONDES FLASHANTES

24 Mar

Hitchcock et « ses » blondes, Hitchcock et le sexe, Hitchcock et ses héroïnes, Hitchcock et ses « méchants », Hitchcock et ses actrices… autant de thèmes qui intriguent depuis longtemps le cinéphile et excitent la curiosité du spectateur novice. Grande est la tentation de voir en cette œuvre piégée, délicieusement perverse, un reflet de la vie très privée d’un réalisateur devenu au fil des ans l’un des plus célèbres de la planète. Ces réalisateurs aussi « pervers » que Buñuel, Sternberg, Stroheim, David Lynch ou David Cronenberg pourraient raisonnablement inciter la critique aux mêmes investigations, mais celle-ci s’en abstient, avec un respect craintif. Avec le Maître, toute retenue semble par contre oubliée, et il est devenu de tradition d’autopsier et psychanalyser Hitchcock avec le même entrain qu’il mettait à assaillir ses victimes.

Le court essai de Serge Koster est signé d’un authentique amoureux, qui vibre à six des divers films de « de blondes » que comprend l’œuvre hitchcockienne. L’angle choisi, aussi étroit qu’il puisse sembler à première vue, permet de balayer de vastes pans de ce cinéma, tout en donnant libre court à une écriture intuitive et lyrique. Les métonymies sont abondamment invoquées dans cette lecture, certaines fragiles et contestables, d’autres réellement éclairantes. On apprécie ainsi les rapprochements faits entre les trois films de Grace Kelly (LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT, LA MAIN AU COLLET, FENÊTRE SUR COUR) autour du thème du mariage, qui émerge ainsi comme une donnée fondamentale de l’inspiration hitchcockienne. Partant de là, le lecteur est incité à apprécier ce qui rapproche, par exemple, REBECCA et son « jumeau » SOUPÇONS des ENCHAÎNÉS, LES AMANTS DU CAPRICORNE, LE PROCÈS PARADINE, etc. L’assimilation du chignon au sexe féminin paraît aussi incontestable, et Koster se livre ici à quelques fines variations sur ce cinéaste « qui ne laisse rien au hasard quand il s’agit des raffinements du désir et de faire se toucher les corps en évitant les crudités de la chair ». J’aime le rapprochement fait entre l’effort d’Hitchcock pour remodeler la Kim Novak de VERTIGO et celui de James Stewart, acharné à recréer sa Madeleine ; je goûte ce beau raccourci pour définir le couple impossible que forment « une vivante d’entre les morts, sous le regard d’un amant des ombres », et cette longue description de la magistrale scène du wagon-restaurant de LA MORT AUX TROUSSES, où « le sourire railleur (d’Eva Marie Saint) est une invite à la retenue autant qu’à la dépravation ». Après ces sommets, les deux films de Tippi Hedren ne peuvent que décevoir par leurs violences rageuses, et Koster grossit à peine le trait en y voyant « le tombeau de la blondeur ».

Porté à un enthousiasme sans frein, Koster se laisse aller à des éloges dont la démesure prête à sourire. Qui peut soutenir que « seul Alfred Hitchcock a conféré aux stars une dimension mythique » et un tel pouvoir de rayonnement ; que le génie d’Hitch a créé avec ses « actrices enchanteresses » une « constellation esthétique et érotique à nulle autre pareille ». Plus gênants que ces plaisants emballements me paraissent être les dérapages et chutes dans la trivialité (« Comment dissimuler que la messagère de la mort a aussi le feu au cul », à propos d’Eve dans LA MORT AUX TROUSSES), l’incise gratuite sur la liaison de Kim Novak et Sammy Davis Jr, l’interprétation délirante de « l’Introducing Tippi Hedren » des OISEAUX, la fixation sur les « fentes » du sac à main de Marnie, sans parler du « phallus de bois » (?) qu’est censée cacher Grace Kelly dans sa vanity-case de FENÊTRE SUR COUR.

Reste qu’au-delà de ces réserves, l’essai se révèle enrichissant et captivant. Il mérite une lecture attentive, qui apportera encore des surprises, même à ceux qui possèdent une bonne connaissance des films cités.

Olivier Eyquem

Serge KOSTER : « Les blondes flashantes d’Alfred Hitchcock », Éditions Léo Scheer, 2013, 86 pages, 15 €

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Publié par le mars 24, 2013 dans Uncategorized

 

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