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En feuilletant, en survolant (7)

14 Mar

Ouvrant « Terrain à vendre au bord de la mer », de Henry Céard (1851-1924) je tombe sur ce passage : « Pour dissiper la méphitique atmosphère qui l’entoure, Malbar alluma une cigarette. Chien-de-Nous regardait, le suivait pas à pas, et tous deux allaient et venaient le long de l’église dans la nuit où les verriers, par place, laissait tomber à terre de grande nappes de clarté ». Par une de ces associations d’idées difficiles à communiquer, clandestine, dirais-je, je songe aux intervalles qui voient le jour naître, au roman de Jacques Sommer Le Meurtre à paraître cet automne aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

*

« Il n’est pas question ici de nier les immenses victoires remportées par le long processus, toujours en cours, de la libération sexuelle : fini le temps de la honte, de la concupiscence et du péché de la chair, abolie la haine de l’homosexuel, oubliée la grossesse non désirée, enterrée la phobie du plaisir féminin. Il était grand temps. Mais on peut tout de même s’inquiéter de certaines dérives de ce tropisme sexuel : en quelques décennies, notre société a basculé du discours de la libération à celui de l’injonction, de la permissivité conquise à la jouissance forcée. Le sexe était une audace, il est devenu un pensum ».

Je t’aime à la philo. Quand les philosophes parlent d’amour et de sexe, d’Olivia Gazalé, Le Livre de Poche, 426 p., 7,10 €.

Jean Paulhan a promu d’étranges écrivains : Malcolm de Chazal, Noël Devault, Theodore Francis Powys. Il faut rendre hommage à l’éditeur Jean-Cyrille Godefroy d’avoir publié M. Bugby fait peur aux oiseaux, après Le bon vin de M. Weston, De vie à trépas et Capitaine Patch, tous les trois chez Gallimard. Si vous avez « l’esprit obscur » c’est le moment d’ouvrir ce livre : « Le cognac /dit M. Bugby/ est une boisson qui r’monte rudement quand on est un pauvre homme lié à une vieille toupie. Et une fille avec des ch’veux frisés, et un petit lacet sur le corsage qui s’déchire facilement, c’est une rudement bonne boisson ça aussi ».

Theodore Francis Powys : Mr. Bugby fait peur aux oiseaux, Jean-CyrilleGodefroy, 244 p.

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Ivresse, de Jean-Luc Nancy

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question ». Plus loin Baudelaire ajoute « enivrez-vous », de vin, de poésie, de vertu. Pour Li Bai, grand poète chinois, le vin a le pouvoir de chasser le chagrin. Lire Le bleu du ciel de Georges Bataille. Ne pas oublier Verlaine, ne pas faire impasse sur Alcools. Goethe parle d’une ivresse singulière en citant Spinoza « Ivre de Dieu ». Voici le meilleur, cette déclaration de Malcolm Lowry (1) : « Regarde… J’ai transformé ma vie, lutté contre la mort, non pas une heure durant, non pas un instant au cours de mes ivresses, cela en a valu la peine : durant les pires moments de ma vie, pas une seule goutte de mescal, en alchimiste que je suis, qui ne s’est pas instantanément transmué en or ; pas un seul verre qui n’ait créé en moi un chant ».

Ivresse, de Jean-Luc Nancy, Bibliothèque Rivages, 89 p., 10 €.

(1) Pursued by furies. A life of Malcolm Lowry, by Gordon Bowker (Harper/Collins)

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Publié par le mars 14, 2013 dans Uncategorized

 

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