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A propos de Drieu La Rochelle. Remarques sur quelques lectures et relectures.

10 Mar

Sur les écrits et la personne de Pierre Drieu La Rochelle les essais n’ont cessé de se multiplier depuis cinq décennies : de ceux de Bernard Frank (La panoplie littéraire, dans le ton caracolant et bien parisien) et de Pol Vandromme (de droite traditionaliste et réactionnaire, en complicité immédiate avec son objet), tous deux parus en 1958, à celui, d’inspiration anthropologique, de Frédéric Grover (par ailleur auteur avec Pierre Andreu de la plus complète biographie de l’écrivain à cette date), de Dominique Desanti (Drieu La Rochelle ou le séducteur mystifié, 1978 ; la réédition portera pour sous-titre, plus percutant et moins complaisant : Du dandy au nazi ; portrait biographique de veine empathique – la formation marxiste, et la traversée du stalinisme, ainsi que la vision féministe de Desanti lui permettant un éclairage qui tranche heureusement avec maint lieu commun coutumier en la matière), de Julien Hervier (Deux individus contre l’Histoire : Drieu La Rochelle, Ernst Jünger, même année), de Marie Balvet (Itinéraire d’un intellectuel vers le fascisme : Drieu La Rochelle, 1984, sèche, dure et pertinente analyse) ou, nourri d’une sympathie critique, de Jacques Lecarme (Drieu La Rochelle ou le bal des maudits, 2001). Ces deux derniers ouvrages aux Presses Universitaires de France, pour situer le cadre de leur inscription.

 

*

 

J’ai souvent pensé que si Drieu était mort, dans quelque accident, en avril 1940 – effrayé qu’il était du reste, tel un adolescent prolongé, à l’idée de vivre au-delà de cinquante ans – son aura posthume n’eût été en rien celle qui est la sienne aujourd’hui.

Certes, au vu de Gilles et de son militantisme de 1936 à 1939 au PPF qui lui fit commettre les pitoyables articles d’Avec Doriot (lesquels enthousiasmèrent, de son aveu, le non moins raffiné Ramon Fernandez, jusqu’à le convertir à son tour), sans oublier le recueil de Socialisme fasciste de 1934, on se fût douté qu’il n’eût été un grand résistant, si intense était sa haine de la démocratie, et son profond amour des totalitarismes. (« Je mourrai avec une joie sauvage à l’idée que Staline sera maître du monde. Enfin un maître. Il est bon que les hommes aient un maître qui leur fasse sentir l’omnipotence féroce de Dieu, l’inexorable airan de la loi », écrivait-il dans son Journal au terme de la guerre, le despote russe prenant la suite de l’allemand dans son esprit). Mais il n’y eût pas en ce cas la Nouvelle Revue Française passé sous son contrôle de collaborateur des nazis, ni ce suicide de 1945 – alors qu’il aurait pu aisément se réfugier à l’étranger : la Suisse l’accueillait, comme elle accueillit, autrement, Paul Morand, ambassadeur de Pétain.

Du coup, son destin prit une coloration spécifique, celle d’un romantisme fuligineux, et il en gagna un statut littéraire hors de proportion avec ce qu’il avait produit de fait.

 

Pierre Crescent.

 

(la suite la semaine prochaine)

 

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Publié par le mars 10, 2013 dans Uncategorized

 

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