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La recette du pigeon à l’italienne, d’Alain Berenboom

05 Mai

Le lecteur des aventures de Tintin se retrouvera en terrain familier avec ce roman. Berenboom sait habilement typer ses personnages, mettant au premier plan Michel van Loo, détective privé bruxellois à l’esprit d’escalier. Michel est soutenu, aimé, choyé par Anne la jolie coiffeuse qui travaille au salon de coiffure de Federico, un ancien résistant communiste, sans omettre Hubert, le pharmacien juif polonais. Un joli quatuor soudé par une longue amitié. Hergé n’avait-il pas constitué un quatuor à sa façon ? Tintin, Milou, le capitaine Haddock, le professeur Tournesol ? L’esprit de Hergé s’insinue à chaque chapitre de ce roman du « gai savoir ». Sous des dehors ironiques, pince sans rire, lisant Berenboom, on songe aux Inscriptions de Louis Scutenaire. Immédiatement vous vient à l’esprit cette phrase : « C’est que, au fond, les mots demeurent toujours quelque part dans l’enfance où ils jouent ». Et puis il y a un anagramme. Pourquoi Ignazio Silone, le grand écrivain italien qui pratique une satire sociale âpre et véhémente, servie par un réalisme violent et poétique devient-il Ignazio Lisone, un gredin, un profiteur sans scrupules ? Berenboom bâtit son histoire sur un socle solide, social, historique, sur lequel il brode avec adresse qui doit un peu à Chandler.
Oui, l’esclavage a existé en Belgique dans les années 50, à la grande époque de Fausto Coppi et de Gino Bartali. Oui, des trafiquants ont fait venir d’Italie des pauvres bougres pour les plonger dans les charbonnages wallons, en des conditions hygiéniques déplorables, des être humains traités comme des bêtes, au point que quelques-uns y laissèrent leur peau sans parler de ceux qui s’en tirèrent avec des maladies incurables. Oui, il a suffit d’un syndicaliste courageux pour tenter d’aider ces travailleurs. Hélas, on le retrouve assassiné. Hélas encore concernant Ignazio Lisone, pourvoyeur de main d’œuvre étrangère, colombophile. Il transmet des messages par pigeon voyageur, retrouve son pigeon préféré estourbi, reçoit des menaces de mort. Allez vous y retrouver ! Cet oiseau de basse cour prend un sens imprévu. Qui cherche à pigeonner l’autre ? Oui, Alain Berenboom s’égaie en tenant fermement la main du lecteur. Car la réalité aussi horrible soit-elle n’interdit pas le rire aux éclats.

Alfred Eibel

Genèse Edition, 277 p., 22,50 €.

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Publié par le mai 5, 2012 dans Uncategorized

 

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