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Joyeux, fais ton fourbi, de Julien Blanc

23 Fév

Au milieu d’une armada de livres interchangeables, celui-ci détonne par sa véhémence, ses dialogues crus et cruels. Il se situe à l’opposé de l’esthétique baroquisante d’un Jean Genet, au point que la langue utilisée surgit comme brut de décoffrage. Malheureux, Julien Blanc (1908-1951) est né d’un père mort avant sa naissance, d’une mère morte à la tâche. Cet orphelin a passé sa jeunesse dans les maisons de corrections. Il raconte sa vie perdue dans le tome I de sa trilogie, La confusion des peines. Le tome II, Joyeux, fais ton fourbi évoque son adolescence passée au bataillon disciplinaire d’Afrique, le fameux bat’ d’af’. Dans ce désert, l’individu n’est qu’un résidu d’humanité, une bête puante, en proie aux maladies vénériennes, à la déchéance, aux réactions imprévisibles ; un criminel en puissance, un ruminant, un simulateur. Jean Galtier-Boissière note dans son Journal 1940-1950 que rencontrant Julien Blanc il fut marqué par le masque d’un homme qui a beaucoup souffert. Si l’on excepte Darien, Vallès, Céline, Maurice Raphaël, un tel livre que Jean Paulhan n’a cessé de soutenir, d’en faire la réclame, n’a pas d’équivalent dans la littérature française. Publié pour la première fois il y a soixante cinq ans, il conserve sa puissance, son venin. Il confirme que la vérité est toujours bonne à dire, que la littérature se nourrit aussi de cauchemars, d’injustices et d’ignominie. O tempora ! O mores ! Devrait-on s’exclamer constatant que l’univers concentrationnaire n’est pas l’apanage du IIIème Reich.

Alfred Eibel

Finitude, 298 p., 24 €.

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Publié par le février 23, 2012 dans Uncategorized

 

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