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« Sa petite chérie », de Colombe Schneck

18 Sep

Histoire de deux amours, à deux étapes de la vie d’une femme – l’adolescence et ses élans inaboutis, l’âge adulte, qui referme les portes du souvenir pour permettre l’avènement d’une troisième histoire, tout juste esquissée dans les dernières pages.

Deux homme : celui du présent, François, destinataire ultime du récit ; celui du passé, Jean, dont la narratrice tombe follement amoureuse au seuil de l’adolescence sans savoir que faire de cette passion malhabile qui ne cesse de se créer de nouveaux obstacles. Rien n’est aisé entre ces deux timides toujours prêts à s’emballer pour, l’instant d’après, retomber dans une gêne paralysante. Faute de pratiquer les Sésames qui donnent aux adultes la confortable illusion de partager les mêmes sentiments, lui et elle, du haut de leurs quinze ans, recourent à d’obscures stratégies d’évitement et de contournement, que la romancière décrit avec un attendrissement mesuré et une précision microscopique. La fille s’interroge, suppute, dresse des listes d’indices censés prouver que « son » Jean l’aime. Mais lorsque le jeune mâle (encore plus amoureux, et fort décidé à le cacher), feint la désinvolture et propose qu’ils « sortent ensemble », elle se fige et n’a que la force de lui opposer un refus muet, qu’il prend pour argent comptant.

Cette première brisure n’interrompt pas l’effort « fusionnel » de la jeune amoureuse, plus que jamais désireuse d’appartenir au monde du garçon. Une famille accueillante à l’extrême, des cours à potasser en commun pendant des heures, des échanges à perdre haleine, tout est fait pour encourager la proximité…  et décourager un amour de jeunesse. Le rêve, faute d’être entretenu, se délite, et l’adolescente, derrière laquelle se profile déjà une adulte cruellement lucide, décrète avec une touchante gravité qu’elle a raté sa première histoire d’amour. À seize ans, le lien s’est bel et bien dénoué, faisant place à des feintes courantes, bien plus calculées, que Colombe Schneck décrit avec mordant. Bien plus tard, elle réalisera le malentendu, comprendra que « tout avait toujours été possible entre eux » piètre lucidité rétroactive, qui creusera encore plus l’écart. En amour, on ne fait pas deux fois les mêmes erreurs, on en fait simplement d’autres.

À dix-huit ans, voici qu’elle se lance, « sans aucun mode d’emploi » dans une vie amoureuse mouvementée. Les années passent… mariage, maternité, divorce de part et d’autre, et quelques secondes de précieuse intimité à l’occasion d’un enterrement. La narratrice s’interroge, cherche à remonter le labyrinthe des sentiments, pour s’apercevoir finalement que cette histoire de jeunesse était sans avenir.

Les premières pages en restaient aux griffures des amours juvéniles, celles-ci fouillent plus en profondeur, sondant les failles personnelles qui se soldèrent par des échecs en série. L’homme du « présent », qui surgit au terme d’une autoflagellation en règle, n’a rien d’un sauveur. Il se refuse, lui aussi, à sa manière, sûr de son statut de séducteur. C’est pourtant lui qui permettra à la narratrice de prendre définitivement ses distances avec la « belle histoire d’amour, sans peau et sans goût de l’autre » qu’elle aura vécue pendant trente ans « avec » Jean. Les dernières pages, fiévreuses, qu’on croirait écrites d’un trait, seront le beau récit d’un double et réciproque abandon, d’une conquête charnelle où chacun renoncera à une part de soi pour s’ouvrir aux promesses et aux risques  d’un nouvel amour.

Colombe Schneck : « Sa petite chérie », Stock, 2007

Olivier Eyquem

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Publié par le septembre 18, 2011 dans Uncategorized

 

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