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CHAUSSURE À SON PIED

22 Jan

« Regardez ses souliers », dit le chef d’entreprise devant moi à l’un de ses visiteurs, désignant son plus proche collaborateur ; « regardez ses souliers, vous comprendrez qu’il lui sera difficile de vous rembourser dans les délais prévus. »

Depuis, dans le métro, je regarde les chaussures des passagers ; je cherche à repérer les bons et les mauvais payeurs. Cuir noir impeccable, ciré, bouts effilés, je m’interroge sur sa profession. Bonimenteur ? Proxénète à l’exemple de l’inimitable Dédé de je ne me souviens plus quel film ? Un homme bien mis, serviette grand faiseur, des croquenots qui miroitent, c’est un gars qui inspire confiance. A qui vous achèteriez les yeux fermés la Nouvelle Passat. Qui faut-il féliciter à propos de cet autre passager chaussé de mocassins fantaisie ? Est-ce vraiment son choix ou est-ce que son épouse lui trouvant la mine un peu sévère pour le métier qu’il exerce, lui a conseillé cette paire avec lacets à pompons ? Avec un huissier, pas d’extravagance. Godillots de trappeurs. On voit tout de suite qu’après inventaire il vous laissera votre brosse à dents. Un autre bonhomme, belles pompes, la gueule enfarinée, genre bobo, qui met à jour en permanence les sujets qui fâchent. Inutile d’approfondir. Inlassable surfeur. Expert en conversations frivoles. Je plains ce vieux monsieur au fond du wagon, cheveux blancs, cravate tricotée bleu profond, vendeur dans je ne sait quel commerce, des godasses qui ont trainé dans Paris ; homme à bout de souffle ; on sent qu’il ira jusqu’à l’infarctus pour nourrir sa famille. Dans la gamme des quinquagénaires vous avez cet olibrius chaussé grand style. Il espère attirer l’attention des jolies femmes. On le complimente : vous faites plus jeune que votre âge. Porteur de richelieus, ces chaussures basses et lacées, que porte cet homme recroquevillé sur son siège, occupé à lire un journal. J’ignore sa profession. Une chose me semble évidente. Les cordon de sa bourse sont aussi serrés que les lacets de ses bottines. Assis un peu à l’écart vous avez le type qui porte des espadrilles. La trentaine. Homme aux semelles de vent, sans profession stable, qu’un bon flic aurait repéré instantanément. A coup sûr un pickpocket. Pris en flagrant délit il distance la police grâce à ses souliers légers. Rien d’étonnant qu’il ne se fasse jamais prendre.

Alfred Eibel

 

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Publié par le janvier 22, 2011 dans Humour

 

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