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Elizabeth George : une Américaine bien Tranquille (profil)

01 Jan

Femme d’une douce tranquillité, Américaine à la fibre britannique, Elizabeth George pousse ses investigations pour mettre à jour en chacun de ses personnages un fin réseau de lignes entrecroisées de rancunes, de considérations flatteuses, d’avidité, de fausses apparences. Il faut avoir lu Le lieu du crime, Enquête dans le brouillard, si l’on veut comprendre que cette romancière s’est spécialisée dans les âmes les plus noires. Le fair-play dissimule un psychopathe ; une famille anglaise paisible est capable de se déchirer en permanence. Thé et antipathie vont de pair. Elizabeth George accumule les cadavres mutilés. L’humour et la perversité font bon ménage. L’inspecteur Linley, comte d’Asherton, ancien élève d’Eton, se déplace en Rolls Royce. Cela indispose son adjointe Barbara Havers issue d’un milieu modeste, laide, revêche, une vraie langue de vipère. Et pourtant ils font du bon boulot ensemble. Méfions-nous des chaumières anglaises, elles abritent des amours impossibles, des personnages grossiers, des obsédés sexuels et des bras vengeurs. Le dernier roman de la romancière, Le cortège de la mort, véhicule des comportements antisociaux, des personnages inquiets aux déclarations ambiguës ou menaçantes. Linley s’est retiré de Scotland Yard depuis la disparition de son épouse, retrouvée assassinée. La jeune Isabelle Ardery prend sa place, espère une promotion. La police se méfie d’elle because son inexpérience. Barbara Havers est égale à elle-même, fagotée comme un as de pique. La police finit par demander le retour de Linley. On compte sur sa longue expérience. Un crime affreux vient d’être commis. Jamina a été retrouvée égorgée dans un cimetière londonien. Cette sainte nitouche papillonnait d’un garçon à l’autre, d’un homme à l’autre. Rencontrant Elizabeth George je l’interroge sur sa méthode de travail. « Le sujet d’un roman je le trouve souvent dans la presse. Puis vient le lieu et l’action. Je me rends sur place en Angleterre. Je trouve la ville, j’établis un relevé topographique. Je prends des photos, note différentes choses, interroge les habitants. Ces éléments une fois réunis, je dresse la liste de mes personnages principaux. Je désigne la victime, porte mon choix sur l’assassin, souligne les noms de ceux qui seront affectés par la crise. Je choisis avec soin les noms propres de mes personnages afin qu’ils révèlent leur origine sociale. Ensuite, je dresse le portrait physiologique de chacun, ce que j’appelle « les manœuvres pathologiques » de mes personnages ».

Comme Simenon, elle travaille avec des cartes. Elle met en place le squelette de l’intrigue, scène par scène, indiquant pour chaque scène le rôle que vont jouer ses personnages. C’est après ces travaux préliminaires qu’elle se met à son ordinateur. Elle aime les intrigues élaborées. Lorsque je lui demande quels sont ses auteurs favoris elle cite dans le désordre : « Dorothy L. Sayers, Margery Allingham, P.D. James, Ruth Rendell, le premier John le Carré. Nous tous qui œuvrons dans le genre policier, nous sommes tous redevable à Henry James. Il nous a appris l’art très particulier de faire progresser une action sans que le lecteur en prenne réellement conscience ». Son souci de clarté l’amène à écrire jusqu’à trois heures du matin pour détecter comme elle dit, une source de conflits intérieurs. Elle s’astreint à adopter un rythme anglais. Elle termine avec un sourire entendu : « On ne pourra pas me reprocher de sauter les étapes ».

Alfred Eibel

Les Presses de la Cité, 650 p., 22,90 €.

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1 commentaire

Publié par le janvier 1, 2011 dans Polar, Uncategorized

 

Une réponse à “Elizabeth George : une Américaine bien Tranquille (profil)

  1. Patrick Chabannes

    janvier 29, 2011 at 8:50

    Merci de ce partage découvert dans Valeurs Actuelles

    Cordialement, Pikkendorff

     

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