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« Dictionnaire amoureux des chats », de Frédéric Vitoux

11 Déc

C’est le livre d’un authentique et très persuasif amoureux des chats, qui trouve à chaque page de nouvelles qualités à admirer chez cet animal si trompeusement « familier » qu’on en oublierait le mystère de ses origines et les raisons qui nous font goûter sa compagnie. Frédéric Vitoux expose d’emblée ses préférences. Il bannit de son dictionnaire, comme de sa vie, les chats « de race », aristocrates pomponnés qu’on n’ose caresser à mains nues de peur de les contaminer (comte à minet?) ou de leur casser les os. Il aime les chats « démarqués », les bâtards issus d’accouplements robustes au fond d’obscures ruelles : le greffier, le matou, le chat de gouttière, il n’y a que ça de vrai.

Et Vitoux de louanger sa vigueur de l’animal, son allure, sa sensualité, sa démarche nonchalante, qu’il compare à celle des grands acteurs de western : Cooper, Fonda, Stewart. Il partage les émois d’un Baudelaire, salue Perrault et son Chat botté, Marcel Aymé et ses Contes du chat perché, Lewis Carroll et son chat du Cheshire, Céline et son Bébert, s’attriste de la mort pathétique de Belzébuth dans « Le Capitaine Fracasse », nous éclaire en érudit sur le « Combat de chats » de peintre Bemaërts ou les véritables origines du « Duo des Chats » attribué à Rossini. Vitoux s’indigne à juste titre des pratiques funéraires extrêmes propres aux Etats-Unis (momification, voire clonage)  qui frisent l’obscène, mais ne nous choquent guère plus que les sépultures kitsch qui encombrent tant de nos jardins bien français.

Pour mieux convaincre, cet inlassable avocat n’hésite pas à évoquer, pour aussitôt les réfuter, les critiques des ennemis du chats – ceux qui voient en Félix et Minou une bête égoïste et sournoise, et même un symbole du Mal. Cela nous vaut une réjouissante définition signée Ambrose Bierce : « CHAT (N.) Automate moelleux et indestructible fourni par la nature pour recevoir des coups de pied quand les choses se gâtent dans le cercle de famille. » Mais pourquoi l’auteur s’abaisse-t-il à insulter gravement la race canine pour mieux exalter la féline? Aveuglement d’amoureux, sans doute, et plus excusable à nos yeux  que l’abus des points d’exclamation et de certaines tournures de langage parlé, qui surprend chez un écrivain aussi accompli.

Olivier Eyquem

Frédéric Vitoux : « Dictionnaire amoureux des chats », Plon Fayard, 2008, 24 €

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Publié par le décembre 11, 2010 dans Uncategorized

 

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