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L’Arbre à tiroirs, de Jack Forget

08 Déc

Août 1954, à dix ans Paul bascule brutalement dans le monde des adultes. L’enfance est morte. Son père l’a tuée en voulant se tuer. Tentative de suicide rattrapée in extremis par les pompiers. Calmants et électrochocs. Jean ne sera jamais plus le même. Sa vie durant, il errera dans la brume, désormais incapable d’être chef de famille.

Irène, la mère, n’est pas armée pour affronter le choc. Elle s’en remet au fils sur qui reposeront en grande partie le quotidien et la prise en charge de ce mari dépressif sans cesse hospitalisé. Mère indigne ? Sans doute. En tout cas, mère mal-aimante, maltraitante par lâcheté. Et par égoïsme. Paul trouvera heureusement un peu de réconfort auprès de Célestine et Firmin, grands-parents d’autrefois, gens simples et bons. Mais ils habitent Trouville. Leur maison, havre de paix, est trop loin de Paris où il grandira. Les aïeuls vieillissent. Bientôt, le garçon ne leur rendra plus visite qu’au cimetière.

Enfant des années 50, la rue fera son éducation. Drouot, les Halles, la débrouille, Marthe la fleuriste qui le prend sous son aile, le muguet de mai qu’on vend à la sauvette aux prostituées du quartier Montparnasse… Autant de souvenirs qui se bousculent. Si la mémoire les restitue intacts, la plume ne leur fait aucun cadeau. Jack Forget évite le pathos. Il les égrène comme s’il était extérieur à cette jeunesse volée : la sienne. Sans foi ni loi, le héros avance. Volontaire et surdoué, il construit seul sa vie. Il y aménage des tiroirs dans lesquels il consignera plus tard les événements qui la composent. Celui d’avant le suicide traumatique du père demeurera presque vide. Malgré tous ses efforts, Paul peinera toujours à le remplir. « Il a été greffé sur un autre enfant, tronc mort en 1954, victime d’une enfance assassinée ».

Grâce à une neutralité distanciée de ton, l’auteur ne tombe jamais dans l’écueil de l’apitoiement sur soi-même. Il parvient à faire de ce récit autobiographique un roman fort, parfaitement maîtrisé.

Cécilia Dutter

Jack Forget, L’Arbre à tiroirs, Août 1954, France Univers, 144 pages,

19 euros


 

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Publié par le décembre 8, 2010 dans Uncategorized

 

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