RSS

LE MONDE À PETIT PAS (Correspondance Bouvier/Vernet)

07 Déc

Nicolas Bouvier, Thierry Vernet : Correspondance des routes croisées

 

Les Suisses ont la bougeotte ; un Suisse sur cinq vit à l’étranger. La peinture occupe une place privilégiée en Suisse. On ne s’étonnera pas que Nicolas Bouvier (1927-1998) ait trouvé son alter ego en la personne du peintre Thierry Vernet (1927-1993). Vingt ans d’une indéfectible amitié. Tous deux ont bourlingué sur tous les continents, animés d’une curiosité sans limites, écrivant sur ce qui compose l’ordinaire d’une journée. Ces deux hommes ne tiennent pas en place, portés par une passion pour la beauté, l’amitié, persuadés que les plus belles aventures dépendent du hasard, tiraillés qu’ils sont « entre des beaux yeux et des belles plaines », s’adaptant à la gastronomie du lieu où ils se trouvent. Leurs lettres touchent l’esprit et le fortifient. Ils se veulent toniques. Ils n’ont jamais eu assez d’argent pour voyager, ils ont toujours travaillé en voyageant, exercé toutes sortes de métiers, prenant les jobs qu’on leur proposait. Il ne lisent jamais de livres sur les voyages qu’ils font avant de partir. Par contre, ils emportent romans, essais, ouvrages de philosophie. Nicolas Bouvier se définit comme un rôdeur, un planeur, quelqu’un qui se laisse modeler par le voyage. Chacune de leurs lettres participe à la fois du bulletin météorologique, du bulletin de santé, d’une disposition d’esprit particulière et du livre ouvert à ce moment là. Tous deux sont malicieux. Leurs lettres sont ce que Peter Altenberg appelait des « télégrammes de l’âme ». Nicolas communique son enthousiasme à Thierry; celui-ci entretient Nicolas de poésie. Vernet privilégie les pays du soleil; Bouvier est plus éclectique. Ils ont fait leur cette phrase du poète Odilon-Jean Périer : « J’aime, et jusqu’aux détours, la route où je m’engage ». Ils disent aussi : « Poursuivons les merveilles sans relâche et ne les lâchons pas ». S’il leur arrive d’être déçus par les hommes, ils ne le sont jamais par les paysages. Ils découvrent des choses surprenantes. Ils visitent l’Afghanistan en 1954 et rencontrent à Kaboul un professeur de philosophie. Thierry Vernet lit Larbaud, Julien Green, Hermann Hesse. Nicolas Bouvier ne se lasse pas de Paul-Jean Toulet, Max Jacob, Henri Michaux. Il aime aussi la littérature du terroir. Il adore Vladimir Jaccotet, et celui qu’il nomme l’extraordinaire Cavaddias, poète grec qui fut télégraphiste trente cinq ans sur des cargos, un véritable enchantement. Il ajoute : « La prose est une visite que je rends, la poésie une visite que je reçois ». Cette correspondance lie les deux hommes pour l’éternité. Ils sont optimistes et tiennent à le rester. Ils vivent comme l’oiseau sur la branche, un plaisir inestimable qu’ils comparent à autant de sauts périlleux réussis. Ils attendent de leurs voyages un souffle, un chant à nul autre pareil. Lisant cette correspondance cinquante ans après, on se pose quelques questions. Mais sur quelle planète ont-ils circulé, en Europe, en Asie, dans l’Orient compliqué ?

Alfred Eibel

Editions Zoe, 1653 p., 39 €.

 

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le décembre 7, 2010 dans Correspondance, Voyages

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :