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L’ÉDITEUR IMAGINAIRE

05 Déc

Premier manuscrit d’un inconnu. Présentation à l’éditeur…

« C’est un roman. »

L’éditeur : « Croyez-vous sincèrement que votre vie réglée comme du papier à musique soit propice à la création romanesque ?

L’auteur : « Il n’y a pas de raison. »

L’éditeur : « Nous allons voir ça. On vous fera signe. »

L’auteur : « Quand ? »

Soupir de l’éditeur. Traduit en clair : faites preuve d’une immense patience.

Les semaines passent, les mois passent. L’auteur téléphone…

« Cher ami, ne vous inquiétez pas ! Votre manuscrit est entre les mains du comité de lecture. Téléphonez-nous dans un mois. »

Un mois plus tard : « Le comité de lecture est parti en vacances, rappelez-nous en septembre. » L’auteur est un coriace ! se dit le directeur littéraire. Fin septembre, début octobre…

L’auteur : « Avez-vous eu le temps de jeter un oeil sur mon manuscrit ? »

« L’éditeur : « Nous n’avons pas eu le temps de vous lire, cher ami, nous sommes débordés, c’est la rentrée littéraire. N’hésitez pas à nous faire signe en décembre. En aparté : « Va-t-il encore nous emmerder longtemps ! »

Arrive la fin de l’année, cette fois l’auteur a été lu. Il est reçu avec le sourire. « Après vous, cher ami ». Peut-on parler de sourire engageant ?

« Il y a des bonnes choses dans votre roman, on voit que vous connaissez la campagne comme votre poche. Je dois vous l’avouer, on a du mal à croire à vos personnages. Le garçon et la fille sont pas mal rendus. Cela dit, l’ensemble manque d’épaisseur. Sans vouloir vous vexer on ne croit pas à votre histoire. Attention ! Je ne dis pas qu’elle n’est pas plausible… comment vous dire… on aimerait adhérer à votre roman, d’autant que vos personnages sont plutôt sympathiques. Ce qui les plombe, voyez-vous, c’est que vous n’avez pas assez creusé vos caractères. Le lecteur veut aller de surprise en surprise ; il attend d’être confronté à des situations qu’il ne connait pas. Convenez avec moi que vous ne lui en laissez guère la possibilité ! Le chapitre V, par exemple, a de l’allure, j’en conviens, bien écrit, rien à redire. Vous avez une belle plume. Seulement voilà, on aimerait que derrière cette écriture, qui ne manque pas de charme, on fasse connaissance avec des personnages vivants. »

L’auteur : « Je ne comprends pas, vous estimez que mes personnages sont statiques ? »

L’éditeur : « Je n’ai pas dit ça. Il leur manque un tout petit rien, une bricole, pour les rendre crédibles au lecteur, et c’est ce petit tour que vous devriez insuffler à vos personnages. Instiller un peu de chair. Entre nous, je vous en sens tout à fait capable. Mettez-vous au travail sans tarder, je vous fais confiance. Donnez-vous du temps. »

L’auteur : « Ce que vous me dites là est encourageant. Une fois mon ouvrage révisé, seriez-vous en mesure de le prendre ? »

Le coup de grâce : « AH, JE N’AI PAS DIT CELA ! »

Alfred Eibel

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Publié par le décembre 5, 2010 dans Humour

 

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