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Archives Journalières: février 23, 2012

Du rififi dans la culture générale

Va-t-on se plaindre que la culture générale ne sera plus à l’ordre du jour ? Il y a belle lurette qu’elle est contestée et contestable. Dès la fin des années 20 et encore dans les années 40. Par trois Helvètes : Henri Roorda, le Cioran suisse, qui fut aussi professeur ; par Edmond Gilliard, grand écrivain, trente ans prof à Lausanne. Dennis de Rougemont, penseur actif, qui a laissé une œuvre importante. Trois farouches adversaires de l’école. Parce que la science qu’on y instille appauvrit l’homme en soutenant des idées qui ne rapportent rien. Parce que l’école, écrit Edmond Gilliard, continue imperturbablement à « disserter sur des momies ». Parce qu’il est temps d’en finir avec « le bluff de la culture classique ». L’interprétation de textes n’est qu’un remâchage de gloses. N’est-il pas préférable s’interroge Henri Roorda de s’arrêter « patiemment avec l’enfant devant des choses vivantes, étonnante, émouvante ? ». Ça vous fait une belle jambe de savoir que Ciceron a écrit De la nature des dieux ; d’ânonner qu’en 1453 Constantinople fut prise par les Turcs ; ou que Casanova s’est évadé des Plombs du Palais Ducal ; ou que Rousseau trouva le bonheur aux Charmettes en compagnie de Madame Warens. « L’école apprend à parler pour ne rien dire » affirme notre trio. Ne perdons pas de temps, lisons Trois pamphlets pédagogiques (1) de nos trois iconoclastes. Rejoignons Paul Valery qui disait : « Le diplôme est l’ennemi mortel de la culture ».

Alfred Eibel

(1) Editions de l’Âge d’Homme, collection « Poche suisse ».

 
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Publié par le février 23, 2012 dans Uncategorized

 

Joyeux, fais ton fourbi, de Julien Blanc

Au milieu d’une armada de livres interchangeables, celui-ci détonne par sa véhémence, ses dialogues crus et cruels. Il se situe à l’opposé de l’esthétique baroquisante d’un Jean Genet, au point que la langue utilisée surgit comme brut de décoffrage. Malheureux, Julien Blanc (1908-1951) est né d’un père mort avant sa naissance, d’une mère morte à la tâche. Cet orphelin a passé sa jeunesse dans les maisons de corrections. Il raconte sa vie perdue dans le tome I de sa trilogie, La confusion des peines. Le tome II, Joyeux, fais ton fourbi évoque son adolescence passée au bataillon disciplinaire d’Afrique, le fameux bat’ d’af’. Dans ce désert, l’individu n’est qu’un résidu d’humanité, une bête puante, en proie aux maladies vénériennes, à la déchéance, aux réactions imprévisibles ; un criminel en puissance, un ruminant, un simulateur. Jean Galtier-Boissière note dans son Journal 1940-1950 que rencontrant Julien Blanc il fut marqué par le masque d’un homme qui a beaucoup souffert. Si l’on excepte Darien, Vallès, Céline, Maurice Raphaël, un tel livre que Jean Paulhan n’a cessé de soutenir, d’en faire la réclame, n’a pas d’équivalent dans la littérature française. Publié pour la première fois il y a soixante cinq ans, il conserve sa puissance, son venin. Il confirme que la vérité est toujours bonne à dire, que la littérature se nourrit aussi de cauchemars, d’injustices et d’ignominie. O tempora ! O mores ! Devrait-on s’exclamer constatant que l’univers concentrationnaire n’est pas l’apanage du IIIème Reich.

Alfred Eibel

Finitude, 298 p., 24 €.

 
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Publié par le février 23, 2012 dans Uncategorized

 
 
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