Il fallait qu’un jour quelqu’un s’en prenne au microcosme littéraire, à ses pompes et à ses œuvres ; plus justement, il convenait de trouver une plume qui excellât dans la satire et sache mettre les rieurs de son côté. Avec Marin de Viry on a trouvé le bon candidat capable de vérifier que là où l’on brasse du vent, on déclare rarement la tempête. Napoléon, Houellebecq, Iggy Popp, Marc Lambron parmi d’autres réputations appartiennent au grand chapiteau qu’en meneur avisé Marin de Viry anime de son ironie distanciée. Il existe à Paris des lieux sacrés où se concentrent les hommes de plume, un cénacle de malins avec le dessein d’éprouver l’être et le néant. Si l’on comprend bien ce que veut un écrivain, c’est la reconnaissance et l’argent qui l’accompagne ; vivre vieux, en bonne santé, de préférence faire partie de plusieurs prix littéraires ; fréquenter les lieux de perdition où tous les chats sont gris, s’en payer une bonne tranche, rencontrer des filles expansives au sourire séraphique ; des lieux où l’on peut enfin se lâcher ; là où le sens de la répartie s’assimile au lance-flamme ; là où l’on n’adhère plus à grand chose hormis le rire ; là où l’on est spirituel à s’en faire péter les neurones ; là où le persiflage est de rigueur ; là où les émules de Vincent Voiture attendent le grand moment, le nirvana, l’instant où tous s’agrègent, se congratulent, se repassent le sésame ou passent la main dans le dos. Le snobé insiste, veut à tout prix faire corps avec ces bons apôtres. Baratineurs, derviches tourneurs savent comment envelopper le public ; par le style, ce mot magique, labellisé, qui permet d’introduire en contrebande une marchandise parfois faisandée. En attendant, rendons justice à Marin de Viry, à sa légèreté, à l’acuité de son regard, à sa clairvoyance. L’accompagner jusqu’à la dernière page de son livre garantit la bonne humeur du lecteur.
Alfred Eibel
Pierre Guillaume de Roux, 205 p., 18 €.