Il se passe des choses pas catholiques dans les boites de nuit d’Istanbul surtout là où se trémousse Burçat, un travesti en ce moment ravagé par la déprime suite à une histoire de coeur. Heureusement que Pompon, forte femme, qui a connu tous les plaisirs, toutes les positions, est là pour lui remonter le moral. En Burçat sommeille un limier dans l’attente d’une affaire à élucider. Aussitôt proclamé, aussitôt fait. Un conducteur de minibus vient d’être retrouvé assassiné. Les gens de la nuit découvrent qu’il s’agit de Volkan, un homme au corps sculptural, gigolo de profession. Dans un milieu où les discussions futiles sont fertiles, l’indice le plus banal intéresse Burçat qui se met immédiatement en chasse. C’est un Istanbul auquel on ne s’attend pas, décrit par un écrivain turc à succès. Un ténor du barreau marié à une riche héritière est un amateur de sensations fortes ; un financier brassant d’énormes sommes d’argent, noctambule impénitent, est soupçonné d’avoir voulu éliminer le gigolo en question. Papillonnent des hommes irréprochablement maquillés en femmes. L’humour, la drôlerie, se taillent la part du lion dans ce roman qu’on dirait une allégorie de la société, ce que Gide appelait une sotie. Fêtards, hackers et défricheurs de codes secrets entrent dans la danse, créent un ramdam impossible, se paient une belle tranche de rire ce que l’auteur cherche précisément à provoquer à chaque page. Loin de toute philosophie, ce gay savoir est des plus séduisant.
Alfred Eibel
10/18, 345 p., 8,20 €.