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Le dernier tango de Kees van Dongen, de François Bott

Portraitiste d’origine hollandaise, Kees van Dongen (1877-1968) vécut à Paris, à Deauville, fréquenta l’aristocratie et le monde du spectacle. La vision sensuelle de ses modèles, sa façon d’accentuer les traits de leurs visages, le rendirent célèbre. « Déshabiller les dames, dans la peinture comme dans la vie » fut son credo. À 91 ans, sensible aux jolies infirmières qui l’entourent, il médite, passe en revue ses bonnes fortunes lui qui sut mêler couleurs fluides et amorties. Avec bonheur François Bott nous restitue dans cette fiction, avec alacrité, les derniers jours du peintre à Monaco, ce qu’une biographie appliquée ne saurait procurer.

 

Alfred Eibel

Le Cherche-Midi éditeur

131 p. 13,50 €.

 
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Publié par le août 30, 2014 dans Uncategorized

 

Les ongles, de Mikhaïl Elizarov

L’Union soviétique, suivie de la Russie d’après. Des enfants handicapés dans un orphelinat, infantilisés, poussés à un léger déraillement crânien, se mettent à jacter, à parloter, à se ronger les ongles. Humiliés et offensés, les voilà libres ne présentant plus la plus petite sismicité. Gogol faisait parler les animaux ; Elizarov, à son tour, plonge dans l’allégorie et la métaphore, donne la parole aux malheureux Bakatov et Gloucester sortis indemnes de l’orphelinat. Ivan Gontcharov parle de « léthargie spirituelle ». Katherine Anne Porter de nef des fous. Les deux camarades tentent de s’adapter à une Russie décomplexée aux mœurs administratives absurdes. La méfiance règne encore. L’un devient plombier, l’autre pianiste. Ils parcourent une sorte de chemin de croix, en 24 étapes, fermes sur leurs deux jambes dans la Russie désoviétisée. Ils apprennent à être malins, débrouillards, s’affirment, abordent des situations difficiles, font l’apprentissage du maniement de l’argent. Sommes-nous des cœurs de chien ? semblent-ils dire n’étant pas des quantités négligeables. Autour d’eux fricotent des gens implacables. Dans une société où l’on se contente de contempler plutôt que d’agir, où règne une sorte de fatalisme oriental, les deux amis attendent le grand renversement. Ils ne sont pas au bout de leurs peines. Tout changement de régime recèle un aguerrissement. Sentimentalisme slave et réalisme, angoisse, parodie, ironie et fantaisie grotesque, composent ce bortch soigneusement cuisiné par Mikhaïl Elizarov.

 

Alfred Eibel

Serge Safran éditeur

169 p. 16,50 €.

 
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Publié par le août 26, 2014 dans Uncategorized

 

Usage de faux, de Philippe Cohen-Grillet

Un brin de dérision, un brin de sarcasme ne peut nuire, se dit Victor Goupille, journaliste et faussaire à ses moments perdus. Les événements du monde le fatiguent, le mauvais goût le dégoûte, il n’adhère à pas grand-chose. Les mots biseautés font autorité. Plus personne n’a les repères de quoi que ce soit. Pourquoi ne pas devenir mystificateur ? D’autant que les écrivains rêvent de postérité comme on attend son tour au resto du cœur. Goupille saura imiter le graphisme et la façon de saisir les choses dans de supposées correspondances d’écrivains célèbres. Il suffit de tomber sur un marchand d’autographes malvoyant, se réjouir ensuite d’être bien payé. Ad augusta per angusta, obtenir des résultats grandioses par des voies étroites.

Ce qu’ambitionne Goupille, ne pas se prendre la tête, assister aux défilés des modes à la manière d’Omar Khayyam voyant passer une caravane. Victor Goupille voit un nombre non négligeable d’écrivains qui ont eu leur heure de célébrité, qui bougent encore ou sont installés au purgatoire dans l’attente d’une levée d’écrou. À force d’aimer n’importe quoi on parcourt la littérature à la paresseuse. Victor Goupille en érudit malgré lui s’interroge comment rentabiliser son savoir. Hélas ce n’est plus de saison diraient les marchands des quatre saisons. C’est peut-être beau quand c’est inutile ; il n’empêche que ça ne rapporte pas un fifrelin. Par le truchement d’une annonce, il fait la connaissance de Camille, une rentière oisive. C’est à qui saura rendre crédibles ses affabulations, c’est à qui saura manipuler l’autre. Avec Philippe Cohen-Grillet l’humour prend des couleurs. Sous sa plume, la littérature devient une chevauchée fantastique qui révèle ses faux semblants.

 

Alfred Eibel

Éditions Écriture

189 p. 16,95 €.

 
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Publié par le août 26, 2014 dans Uncategorized

 

Jean-Claude Pirotte : Portrait craché

Portrait d’un homme convaincu que l’impassibilité est une aventure. Occupé à l’inventaire de ses maux, il conspire contre lui-même, négocie sa survie, combat ses défaites quand rôde la mort et se demande si les gestes ordinaires ne sont pas heliogabalesques. Il déplore que ce siècle soit sans légende et que l’œuvre d’un écrivain aujourd’hui ne touche que les initiés. « La pauvreté s’efface devant la richesse des livres ». Alité permanent et rêveur, il s’accroche à quelques préceptes. La maladie coule dans ses veines, il n’en a cure. En attendant, il écrit ; car écrire est un barrage à la déréliction. Jean-Claude Pirotte (1939-2014) nous laisse un texte qui surprend par son agilité, nous délivrant un dernier souffle de vie.

 

Alfred Eibel

Le Cherche-Midi éditeur

192 p. 16,50 €

 
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Publié par le août 26, 2014 dans Uncategorized

 

La Terreur, de Patrick Wald Lasowski

Rentrée littéraire

Le commissaire Grand-Jacques malade du cancer, spectateur en mars 1793, voit la Révolution défiler sous ses fenêtres. Un faux pas, la sanction est là ; une fréquentation douteuse, condamnation sans rémission. L’alcool pousse le buveur à des propos intempestifs, la guillotine y remédie. La grande Faucheuse fait perdre la tête à ceux qui n’ont pas su tenir leur langue. Détrousseurs de grands chemins, faussaires, cambrioleurs, tentent leur chance dans une année compliquée à laquelle viennent s’ajouter des prostituées égorgées. Premier roman d’un spécialiste du XVIIIe siècle, l’auteur par les seuls faits pose la question du changement : une Révolution n’est pas une soirée de gala.

Alfred Eibel

Le Cherche-Midi éditeur,

360 p. 17 €.

 
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Publié par le août 8, 2014 dans Uncategorized

 

Pierre Crescent : À propos de Drieu La Rochelle (1-

Je donnerai ici un autre exemple d’incohérence de pensée, et sur une question essentielle pour notre auteur. Drieu, narrateur de Gilles, nous dit de son personnage : « Il sentait avec angoisse, et avec volupté dans l’angoisse, l’aventure humaine comme une aventure mortelle… à moins qu’elle ne se renonce, se désincarne et, avouant son épuisement, se rejette en Dieu ». (« La Permission », VIII. Les points de suspension sont dans le texte). Vue nietzschéenne, une cinquantaine de pages plus loin (chap.XIV) nous assure qu’existe, inaperçu de « la politique et l’histoire », « Dieu terriblement présent partout à travers mille dieux ». Puis, quelque cent-soixante-dix pages au-delà (« L’Élysée », XVII), quand Gilles saisit l’horreur dans une tranchée de Verdun – un souvenir à cet endroit du roman -, prononce, enragé : « Dieu n’existe pas », l’univers sur-le-champ se retrouve « sans queue ni tête ».
Mais, réflexion faite (admirons cette « réflexion », pur sentiment de « fait »), il voyait bien que le monde existait, magnifique et puissant, et qu’existait Dieu qui avait créé ce monde ». Et ce qui le lui « prouve », c’est l’existence de Dora, la forte femme aimée – laquelle vient de le quitter. Nous sommes donc passés, sans que l’on nous parle d’une évolution du personnage à cet égard, de Nietzche au christianisme avec un détour par une divinité manifestée en mainte incarnation, à l’hindoue, et chaque fois sans le plus petit doute.
Tout cela décidément n’apparait guère convaincant.
Sur un autre point métaphysique, Drieu en revanche se montre constant : « le néant n’existe pas », nulle hésitation là-dessus pour son porte-parole, qui se le redit devant une autre femme aimée, mourante (« L’Apocalypse », XI). Mêmement Geneviève, face à l’agonie d’Agnès sa mère dans Rêveuse bourgeoisie (V, II) : « … c’est peut-être l’immortalité qui, au dernier moment, épouvante les humains, au-delà du déchirement et de l’agonie de peines et de joies, de fatigue et de rebondissement ». Pour l’agonisant, il n’y a que « l’horrible déchirure ». Souffrant de cette déchirure, il souhaite dormir. Mais il ne dormira pas. Immortalité non chrétienne mais, comme on voit, d’une vague espèce d’Éternel Retour. Drieu eût certainement approuvé Baudelaire « expliquant » l’incroyance de George Sand à un au-delà par sa « paresse », – toutes assertions hautement gratuites autant qu’étrangères à la plus petite capacité critique.

Puisque je viens d’évoquer Rêveuse bourgeoisie : les thuriféraires de Drieu le considèrent en général comme l’un de ses deux grands romans par son ampleur et étouffement, l’autre bien sûr, dans cette vue, étant Gilles. Pour ma part, je ne le pense aucunement : étouffement de pure apparence, fausse ampleur et vraie boursouflure – ces répétitives 350 pages eussent fort gagné à une réduction d’un bon tiers ; et la langue, en phrases courtes, assez sèches, souvent plates, est de très loin moins intéressante que celle, plutôt complexe, sur laquelle je reviendrai, de Gilles, écrit à la suite ; et pareillement en va-t-il pour la composition. Rêveuse bourgeoisie est l’une des plus sinistres fictions qui ait été peinte, avec
une serpentine et étouffante constriction, une famille en l’occurrence de la classe moyenne de cette époque – plutôt upper middle class dans les personnes des grands-parents – dépouillée inexorablement de son statut, du fait d’un raté mythomane et adultère. Drieu y a mis sa haine et son mépris entiers à l’encontre de son père et de sa mère, montrés en lâches faillis. Lui-même s’étant projeté en cet Yves (qui échoue au concours des sciences politiques en 1913 tel son créateur), sorte de Gilles d’Afrique où il a fui les siens, d’une gangrène dans la cuisse après jambe amputée ; assez grosse ficelle, entre nous, de cette fin rimbaldienne, moins la Saison en enfer et les Illuminations.
Et que de pleurs en cette terrible geôle familiale, de partout : un déluge lacrymal. Dans Gilles on louera ce bain censément vivifiant, lors des retrouvailles avec le tuteur Carentar (les funestes géniteurs ici disparus) : « … lustration par les larmes. Nos ancêtres pleuraient beaucoup « (La Permission, XII) ». Si oui, peut-être n’est-ce pas ce que les intéressés ont fait de plus admirable. – Gilles n’y manque pas avec Dora et par elle ; puis avec Berthe, son dernier amour : « Torrents de larmes, sanglots, spasmes, râles… » (« L’apocalypse », XII) : drôle de proto fasciste, à cette étape de son parcours. On se croirait plutôt, horribile dictu, dans un roman du XVIIIe siècle tel La Religieuse de Diderot, ou romantique du XIXe. – À ce trait, se dénonce l’homme du Nord qui tient la présente plume, l’œil déplorablement sec.

Stylistico-sémantique.

Une caractéristique de l’écriture de Drieu dans son ensemble, et qui me retint dès la première fois que je le lus, gît dans la qualification multiple d’un état ou d’une circonstance psychologique, par une série d’adjectifs très distincts, voire opposés, à l’intérieur d’une même phrase, ou dans le cours de deux phrases successives : impression d’une combinaison d’affects, qui s’associent, se combattent ou s’étagent en une manière de spirale dialectique. J’ai cité plus haut la réaction de Caël apprenant que son galant bras droit l’espionne au profit de la police, qui a barre sur lui pour l’avoir arrêté en de mauvais lieux homosexuels, inclination qui ne peut que répugner – comme à son modèle Breton – au chef du groupe Révolte : «  Cela le flattait, l’épouvantait et l’enrageait ». Voici, dans Gilles toujours, l’accueil de la fin du discours de Clérence au congrès du Parti radical (« L’Apocalypse », VII) : « Il termina dans un grand applaudissement où il y avait de la surprise, de l’ahurissement, de l’admiration, un abandon effrayé, une supplication conjuratrice » : faisceau (bundle) de perceptions, pour reprendre l’expression fameuse de Hume à propos du Moi.
Dans L’homme à cheval, cette allure spirale typique : « mais je n’étais habile qu’aux idées ou à l’action seulement dans ces moments de l’action qui sont si intenses que celle-ci s’épure et devient aussi prompte et simple que la pensée » (III, III) – En passant : « seulement dans ces moments » : assonance évitable sur le plan euphonique.
On pourrait sans peine produire mainte autre illustration que ce genre de séries ordonnées dans le disparate et de torsions rassembleuses – provisoirement, dans le discours romanesque : micro-psychologie qui, à mon estime, suscite l’adhésion.

Pierre Crescent
(à suivre)

 

 
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Publié par le juillet 27, 2014 dans Uncategorized

 

Christian Estèbe : Toutes les barques s’appellent Emma

Livre de la rentrée littéraire

Steve, persécuté par sa compagne, trouve refuge chez le libraire Jean Achab. Les livres sont autant de blindés face à l’intruse. C’était sans compter sans une jeune vendeuse qui lui tourneboule le cerveau. Défilent un nombre d’écrivains oubliés tels des fantômes. Cette librairie, fourrée de littérature comme on fourre la volaille, nous est présentée par Christian Estèbe, épicurien, à la verve allant parfois jusqu’au défoulement. Après tout, le livre n’est qu’une marchandise périssable. L’arche de Noé dont l’auteur tient fermement le gouvernail, emporte une littérature épargnée par le temps.

Alfred Eibel
Éditions Finitude
188 p. 18 €

 
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Publié par le juillet 27, 2014 dans Uncategorized

 
 
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